Gaoua : Le procès des poissons dits avariés mobilise la société civile

Il s’est tenu le vendredi 22 mars 2019, au tribunal de grande instance de Gaoua, une troisième audience du procès des poissons dits avariés. La défense a soulevé des exceptions, mais cela n’a pas empêché le procureur de faire des réquisitions et le dossier a été renvoyé en délibéré pour le 5 avril 2019. Les acteurs de la société civile de Gaoua suivent de près le déroulement de ce procès.

Les prévenus n’ont pas comparu une de fois de plus pour l’acte 3 du procès des poissons dits avariés, une ligne de défense choisie par leur avocat depuis le début du procès. Pour Me Marcelin Somé, « la procédure est entachée d’irrégularités, à savoir le manque d’expertise sur les poissons. Nous contestons les affirmations selon lesquelles les poissons seraient avariés.

En la matière, le code de l’hygiène publique permet que l’on puisse faire une expertise. Alors que dans ce cas-ci, la quantité de poisson saisi dit avarié n’a pas fait l’objet d’une expertise ou d’une contre-expertise, et nous ne pouvons pas nous contenter juste du regard ou des dires d’un individu parce que des mouches ou des odeurs étaient sur le poisson ».

saisie du 20 novembre 2018 -2

Malgré ces exceptions soulevées par Me Marcellin Somé, le président du tribunal a retenu le dossier pour jugement. Face à ce refus d’annuler la procédure comme le souhaitait l’avocat de la défense, ce dernier a refusé de faire une plaidoirie sur le fond du dossier. Les témoins ont par contre été entendus et le procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Gaoua,Yssouf Sanou, a fait ses réquisitions.

Le chef du parquet a en l’occurrence requis deux mois de prison avec sursis et 200 000 FCFA d’amende contre les sieurs Amidou et Moussa Dia pour commercialisation de poissons avariés. Il a également requis deux mois de prison ferme à l’endroit de Amadou Sankara et Amidou Dia pour outrage à agent public. Pour le premier représentant de la magistrature, « ces peines sont prévues par la loi et nous les estimons assez faibles ; parce que lorsqu’on met en comparaison ces peines avec les faits commis, il s’agit de denrées périssables qui ont été vendues qui peuvent être des substances nuisibles pour la santé publique, nais on ne peut que se plier à ce que la loi à prévu ».

saisie du 20 novembre 2018

A l’issue de cette audience les services vétérinaires de Gaoua, rencontrés, se sont prononcés. Ils rétablissent la chronologie des faits. Pour eux, on est dans une situation de multi-récidive, car la toute première saisie de poissons avariés dans les poissonneries Dia date du 4 septembre 2017, la deuxième le 22 mai 2018 et la dernière le 20 novembre 2018. Ils relatent qu’après la première saisie, sur initiative du gouverneur de la région du Sud-ouest, s’est tenue le 18 octobre 2017 au gouvernorat une rencontre qui a regroupée la Ligue des consommateurs, les OSC, le maire de la commune de Gaoua et les services vétérinaires, pour faire entendre raison aux responsables des poissonneries Dia.

Ahoué Gomgninbou-Président comité regional anti corruption sud-ouest

Des recommandations ont été formulées à leur endroit pour une bonne conservation du poisson. A la deuxième saisie le 22 mai 2018, c’est la coordination communale des OSC de Gaoua qui est partie rappeler à l’intéressé les injonctions qui lui avaient été faites pour bien conserver le poisson, nous confie son président Sié Sirwanè Kambou. Pour le président de la Ligue des consommateurs du Poni, Massamba Kambiré, les sanctions prévues par la loi pour ce cas de figure sont très faibles, quand on met dans la balance les nuisances à la santé des consommateurs et quand on sait qu’on est en face d’un cas de récidive.

Pour enfoncer le clou, le président du réseau anti-corruption du Sud-ouest, Ahoué Gomgnimbou, lui estime que le problème a été mal géré dès la première saisie. Pour un problème de santé public, ce sont des mesures conservatoires qui devaient s’appliquer pour préserver la santé des populations, estime-t-il. Il affirme que l’avocat cherche à gagner du temps parce que c’est son client lui-même qui a renoncé à la contre-expertise quelques jours après la dernière saisie par écrit au commissariat de police de Gaoua et transmis au tribunal de grande instance de Gaoua.[Cliquez ici pour lire l’intégralité]

Boubacar Tarnagda

lefaso.net

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