Grève illimitée de l’UNAPOL : Ce mardi, « vous serez édifiés », avertit le secrétaire général

La grève illimitée de l’Union police nationale (UNAPOL) annoncée à partir de ce mardi 4 février 2020 aura-t-elle lieu ? Difficile de le savoir. A la veille de cette date, les responsables de ce syndicat ont animé une conférence de presse à cet effet. Le doute plane toujours.

Dans une déclaration rendue publique le 30 janvier 2020, le syndicat Union police nationale (UNAPOL) a annoncé une grève illimitée à partir de ce mardi 4 février 2020 sur toute l’étendue du territoire national. Ce lundi 3 février, veille de cette grève, l’UNAPOL a animé une conférence de presse à Ouagadougou.

C’est une rencontre aux allures d’assemblée générale. Assis, débout, arrêté derrière la fenêtre, aucun membre du syndicat ne voulait se faire conter l’événement. Une liste non-exhaustive des raisons qui ont prévalu à ce mot d’ordre de grève a été dressée au cours de ce tête-à-tête avec les hommes de médias.

Selon l’UNAPOL, le ministère de la Sécurité affiche son incapacité et son manque de volonté d’indemniser les familles de policiers décédés (environ une quarantaine) au cours des attaques terroristes. Pourtant, le décret N°2019-0140 du 18 février 2019 a été adopté par le conseil des ministres. « Comment rassurer les hommes engagés au front dans ces conditions ? Comment leur donner le moral pour se battre ? Comment leur expliquer cette situation ? », s’interrogent le secrétaire général de l’UNAPOL, Armiyaho Zongo, et ses camarades.

Le secrétaire général de l’UNAPOL, Armiyaho Zongo

« Un désordre organisé pour plus d’inefficacité »

La configuration actuelle du ministère de la Sécurité est loin de répondre à « une logique », estime le syndicat de police. Aucun cadre de la police nationale ne se trouve dans le staff décisionnel du ministère, encore moins dans les fonctions de responsabilité, vocifère l’UNAPOL.

Au sein de la police nationale, la question de la dotation en armes est toujours d’actualité. Au départ, le problème de formation des policiers a été soulevé mais l’état-major général de l’armée « a fait des promesses qui ont été suivies d’actes à travers la formation des policiers ». Pourquoi ce statu quo ? En tout état de cause, l’UNAPOL note que « les policiers sont formés, les armes sont là, mais on ne les

remet pas ».

De l’avis des conférenciers, l’organisation actuelle de la Direction générale de la police nationale (DGPN) empiète sur l’efficacité des unités opérationnelles, car « depuis très longtemps », il y a des postes vacants. « Des régions comme l’Est et le Nord, où le terrorisme bat son plein, sont dépourvues de directeurs régionaux. Peut-on obtenir de meilleurs résultats dans ces conditions ? », s’interroge l’UNAPOL.

Selon Armiyaho Zongo, « tous les ingrédients sont réunis pour que règne, à la police, un désordre organisé pour plus d’inefficacité ». Ce sont entre autres ces raisons qui ont prévalu à ce mot d’ordre.

Au finish, la grève sera-t-elle observée comme prévu ? La population bénéficiera-t-elle d’un service minimum ? A ces questions, le secrétaire général de l’UNAPOL, Armiyaho Zongo, répond en ces termes : « Vous serez édifiés ».

Cryspin Masneang Laoundiki
Lefaso.net


DECLARATION LIMINAIRE

Ouagadougou, le 03 Février 2020

Chères militantes, chers militants, sympathisants
Policiers des quatre (04) coins du Burkina Faso
Chère population et amis de la presse

Lassés du mépris, des maltraitances dont sont victimes les policiers de la part du ministre de la sécurité et ses collaborateurs ;
Face au manque de volonté de ceux-ci de résoudre les nombreux problèmes à eux soumis, tout ceci ayant entrainé une crise de confiance irréversible entre le ministère et les policiers,

L’UNAPOL dans sa déclaration du 30 janvier 2020 a pris douloureusement la responsabilité d’inviter l’ensemble des policiers à observer un arrêt de travail à partir du 4 Février pour exiger la régularisation de la carrière de plus de 1000 officiers de police et le départ du ministre de la sécurité et de ses principaux collaborateurs.
Conscient qu’une telle décision dans ce contexte sécuritaire peut être inopportune et incomprise.

Vu son devoir de redevabilité envers la population l’UNAPOL souhaite à travers la présente conférence de presse exposer toutes les raisons qui l’ont contraint à prendre une telle décision.
Chère population et amis de la presse
Parmi les raisons non exhaustives ayant prévalut à ce mot d’ordre nous pouvons citer :

I- L’incapacité et le manque de volonté du ministère à indemniser les familles de policiers décédés (environ une quarantaine) au cours d’attaques terroristes
Depuis l’adoption par le conseil des ministres du décret n° 2019-0140 du 18 Février 2019 portant modalités (…) d’indemnisation de l’agent des forces de la police nationale ayant subi des préjudices lors d’une attaque terroriste la Direction Générale de la Police Nationale a mis en place des services techniques chargés en collaboration avec le ministère et les autres ministères d’opérationnaliser ledit décret. A ce jour plusieurs dossiers ont été reçus et traités par les services de police, mais depuis lors aucune famille n’a été indemniser puisqu’il appartient au ministère de parachever le processus et aucune oreille attentive n’est prêtée à cette question au niveau du ministère. Les veuves et orphelins marchent, le décret est là, mais aucune prise en charge effective.

Comment rassurez les hommes engagés aux fronts dans ces conditions ? Comment leur donner le morale pour se battre comment leur expliquer une telle situation ?

II- La question des armes longtemps réclamées par les policiers.
Chère population et amis de la presse

Personne à priori ne veut faire la guerre tous nous souhaitons la paix. Mais lorsque des ennemis vous imposent une guerre, la contribution de tous pour y faire face devient une obligation nationale.
C’est conscient de cela que l’UNAP
OL a pendant longtemps réclamé des armes qui ont été acquises. D’aucun ont évoqué un problème de formation ce qui a été combler par l’Etat Major Générale de l’Armée à travers la formation de policiers à cet effet. Les policiers sont formés, les armes sont là mais on ne les remet pas aux policiers.

Que fait le ministre et ses collaborateurs, lui qui pourtant est un spécialiste de la question sécuritaire et connait l’importance d’augmenter sa puissance de feu. Absolument rien !
Le CEMGA au cours d’une rencontre avec la hiérarchie policière a fait des promesses qui ont été suivies d’actes à travers la formation de policier.
Alors que se passe -t’il au niveau du ministère ? Nous cherchons toujours à comprendre.

III- La situation anormale de carrière de plus de 1000 officiers de police.
Chère population amis de la presse

Tout bon manager sait que la logistique n’a de valeur que si elle est utilisée par des ressources humaines de qualité, engagées et motivées. Paradoxalement, au ministère de la sécurité plus de 1000 officiers se retrouvent dans une situation reconnue par le ministre comme une iniquité mais jamais résolue. Le ministère et ses services techniques tantôt semblent dire que le problème ne peut être résolu tantôt qu’ils sont en train de le résoudre. Conduisant ainsi lesdits officiers à se donner en spectacle devant le ministère.

Nous tenons à signaler à ces techniciens du ministère que les officiers de police sont plus importants pour la sécurité des populations que des techniciens profitant du confort des bureaux et des avantages mais incapables de trouver des solutions aux problèmes relevant de leur domaine de spécialité.

IV : La mauvaise organisation de la DGPN

Depuis le changement de la situation sécuritaire entrainant de nouveaux défis, l’UNAPOL a suggéré que l’organigramme actuel de la DGPN soit revu afin de l’adapter au contexte qui prévaut. Le ministère tout en reconnaissant la pertinence de la requête s’est juste contenté de mettre en place une commission mais n’entreprend rien de concret.

Pire avec l’organigramme actuel on se retrouve avec des postes vacants depuis très longtemps mais non pourvus de titulaires régulièrement nommés. Actuellement cinq (05) directions régionales et onze (11) directions provinciales sont vacants depuis des mois. Des régions comme l’Est et le Nord où le terrorisme bat son plein sont dépourvues de directeurs régionaux. Peut-on obtenir de meilleurs résultats dans ces conditions ? La lutte contre le terrorisme nécessite une bonne coordination au niveau locale. Ce vide expressément laissé a pour dessein d’empiéter l’efficacité des unités opérationnelles.

A ces directions s’ajoutent des divisions et services de la DGPN sans nomination de titulaires depuis longtemps. Des avancements de grade ordinaires et routiniers de commissaires de police sont également expressément bloqués au ministère.
Tous les ingrédients sont réunis pour que règne à la police un désordre organisé pour plus d’inefficacité.
V : La configuration actuelle du Ministère de la sécurité.

Le ministère de la sécurité de façon générale en termes d’effectif regorge plus de 80% de policiers. A cela s’ajoute un personnel civil et des militaires mis à disposition.
Paradoxalement dans le staff décisionnel du ministère et les fonctions de responsabilité ne se trouve aucun cadre policier. Du DIRCAB, SG, DAF DMP, DGESS jusqu’au conseillers techniques ne se trouve aucun cadre de la police nationale.
Cette réalité n’existe dans aucun autre ministère du Burkinabè encore moins dans un ministère de la sécurité d’un pays du monde.

Quoi de plus normal si les problèmes des policiers ne sont pas résolus puisqu’ils sont soumis à des gens qui en sont véritablement insensibles.

Pourtant des cadres compétents et qualifiés existent à la police mais sont laissés dans les placards ou tout au plus invité à se combattre entre eux pour les quelques postes de la DGPN. Cette théorie inefficace « du diviser pour régner »
Ces problèmes d’emploi des cadres conjugués aux autres problèmes créée une frustration et une démotivation généralisée de tous les policiers. Ils créent également des situations conflictuelles entre policiers dommageables pour la sécurité nationale.

Chères militantes, chers militants, sympathisants
Policiers des quatre (04) coins du Burkina Faso
Chère population amis de la presse.

Les enjeux de l’année 2020 sont énormes (lutte contre le terrorisme, élections, facilitations du retour des réfugiés, etc.) Nous en avons pleine conscience. C’est d’ailleurs pourquoi la Police a commencé cette année avec plus d’actions.
En même temps, les enjeux de cette année nous pousse à demander très tôt le départ du Ministre et de ses collaborateurs cités dans le précédent communiqué et d’entreprendre les actions y afférentes.

Rien n’est au-dessus de la sécurité du Burkina Faso et des populations burkinabè. Devant l’histoire l’UNAPOL ne souhaite pas se taire face aux problèmes du ministère dommageables pour la sécurité de la population.

Et celui qui s’oppose à ce que la police joue pleinement son rôle dans la sécurisation des populations aura les policiers et l’Unapol en face.
Nous sommes conscients que les problèmes évoqués ne sont pas aussi complexes dans leurs résolutions. Des problèmes plus complexes ont déjà été réglés de par le passé.

Paix aux âmes des disparus
Dieu bénit le Burkina Faso
Pour le Policier, l’Unapol ne lâche rien !
Je vous remercie.

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