Fin de la prison à vie de Hissène Habré : Seul dictateur africain jugé, condamné et emprisonné

Hissène Habré est mort le 24 août 2021 à Dakar, au Sénégal, où il purgeait une peine de prison à vie. Celui qui est responsable de la mort de près de 40 000 Tchadiens durant son règne de terreur de huit ans de 1982 à 1990 a été emporté par le Covid-19. Ses victimes sont mortes dans les mains de la redoutable police politique qu’il avait mise en place, la DDS (Direction de la documentation et de la sécurité). Qui était Hissène Habré ? Comment s’est-il hissé au pouvoir et avec le soutien des puissances occidentales qui vont le lâcher pour Idriss Deby, venu le chasser ? Retour sur la vie du seul dictateur africain jugé et condamné en Afrique.

Hissène Habré est venu sous les projecteurs comme preneur d’otages au Tibesti. Il séquestrait une archéologue française, Françoise Claustres, avec son alter égo Goukouni Wedeye. Le monde découvre ce sous-préfet qui veut libérer le Tchad de la domination française et récupérer la bande d’Aouzou occupée par le colonel libyen Mouammar Kadhafi.

Ce militant du Frolinat (Front de libération nationale du Tchad), va marquer la politique tchadienne par ses alliances et ruptures multiples avec les autres responsables politiques. Un moment avec Goukouni, puis avec Malam, qu’il trahit pour Goukouni et qu’il quitte pour reprendre le maquis et fuir au Soudan.
Hissène Habré va reprendre le pouvoir à Goukouni avec l’aide de la France et des États Unis. Son opposition à Kadhafi a fait de lui un ami des occidentaux qui vont l’oublier pendant huit ans alors qu’il a transformé son pays en une boucherie humaine.

C’est son numéro deux, Idriss Deby, qui va aller au Soudan comme lui et revenir le chasser du pouvoir. Cette stratégie de la rébellion, qui s’organise au Soudan ou en Libye, est toujours utilisée par certains opposants tchadiens comme l’atteste la dernière incursion rebelle venue de Libye et qui a été fatale au maréchal du Tchad, le second dictateur tchadien, Idriss Deby. Habré perd le pouvoir en 1990 et, dès 1992, une commission nationale donne l’ampleur des crimes de l’ami fidèle de la France.

Rejoindre le chœur des pleureuses quand les puissants tombent entre les mains de la faucheuse qui ne craint personne chez les humains, est du conformisme social. Sous prétexte que la mort absout tout et commande d’oublier, et de ne pas raconter ce qui fait l’histoire et la mémoire douloureuse des peuples est une faute par omission. Cette revendication politique de l’oubli du passé est une double peine pour les victimes, puisqu’on leur nie le droit d’évoquer les atrocités et les douleurs qu’elles ont subies. On refuse au pays sa mémoire et son histoire parce que les coupables ne seraient plus là.

L’Association des victimes d’Hissène Habré, avec les mouvements des droits de l’homme de par le monde, ont été à la base du procès d’Hissène Habré. Ils ont recensé les crimes, recherché les rescapés qui portent les stigmates de cette tragédie dans leur chair et dont les nuits sont hantées par les cauchemars de ce qu’ils ont vécu à la DDS.

Les victimes d’Hissène Habré ne sont pas dédommagées

Le dictateur Blaise Compaoré qui a régné durant 27 ans au Burkina semble un enfant de chœur comparé à Hissène Habré. La liste des crimes de sang impunis non exhaustive, en remontant au CNR (Conseil national de la révolution) dressée par les organisations démocratiques contient quelques centaines de noms. Hissène Habré, en 8 ans, a fait des milliers de victimes individuelles et des communautés comme les Zaghawa.

Il a été condamné en 2016 pour des crimes contre l’humanité, tortures et viols par les Chambres africaines extraordinaires créés par un accord entre l’Union africaine et le Sénégal. C’est pour éviter l’extradition d’Hissène Habré que l’Union africaine et le Sénégal vont organiser ce procès que le Sénégal a retardé par des mesures dilatoires. Le dictateur tchadien va briller à ce procès par son mutisme, refusant de répondre aux questions du tribunal.

Ce geste témoigne une fois de plus de son refus de reconnaître les victimes, et de sa volonté de renverser l’échelle des valeurs en se posant en victime. Avec la mort d’Habré quelques mois après celle de Deby, on espère que le Tchad ferme la page des tyrans sanguinaires et qu’une nouvelle ère s’ouvre. L’Union africaine qui a jugé Habré n’a rien fait pour les victimes, qui devraient recevoir la somme de 82 milliards 290 millions de francs CFA pour les dommages.

Sana Guy
Lefaso.net

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