Football burkinabè : « Tant que nous respecterons nos valeurs, nous ne craindrons aucune nation en matière de football », Ousmane Sawadogo, directeur technique national de la FBF

La Direction technique nationale définit, de façon générale, une politique technique pour l’ensemble d’une discipline sportive. Elle organise la politique fédérale au niveau de la formation des cadres, de la promotion du sport et, le plus souvent, définit une gestion du haut niveau dans la discipline. Cette responsabilité est assurée par le Directeur technique national (DTN), Ousmane Sawadogo. Quel est son rôle et ses missions ? Comment la DTN au Burkina fonctionne-t-elle ? Qu’est-ce qu’un instructeur CAF ? Comment devient-on instructeur CAF ? Quelles seront ses missions en tant qu’instructeur CAF ? Interview.

Lefaso.net : Depuis quand êtes-vous à la tête de la Direction technique nationale (DTN) de la FBF ?

Je voudrais avant tout propos vous remercier pour l’invitation et de me permettre d’apporter quelques informations concernant les activités que nous menons au niveau de la Fédération burkinabè de football et particulièrement à la DTN. Je dois dire que j’ai été nommé pour la première fois directeur technique national en 2008, donc cela fait une dizaine d’années, lors du passage de Théodore Z. Sawadogo. Puis j’ai fait un break d’une année où j’ai occupé les fonctions de directeur des sports de haut niveau au ministère des Sports et des Loisirs. Après, je suis revenu à la fédération.

Quelles sont les missions dévolues à la DTN ?

La DTN dans un pays est chargé de proposer la politique technique fédérale, c’est-à-dire la politique de développement ; si elle n’existe pas ou dans le cas contraire, c’est d’accompagner les acteurs dans la mise en œuvre de cette politique. La politique de développement est d’un document référentiel qui vise le développement du football. Au niveau du Burkina Faso, c’est en 2014 que la Fédération burkinabè de football a officiellement adopté, en assemblée générale, pour la première fois de son histoire, une politique fédérale de développement du football.

Nous travaillons ainsi depuis un certain temps sur la base de cette politique. Il n’y a qu’à voir le programme annuel d’activités de la fédération pour comprendre qu’il s’articule sur trois axes. On a le programme de développement du football de masse, le développement de football d’élite et le 3e axe, c’est un axe d’appui aux deux précédents. C’est un axe qui intervient sur l’amélioration des pratiques du football et des cadres d’évolution.

A ce niveau, on retrouve les formations, la médecine, les infrastructures. C’est vous dire que la Fédération burkinabè de football dispose d’une politique fédérale de développement qui a suivi tout le processus et a été adoptée en assemblée générale. La politique technique est mise en œuvre, naturellement, en synergie d’action avec tous les acteurs du football. Ce n’est pas de façon esseulée que la DTN travaille.

Comment est organisée la DTN ?

Je dois vous dire que la DTN est à l’image des réalités du Burkina, c’est-à-dire que nous n’avons pas les moyens pour mettre en place la structuration que nous aurions aimé avoir. Mais nous faisons avec nos moyens de bord. A mon installation, on a dû forcer la serrure pour que j’aie accès, parce que à l’époque, M. Jean Magano, mon prédécesseur, était tout seul comme cadre à la DTN. J’avoue que cette scène m’a beaucoup marqué et j’ai souhaité œuvrer à faire évoluer la situation.

Actuellement à la DTN, je travaille avec des collaborateurs. Comme organigramme, vous avez le directeur technique national, le service de la formation et de l’organisation des cadres techniques, le service football de jeunes, de masse, féminin et le secrétariat. Ces services devraient être éclatés, mais nous n’avons pas les moyens de le faire. Donc, pour nous adapter au contexte de manque de moyens, nous avons préconisé le recrutement de quatre conseillers techniques de zone, car nous avons divisé le pays en zones. A ce niveau aussi, la difficulté, c’est la stabilisation de ces conseillers, car ce sont des fonctions bénévoles.

Depuis votre installation en 2008, quelles sont les actions réalisées par la DTN ?

Le chantier le plus important que nous avons essayé de mettre en place, c’est quelque chose qui touche aux fondamentaux du développement du football d’un pays. C’est la formation et l’organisation des entraîneurs. A mon avis, c’est le pilier pour une direction technique nationale et pendant près de 4 ans, nous avons recensé les entraîneurs en créant une structure au sein de la fédération qui a aussi impliqué les différentes familles de football pour procéder au reclassement de tous les entraîneurs burkinabè.

A partir de ce moment, tout un chacun avait une situation bien précise. Bien avant, c’était un flou total. C’était difficile d’avoir de la lisibilité, car certains, pour avoir fait 3 ou 4 stages d’entraîneur, même niveau de base, intervenaient en élite, voir en équipe nationale. Mais après ce travail, les entraîneurs ont été reclassés du plus bas au plus haut niveau, et ça a permis de mettre de l’ordre dans la famille des entraîneurs et de retenir ceux qui avaient déjà bénéficié de stage d’un certain niveau à l’extérieur, notamment en Allemagne, au Brésil et en France, qui avaient un profil à la licence A de la CAF. Nous avons soumis ces derniers à l’évaluation pour leur délivrer la licence A.

Je précise que le diplôme est obtenu sur une durée de 120 heures, contrairement à la CAF où c’est 60 heures. A partir de ce moment, nous avions le chapeau qui nous permettait d’organiser l’ensemble du football. C’est à l’intérieur de ce groupe que nous avons sélectionné les instructeurs sur le profil des entraîneurs pour asseoir notre travail. C’est à partir de ce moment que nous avons pu lancer de façon formelle la formation des entraîneurs, sachant que quand vous êtes débutant, vous commencez avec la licence D.

Auparavant, c’était initiateur fédéral ; aujourd’hui, c’est la licence D qui permet d’entraîner dans le football de base (enfants de 6 à 12 ans), ensuite la licence C (enfants de 13 à 15 ans) et la licence B (enfants de 16 à 19 ans), puis la licence A pour l’encadrement des élites amateurs et enfin la licence Pro. Mais pour l’instant en Afrique, le diplôme le plus élevé c’est la licence A de la CAF. La licence Pro actuellement est à titre expérimentale au Maroc et n’est pas achevée.

Voici un peu résumé le plus gros chantier entrepris. Après, il y a eu beaucoup de travaux de réflexion et même des actions sur le terrain concernant le football des jeunes. Le football des jeunes constitue un grand chantier pour la DTN et de ce point de vue, je puis vous dire présentement que pour les compétitions organisées par la fédération, on n’a jamais dans l’histoire du football burkinabè tenu autant de championnats de petites catégories.

Il y a un championnat interclub en U15, U17 et U20 avec la participation des U23 en nombre limité. Je saisis l’occasion pour féliciter la ligue de football de jeunes qui organise ces différents championnats sur le terrain. Mais la Direction technique nationale s’est fortement impliquée dans la conception. Pour la première année d’organisation, la mise en œuvre ne manque pas d’écueils, mais pour la suite, il va sans dire qu’il faut améliorer l’organisation et la pérenniser.

Il y a quelques années, la DTN a tenté d’organiser les différents secteurs du football et cela a fait grincer les dents. Pourquoi ce besoin ?

Nous avons tenté d’organiser la profession d’entraîneur car, je l’ai dit tantôt, il y avait un flou total à notre arrivée. Sans organisation, c’est difficile de promouvoir le développement. Cette organisation du secteur du coaching au Burkina était une action forte pour agir dans le sens du développement de notre football. Parce ce que la clé du problème demeure l’entraîneur dans le football. Si le domaine des entraîneurs n’est pas organisé, on va tourner en rond et on n’avancera pas.

On a longuement parlé de la qualité de notre football, sans s’attaquer aux bases et je vous assure que la base, c’est la ressource humaine. Dans un pays comme le nôtre, avec l’entraîneur qui joue le rôle de secrétaire, de médecin, d’administratif… L’entraîneur est tellement important qu’il fallait organiser le secteur du coaching pour pouvoir agir de façon ciblée sur la qualification, les compétences de ces derniers. Je vous assure que si on veut faire un bilan, c’est largement positif.

Si de nombreux observateurs sont unanimes à reconnaître que l’année dernière le niveau de notre championnat a progressé, c’est parce que, à notre avis, les entraîneurs sont mieux outillés que de par le passé. Pourvoir travailler de façon ciblée et obtenir ces résultats, il fallait d’abord organiser le secteur pour l’assainir et bien identifier les acteurs et pouvoir proposer les formations de façon conséquente.

Il faut aussi dire que c’est un processus qui est engagé sur le plan international. La fédération a reçu la convention CAF de coaching, car pendant longtemps en Afrique, les formations étaient tous azimuts, mais qui n’étaient pas paramétrées dans un cadre juridique et organisationnel. Cette convention permet à la CAF de se mettre à jour sous l’impulsion de la FIFA et de l’UEFA.

Quand nous allons ratifier cette convention, il y a certaines contraintes qui vont s’imposer à notre pays ; sinon, nous allons rester en marge du système des licences CAF. Dans le même sens, déjà lorsque votre club est qualifié pour la campagne africaine, si vous n’avez pas d’entraîneur qualifié, le club ne pourra pas participer à la compétition.

Avec les termes de la convention que nous avons reçus dans le temps, sans la licence CAF, il ne sera même plus possible d’entraîner dans son propre pays. Les reformes justement faites ici par le passé, c’était l’adoption du statut de l’entraîneur. C’est présentement une dynamique mondiale qui est lancée et le processus mis en place au Burkina nous a permis de nous mettre en phase et de nous conformer aux exigences futures.

Depuis 2008, vous êtes à la tête de la DTN. Comment expliquez-vous alors qu’on n’arrive pas à voir l’identité du football burkinabè ?

Quand vous mettez en place un système de formation, ce n’est pas le lendemain que les fruits reviennent. Ça va prendre du temps avant que, sur le terrain, les gens puisent observer les résultats concrets. Les Burkinabè sont toujours pressés, mais ici, quand on met en place un système, c’est sur la durée qu’il faut attendre les résultats.

Au niveau de la DTN, nous avons observé beaucoup de changements. Le championnat national est un critère d’appréciation pour nous, et tout le monde reconnaît que le niveau a progressé. Le jeu des équipes s’est amélioré et ça, ce sont les prémices de l’identité dont on parle. On ne balance plus les ballons, on prend le temps de construire, de ressortir le ballon de façon propre. Ce changement est dû à la qualité des entraîneurs qui a évolué énormément.

Mais il ne faut pas penser que nous aurons toutes les équipes qui jouent le tiki-taka ; la culture c’est sur la durée. Notre façon de jouer, le profil type du joueur burkinabè qui a été défini n’a rien à voir avec ce qui se passe ailleurs. Quand vous avez vu les équipes burkinabè rayonner par le passé, nous avons essayé de faire des analyses sur la mentalité du Burkinabè, même en dehors du football, pour définir ce profil de jeu qui a été adopté au niveau de la Fédération burkinabè de football.

Nous avons nos forces et nos faiblesses. Pour les entraîneurs qui sont bien imprégnés de nos contenus de formation, ils savent que, de façon culturelle, nos équipes doivent avoir de très bonnes bases sur le plan défensif et que nous ne devrions pas faillir en ce qui concerne les attaques rapides. Par contre, le tika-taka dont les gens parlent, la possession du ballon dans le camp adverse, ce n’est pas notre fort.

Il y a des pays qui se sont plantés en allant emprunter un style qui ne cadre pas avec leurs mentalités. Ce que nous avons pu définir correspond particulièrement à notre pays et a toujours réussi à nos sélections nationales, même si les profanes, quand ils regardent, ils ont de la peine à faire un lien entre ces différents succès. Quand vous regardez les Etalons à la CAN 98, CAN 2013, c’est très clair. Par contre, quand on se trompe de profil de jeu comme on l’a fait immédiatement à la CAN 2015, où c’est le Burkina qui prenait l’initiative du jeu, les résultats tombent comme un couperet.

Au niveau de la DTN, nous sommes pleinement conscients de ça et en nous appuyant sur toutes ces constatations et toutes ces expériences, nous avons élaboré le profil de jeu qui a été soumis aux sélectionneurs et dont l’expérimentation a commencé avec la sélection juniore. Il faut regarder les vidéos des Etalons juniors lors des Jeux africains ; c’est très clair.

Nous ne prétendons pas prendre l’initiative du jeu, mais nous sommes sereins sur nos forces défensivement. Nous avons un bloc très costaud, très compétitif, avec une organisation très précise. Sur le plan offensif, nous allons vite vers le but. Je vous invite à regarder les Etalons en 2017, la plupart des buts que nous marquons contre la Tunisie et même en 2013 quand nous arrivons en finale, la victoire contre l’Ethiopie, c’est le même profil de jeu produit. Dès qu’on sort de ce schéma, on est sanctionné par les mauvais résultats.

Maintenant, ce n’est pas du tic au tac que les entraîneurs pourront mettre ça en œuvre sur les terrains, parce qu’il y a beaucoup d’entraîneurs qui ont fini leurs formations il y a 5-6 ans, et la nouveauté fait peur. Les entraîneurs qui ont le courage de s’engager dans cette direction, même dans le championnat national, leurs équipes arrivent à produire des résultats, car c’est un football qui cadre avec les mentalités de leurs joueurs et ces équipes ne sont jamais ridicules, même si elles n’arrivent pas à gagner des trophées.

Vous est-il arrivé de recadrer un entraîneur au regard de son style de jeu, lorsqu’on sait que vous êtes responsable de ce volet technique ?

Ce n’est pas comme ça que ça marche. Nous avons souvent des problèmes avec le commun de nos concitoyens, parce que les gens pensent que la relation entre la DTN et les sélectionneurs, c’est comme dans un service classique où on donne des ordres au subalterne pour exécution. En football, c’est très différent parce que l’entraîneur est le premier responsable de ses résultats. Quand bien même vous lui faites des suggestions pertinentes, s’il sent qu’il va s’engager sur un chemin glissant pour lui qu’il ne maîtrise pas, il a le droit de remettre votre avis en cause.

La DTN est un service d’appui pour aider les entraîneurs, au besoin pour les guider, mais nous n’avons aucun droit d’imposer quoi que ce soit, ni même le pouvoir de le faire. L’entraîneur, c’est lui qui choisit ses joueurs, la démarche, qui définit les plans de jeu et il assume le profil de jeu et les résultats. Donc, tout ce qui tourne autour de l’environnement de l’équipe est là pour aider.

Quand la DTN définit le profil de jeu au football et aux footballeurs burkinabè, c’est une façon de donner des orientations, une voie à suivre. Maintenant, si un entraîneur vous dit qu’il ne se sent pas capable de suivre cette voie, alors qu’il est déjà sous contrat, qu’est-ce qu’on peut faire ? Soit vous le libérez, soit vous le laissez suivre sa voie. Nous sommes dans une dynamique de sensibilisation et les entraîneurs qui s’engagent à fond et qui estiment qu’ils ont des besoins, nous nous tenons à leurs côtés et c’est ensemble que nous avançons.

Mais la direction technique est obligée de se porter à la disposition de tout entraîneur, car c’est notre responsabilité, même si en fonction du profil de l’entraîneur, de son degré d’ouverture, de sa capacité à coopérer, ça nous permet d’aller loin ou de nous limiter à de simples conseils.

Est-ce que la DTN a déjà été consultée pour le recrutement d’un entraîneur ?

Il nous est arrivé à la Direction technique nationale d’être consultés et même de proposer la procédure de recrutement d’un entraîneur. Il y a 4 ans, nous avons procédé par un appel à candidatures avec la mise en place d’une commission en impliquant tous les autres acteurs. Quand la DTN est consultée, c’est de façon analytique que l’entraîneur est choisi en ce sens que c’est avec une notation chiffrée que nous évaluons les différents critères.

A la suite, les différents postulants sont classés et on procède au choix des entraîneurs. Mais ce n’est pas systématique. En Afrique, nous assistons aux choses les plus incroyables. Il y a des moments où on vous présente l’entraîneur sur le terrain. Mais je vous rassure que ce n’est jamais arrivé au Burkina et je dois dire que la dernière vague de recrutements des entraîneurs s’est faite sous la houlette de la DTN.

Justement pour en revenir à la dernière vague de recrutements dont vous parlez, il y a une certaine opinion qui s’est offusquée du choix du coach Eric Zié pour le poste de sélectionneur des Etalons cadets, estimant qu’il ne remplissait pas tous les critères. Quel commentaire faites-vous ?

Nous avons travaillé sur des critères clairs et il a présenté un bon profil pour ce poste. Les gens critiquent sans s’informer. Les gens ne savent pas que Zié a entraîné en 1re division, malheureusement les gens ne le savent pas. Pour ceux qui ne s’intéressent pas au football, je le leur concède, mais si vous avez un acteur de notre football, surtout parmi les entraîneurs, qui le dit, je puis vous dire de prendre cette information avec des pincettes. Parce que je vous dis qu’il remplissait les critères. Zié a entraîné BPS et Majestic en D1.

Mais pour cette catégorie, ce n’était pas le critère le plus important pour nous. Au niveau des U17, le profil, c’est beaucoup plus la formation. Quand vous prenez l’équipe locale CHAN, nous ne voulions pas valoriser le fait d’avoir entraîné en D2, mais en D1 ; et quand un entraîneur avait déjà entraîné à l’international, c’était plus important. Quand on vient au niveau des plus jeunes, notamment les U17, si vous nommez un entraîneur qui n’a fait que la D1, ne soyez pas surpris qu’on massacre vos jeunes.

Quelles sont les relations que la Direction technique nationale entretient avec les entraîneurs ?

Au niveau de la fédération, il a été mis en place la commission fédérale des statuts de l’entraîneur et cette structure s’occupe de la gestion de la carrière des entraîneurs. Si un club veut recruter un entraîneur, tant que cette commission n’a pas validé, son contrat ne pas peut pas être homologué et son recrutement n’est pas possible. D’une manière générale, beaucoup de gens confondent et pensent que c’est la DTN qui joue ce rôle. Au Burkina, nous l’avons voulu ainsi.

La commission comprend les représentants des clubs du Burkina, l’association des entraîneurs, l’association des anciens internationaux, le secrétariat général, le département des compétitions, et c’est à ce niveau que les contrats sont gérés. Hormis cela, la DTN organise les sessions de recyclage avec les entraîneurs. Cette année, nous serons à la 3e édition de la conférence nationale des entraîneurs d’élite où à la fin de la saison, nous réunissions tous les entraîneurs de la D1 pour faire un bilan technique du championnat et jeter les bases de la saison à venir. C’est le type de relation que nous avons avec les entraîneurs.

Pour ce qui est des sélectionneurs, c’est un travail plus rapproché au quotidien. Mais je dois dire que dans notre football, il manque le dispositif approprié. Il y a des clubs engagés en campagne africaine qui pensaient que le DTN pouvait s’immiscer dans le travail des entraîneurs. Normalement, chaque club doit se doter d’un directeur technique du club et le répondant de la DTN au plus bas niveau, c’est le DTN du club. C’est dommage, au Burkina, nous n’avons pas cette structure et quand le DTN veut engager des rapports très proches avec les entraîneurs du club, le plus souvent, ça va déboucher sur des incompréhensions et des malentendus.

Nous intervenons quand l’entraîneur vient vers nous, quand il manifeste le besoin et notre contribution comme cela a été le cas avec Ladji Coulibaly (ex-coach de Salitas). Il est venu en toute humilité demander notre aide ; cela nous a fait chaud au cœur, car nous n’étions pas habitués à ce genre de démarche. C’est un exemple de type de rapports que nous pouvons entretenir. Nous sommes ouverts à tout type de relation avec les entraîneurs dans un cadre vraiment organisé, sinon c’est de façon beaucoup plus informelle que nous nous tenons à la disposition des entraîneurs pour donner des conseils pour qu’ils ne soient pas perturbés dans leur évolution sur le terrain.

Comment la Direction technique nationale évalue-t-elle un entraîneur ?

En situation de formation, depuis que nous avons réorganisé la formation des entraîneurs, nous travaillons en système. En Afrique très souvent, on a organisé des formations d’entraîneurs tous azimuts, sans s’attacher à la nécessité de mettre en place un système. Les entraîneurs évoluent par niveaux et comme nous savons que nous avons longuement travaillé sur des contenus adaptés au contexte du Burkina, qui ne sont pas des contenus calqués, importés sans réflexion venus d’ailleurs, nous tenions à ce que les entraîneurs fassent l’effort de les appliquer sur le terrain.

Dans la pratique, nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas évident. Les entraîneurs venaient à la formation et après avoir obtenu le diplôme, ils repartaient dans leurs anciennes pratiques (faire courir les joueurs autour du terrain ou faire des 11 contre 11). Alors, pour les sessions suivantes, il fallait démontrer qu’on a fait l’effort d’expérimenter les contenus dispensés et quand nous nous rendons compte que l’intéressé sur le terrain avait replongé dans ses anciennes habitudes, nous lui disons de repartir travailler et de revenir.

Il y a des tests d’entrée et ces tests portent sur la théorie et la pratique. Maintenant, pour le cadre spécifique du Burkina, nous avons voulu un système d’évaluation transparent. Chez nous, selon le niveau du candidat, vous êtes évalué en pratique par 3 ou 4 instructeurs. Plus le niveau monte et plus aussi le nombre d’instructeurs augmente et nous faisons la moyenne. Quand nous voyons qu’il y a un écart de plus de 2 points sur un stagiaire, nous faisons une concertation pour harmoniser les points de vue, puis la note.

C’est dans un souci de transparence. Nous pratiquons cela depuis longtemps et nous en sommes satisfaits, parce que nous savons que c’est la légèreté ambiante qu’on voit souvent dans nos pays qui a fait que la CAF, elle-même, a suspendu son système de formation. Nous, nous sommes fiers de pouvoir continuer avec notre système, car nous avons réussi à garantir un minimum de transparence.

Peut-on avoir une idée du nombre d’entraîneurs par licence qui interviennent au niveau de la Direction technique nationale ?

Quand nous avions procédé au reclassement des entraîneurs, nous étions à 250 dossiers. A ce jour, nous tournons autour de 600 entraîneurs toutes licences confondues. L’accroissement du nombre d’entraîneurs est impressionnant. Chaque année, nous avons un effectif assez élevé de candidats qui souhaitent s’engager. En moyenne, nous avons une cinquantaine de nouveaux entraîneurs et cela est dû même aux limites que nous imposons sur les normes en termes d’effectifs.

Ces derniers temps, nous avons suspendu nos formations d’entraîneurs par manque de financement. Pour la formation, les entraîneurs contribuent, mais ce n’est qu’une contribution partielle, car le reste doit être complété par la Fédération burkinabè de football. C’est un système avec des subventions, mais comme le volume des cours devient élevé, naturellement la subvention devient trop lourde à supporter et ça crée quelques difficultés.

Nous avons fait des propositions à la fédération pour trouver des solutions pour pérenniser le financement des formations. Il y a des pays de la sous-région où le stagiaire prend à 100% en charge sa formation. Pour le moment au Burkina, nous tournons autour de 35% et nous sommes en réflexion pour une solution durable.

Vous venez d’être nommé instructeur CAF ; dites-nous exactement ce que cela représente.

Il faut dire que j’ai d’abord officié comme instructeur pendant des années dans mon propre pays ; j’ai reçu des formations spécifiques. Je veux rappeler que je suis professeur certifié d’éducation physique et sportive option football durant 8 ans. Après, j’ai pu bénéficier du programme KNVB où j’ai suivi les formations depuis la base jusqu’au niveau instructeur où nous avons suivi pendant un mois la formation d’instructeur au siège de la Fédération hollandaise de football, en plus des sessions de formation reçues à la Fédération allemande de football.

C’est pour vous dire que c’est tout un processus. J’ai commencé à donner les cours d’entraîneur au Burkina avant même d’être directeur technique national et par la suite, j’ai été sélectionné au niveau de la CAF pour suivre des cours pour formateurs d’entraîneurs. A ce niveau, il y a toujours des évaluations qui permettent aux formateurs de définir les différents profils de l’instructeur et ça fait déjà 3 ans que j’ai été sollicité par la CAF pour superviser des formations d’entraîneurs.

La première fois, c’était à Abidjan pour la licence A CAF, où j’étais instructeur désigné par la CAF. Ensuite, c’était au Tchad. Et après, le processus de formation des entraîneurs avait été suspendu par la CAF. Avec l’arrivée de la nouvelle direction technique, il a été décidé que les différents instructeurs où il y avait un panel très large allait faire l’objet d’observation, de présélection, puis d’évaluation. Il y avait 20 candidats qui venaient de 15 pays. Vous voyez que le Burkina a eu la chance, parce qu’il y a eu beaucoup de pays qui n’ont pas eu leur représentant présélectionné.

Après les évaluations, le jury, présidé par M. Jean-Michel Bénezet qui lui-même a été DTN de la FIFA et qui est également le conseiller spécial du président Hamad Hamad de la CAF dans le domaine technique, était composé de Nabil Nalouch, qui est un instructeur chevronné de la FIFA et bien d’autres instructeurs de renommée de la FIFA et de la CAF sous la supervision du président de la commission technique de la FIFA, M. Tinga. Les travaux ont duré 8 jours au Maroc où les différents candidats ont fait des présentations en théorie et en pratique.

Ceux qui ont été retenus ont été nommés instructeurs. Le plus important pour nous, c’était de pourvoir valider, car lorsqu’on se retrouve dans cette situation, on se défend soi-même et on défend aussi les couleurs de son pays. A l’époque, je n’étais pas parti dans les meilleures dispositions, parce que les Etalons venaient d’être éliminés de la course à la CAN. Ce sont des détails qui comptent par moments, parce qu’on va pour défendre des idées et on a besoin aussi de savoir si ces idées peuvent porter loin le football africain.

Il s’agit de nommer aussi des ambassadeurs de la CAF en matière de coaching. Il faut dire que je suis nouveau dans ce circuit, car ça date de seulement 3 ans où j’ai été officiellement sollicité. Souvent les gens sont nommés, mais tant que vous n’avez pas animé une session de formation ou une session d’évaluation, c’est trop facile de dire que vous êtes instructeur.

A ce moment, ce serait uniquement pour la forme et c’est pour ça que le panel CAF était large avec plus d’une centaine de personnes. Il y en a qui n’ont jamais été sollicités, même une fois. Mais la CAF a voulu recentrer tout ça pour pourvoir maintenant mettre les gens sur les chantiers. Dieu seul sait qu’en Afrique, nous avons accusé un gros retard en matière de formation de nos entraîneurs, et le football africain en souffre énormément

Quel sera alors véritablement votre rôle avec cette nomination d’instructeur CAF ?

Nous aurons le rôle de formateur d’entraîneurs, mais aussi, il y a l’évaluation des différents systèmes. Avec la nouvelle convention de coaching de la CAF, ce n’est pas n’importe quel pays qui pourra organiser les cours. Il faut réunir un certain nombre de conditions, donc les instructeurs CAF vont être sollicités pour aller évaluer les systèmes de formation des différents pays du continent.

Il faudra voir même s’il y a un système, ou on veut simplement faire une formation parce que les autres pays le font. Ou est-ce qu’on a un système, on a des instructeurs bien formés et qualifiés, est-ce que les évaluations sont réalisées dans les bonnes conditions ? Est-ce qu’il n’y a pas de laxisme, de favoritisme, de l’informel ? Il faudra aller évaluer les contenus des formations des entraîneurs, vérifier le contenu des formations des entraîneurs. Nous serons sollicités dans le recyclage des entraîneurs élites, parce que la CAF a l’intention aussi, au niveau des instructeurs élites, d’avoir des entraîneurs de jeunes à un niveau inférieur.

Comment le Burkina pourra bénéficier de vos compétences ?

Pour avoir été dans ce système depuis quelques ans, lorsqu’on participe aux séminaires ou sessions dédiés aux instructeurs CAF, on ramène dans son pays l’actualité en matière d’entraînement. Je vous assure que sur ce plan, cela nous a énormément apporté, parce que c’est une tribune qui vous met en contact avec les instructeurs FIFA, UEFA, CAF de très haut niveau.

A ces séminaires, le niveau des débats est très élevé et ça vous permet de confronter aussi vos idées, parce que nous n’avons pas au Burkina l’intention de faire du copier-coller. Cette méthode ne nous réussit pas ; nous avons la conviction que nous avons nos atouts, nos faiblesses au Burkina et tant que nous allons respecter nos valeurs, nous ne craindrons aucune nation en matière de football.

Nous sommes en football, nous pouvons jouer, gagner, perde où faire match nul, mais au-delà de ces résultats, il y a l’impression que l’on laisse et sur ce terrain, nous pensons que nous pouvons forcer le respect des autres nations en travaillant sur nos valeurs. Ces valeurs que nous utilisons actuellement pour conceptualiser après, nous avons l’occasion de les confronter au regard des techniciens étrangers et ça, je vous assure c’est énorme pour notre football.

Ensuite, je n’ai pas le choix, j’ai été instructeur dans mon pays et je suis toujours instructeurs en tant que DTN pour les sessions de formation. Je suis sur le terrain et je suis convaincu que c’est une plus-value pour notre football. Je pense aussi qu’en termes de reconnaissance, c’est une façon pour la CAF de reconnaître les mérites du Burkina Faso, pas ceux de Ousmane Sawadogo, mais l’ensemble de l’œuvre de ce qui est fait au Burkina en matière de formation et d’organisation des cadres techniques.

Quelles sont les projets à venir au niveau de la Direction technique nationale ?

En termes de grands projets, il s’agit essentiellement de renforcer les compétences. En Afrique, très souvent, on a l’art d’ouvrir chaque jour de nouveaux chantiers, c’est ainsi que de grands chantiers qui pouvaient être très porteurs pour l’avenir se retrouvent abandonnés au profit de nouveaux chantiers. Au Burkina, nous voulons faire des choses très simples, pratiques, mais très efficaces pour le futur.

Les championnats de jeunes qui ont été lancés au niveau de la fédération doivent être pérennisés. Ensuite, il s’agira de renforcer ces compétitions par une meilleure organisation. Nous avons, à venir, un amendement qui a été adopté à la dernière assemblée générale de la fédération pour faire un lien étroit entre la formation des entraîneurs et la pratique des entraîneurs auprès du football de jeunes.

Les entraîneurs recrutés au niveau de la licence D pour postuler à la licence C ont l’obligation d’aller servir auprès des équipes de jeunes pour apporter leur expertise. A ce jour, dans ces équipes de jeunes, nous comptons beaucoup d’entraîneurs dits bénévoles sans compétences. J’invite les gens à la réflexion, car dans des pays comme l’Espagne, la Hollande, réputés en matière de formation, les entraîneurs des U15 ne sont pas des entraîneurs débutants, mais des entraîneurs avec une licence professionnelle. Ce sont des entraîneurs chevronnés qui s’occupent des minimes, des cadets, voire des pupilles.

C’est pourquoi, au finish, ils ont des joueurs très talentueux et doués. Mais chez nous, les entraîneurs des jeunes sont souvent ceux qui n’ont même pas de formation et comme ça, on pense qu’ils vont se former en formant les jeunes et ces sont des dérives que nous souhaitons corriger. Dans ce sens, nous pensons que ce qui se déroule a fait écho et y ajoutées les dernières performances des Etalons U20, nous avons reçu une note de l’UEFA dans le cadre du programme Assist de cette confédération qui va nous accompagner en ce qui concerne le football de base et de jeunes.

Toujours pour les jeunes, la DTN va s’attaquer au football de base. Nous nous sommes aperçus depuis des années que la formation doit être faite plus bas à ce niveau, pour le recrutement des jeunes. Cela a le mérite de nous permettre de lutter contre les fraudes sur les âges et les identités des joueurs. Nous avons à ce sujet élaboré un plan quadriennal du développement du football de base. Ce plan concernera les jeunes de 6 à 12 ans avec des contenus de pratiques qui seront développées par les entraîneurs de cette catégorie.

Enfin, également comme chantier, c’est La formation des cadres techniques. Nous espérons pourvoir reprendre notre processus de formation, naturellement sous l’égide de la CAF, en ayant approfondi notre système de formation en faisant davantage le lien entre les formations gérées par les instructeurs et la pratique des entraîneurs sur le terrain.

Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment