Grève générale de 48h contre l’IUTS : « Il y a vraiment l’argent dans ce pays », rappelle Zakaria Bayiré du SNAID

A l’appel général de la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGTB) contre l’application de l’IUTS (Impôt unique sur les traitements et salaires) aux primes et indemnités des travailleurs, plusieurs syndicats ont observé une grève les 8 et 9 juillet 2020 sur toute l’étendue du territoire. Le mouvement a été suivi, indique leur porte-parole.

Dans la matinée de ce jeudi 9 juillet 2020, deuxième et dernier jour de la grève générale de la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGTB), le parking du Trésor public attend encore des véhicules. C’est un signal du mouvement d’humeur déclenché la veille.

Une fois à l’intérieur, les chaises vides dans le premier compartiment situe de mieux en mieux tout visiteur du Trésor public en ce jour. C’est dans le deuxième couloir qu’on aperçoit quelques usagers venus s’acquitter de leur devoir fiscal. Sur les dix guichets, seulement trois sont fonctionnels. Il s’agit du paiement numéraire (guichet 4), l’encaissement numéraire (guichet 5) et le positionnement (guichet 9).

Seulement trois guichets sur dix ont fonctionné en ce deuxième et dernier de grève

A la rédaction du journal Sidwaya, le constat est mitigé. Une partie des journalistes observe le mot d’ordre lancé par le Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la culture (SYNATIC) et une autre partie qui travaille pour la parution du journal. « La grève est un droit. Certains ont observé la grève, d’autres ont accepté de travailler. Hier, toutes nos activités ont été couvertes », a indiqué le rédacteur en chef du « journal de tous les Burkinabè », Anselme Kambiré. Pour lui, il n’y a pas de difficulté particulière et tout sera mis en œuvre pour que le journal paraisse ce vendredi 10 juillet.

Une vue de la salle de rédaction du journal Sidwaya

« Nous invitons les travailleurs à rester solidaires »

Au dernier jour de ces 48 heures de grève générale, les travailleurs se sont retrouvés à la Bourse du travail au sein de leur différent syndicat pour une conférence. Les échanges ont porté sur la « Gestion des ressources nationales ». C’est un cours de statistiques que le SNAID (syndicat national des agents des impôts et des domaines) et le SYNAFI (Syndicat national des agents des finances) ont donné à leurs camarades d’autres organisations.

Les manques à gagner pour l’Etat burkinabè, les chèques impayés, la rémunération des ministres et la masse salariale, entre autres, ont été enseignés à cette occasion. Au regard de tout ce que le Burkina Faso perd par année vis-à-vis des multinationales, le secrétaire général adjoint du SNAID, Zakaria Bayiré a déclaré « qu’il y a vraiment l’argent dans ce pays ».

Les secrétaires généraux des syndicats à la conférence de fin de la grève

Il y en a beaucoup pour que le gouvernement se contente de « maigre sommes des fonctionnaires du privé et du public » pour appliquer l’IUTS (Impôt unique sur les traitements et salaires) aux primes et indemnités des travailleurs, a-t-il affirmé.

Les secrétaires généraux des organisations syndicales n’ont pas manqué de se prononcer sur cette grève de deux jours. A en croire aux échos sur l’ensemble du territoire, le porte-parole de la coalition des syndicats, Bassolma Bazié a indiqué le deuxième jour de grève est bien suivi. « Nous invitons les travailleurs à rester solidaires, à rester davantage engagés et déterminés. Les secrétaires généraux vont se retrouver, analyser la situation, tirer les leçons et revenir aux travailleurs pour la suite à donner », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général adjoint du SNAID, Zakaria Bayiré

« Clochardisation de l’agent public »

A l’issue du conseil des ministres du mercredi 8 juillet 2020, le gouvernement avait sur sa table un décret portant sur la régularisation des indemnités, primes et avantages de toute nature, alloués aux magistrats membres de la Cour de cassation, de la Cour des comptes et du Conseil d’Etat. Cela va permettre de régulariser la situation des magistrats en service dans les hautes juridictions et de restreindre les bénéficiaires de certains avantages, en application des dispositions du décret de 2016.

Les travailleurs sont invités à être restés solidaires et à s’engager davantage dans la lutte

Basolma Bazié a donné son analyse sur cette affaire. « Ceux qui dirigent le pays ne savent pas ce que c’est que le dialogue social. Malgré les mesures drastiques qui ont été prises, le porte-parole du gouvernement est sorti pour dire que le gouvernement est prêt au dialogue. Voilà leur façon de dialoguer ! La répression qui est en train de s’abattre sur les magistrats, c’est tout simplement parce qu’ils ont osé descendre et rejoindre d’autres travailleurs dans l’unité. Il faut que ce soit clair : la justice doit être au service de notre peuple. »

Pour le porte-parole de la coalition des syndicats, Basolma Bazié, les syndicats ont pris le chemin de l’histoire

Pour le « général de la lutte syndicale », ce décret est impensable pour un pays comme le Burkina Faso, surtout en cette période. « Quand on ramène une indemnité de 2000 francs à 20 francs par kilomètre. Un conseil des ministres sérieux, dans une telle période, devrait même avoir honte de dire qu’il y a un texte qui prend les gens qui ont été attaqués au nom de l’Etat que leur prise en charge pour le déplacement fait 20 francs par kilomètre. Quand nous parlons de clochardisation de l’agent public et du travailleur de notre pays, c’est ça », a-t-il vociféré. C’est pourquoi : « C’est au peuple de comprendre, de s’engager, de se saisir de ces questions et de prendre ses responsabilités », a-t-il conclu.

Cryspin Masneang Laoundiki
Lefaso.net

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