Fête du travail au Burkina : Dans une température à casser le thermomètre !

C’est sur fond de fronde sociale très tendue que se commémore le 1e Mai au Burkina. La grogne, elle ne se raconte plus, elle se vit simplement. Si le gouvernement s’est réjoui du « dénouement » de la crise au niveau du ministère de l’Economie, des finances et du développement, il a dû rapidement observer que les réactions de l’opinion publique sur la gestion de ce dossier ne plaident pas en sa faveur.

Tel est pris, qui croyait prendre, est-on tenté de dire ici ; car, l’impression donnée dans l’affaire dite mouvement d’humeur des financiers est que les dirigeants ont voulu jeter ces travailleurs à la vindicte populaire. En voulant donc piéger ses propres travailleurs, le gouvernement est, lui-même, devenu victime de ses propres manigances. Pas que dans le fond, certains dossiers n’ont pas le mérite d’être interrogés, mais parce que dans leur gestion, il y a beaucoup à dire, voire à redire. Cette attitude semble s’être observée avec nombre de dossiers sociaux (fonctionnaires de police, de la garde de sécurité pénitentiaire ; agents de santé ; syndicats des transporteurs, etc.).

Au moment où se commémore le 1er Mai 2019, les foyers de tension sociale connaissent de plus en plus un durcissement. Au mouvement d’alerte des agents de la santé humaine et animale, se sont ajoutées, ces derniers jours, la hausse de ton de la Coordination nationale des syndicats de l’éducation (suspendant les évaluations à tous les niveaux du système éducatif, les corrections des devoirs et autres évaluations comme les calculs des moyennes ; point de tenue de conseils de classe ni de transmission de courriers et autres correspondances administratives…), la détérioration de la situation dans toute la chaîne judiciaire avec, en sus,l’arrêt de travail des avocats et la lettre conjointe de mise en garde des trois syndicats de magistrats.

Finalement, l’on est en droit de se demander ce que revêt le « dialogue social » aujourd’hui et à quoi sert-il dans la fonction publique ? Même la restitution des travaux du comité technique dans le cadre de la conférence sur la réforme du système des rémunérations, qui était annoncée pour le 30 avril 2019, a été « reportée à une date ultérieure ».

C’est dire que la crise de confiance et même la méfiance sont patentes entre gouvernants et gouvernés. Or, la mission naturelle des pouvoirs publics, sur ce volet, c’est de créer les conditions pour préserver et promouvoir le lien social. Si ça ne marche pas, on ne peut s’empêcher de penser que c’est la gouvernance même qui est incapable de secréter les ingrédients d’un dialogue franc.

Le Burkina a une tradition de cadres de dialogue. Mais, la véritable question est de savoir s’ils servent réellement. La situation que vit aujourd’hui le pays ne vient-elle pas prouver qu’il ne suffit pas de s’enfermer dans un même espace, parler pendant des heures, des jours ou des mois pour croire qu’on avance ? On ne dialogue pas dans un contexte où les parties prenantes ont des positions déjà toutes faites. Tant que les acteurs ne vont pas se mettre dans un esprit de dialogue franc, sincère et constructif, il sera difficile de s’en sortir.

De toute façon, sans cette réelle volonté et sans cette sincérité, toute décision prise ou toute réforme engagée, ne pourrait tenir la route. Une descente dans le gouffre, et même les lois ne pourront être une bouée de sauvetage. Alors, le gouvernement doit se donner les moyens d’être à la hauteur des défis que pose la fronde sociale ; ce, d’autant que tout ne semble pas question d’argent et de matériel.

Au gouvernement Dabiré donc de travailler à instaurer un minimum de cohésion entre les Burkinabè (pour ne pas dire les acteurs sociaux). Sans cela, il sera difficile d’avancer, à plus forte raison faire face aux autres défis qui ne sont pas des moindres. C’est une solution à portée de main, pour peu que certains se rendent réellement compte qu’un ministre, par exemple, n’est qu’un citoyen burkinabè à qui on a confié une mission de service public.

C’est dans cette ambiance, pas du tout reluisante, que les travailleurs au Burkina Faso sont appelés à commémorer le 1er-Mai 2019. L’esprit n’est sans doute pas à la fête. Bonne fête tout de même !
Lefaso.net

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