Fermeture des gros marchés et yaars : Une décision salutaire qui soulève de nombreuses inquiétudes

Face à la progression rapide du nombre de personnes infectées par le virus covid-19 au Burkina Faso, le gouverneur de la région du Centre a décidé de la fermeture des gros marchés et yaars des communes de son ressort territoriale. Cette décision drastique qui a des conséquences entre en vigueur le 26 mars et ce jusqu’au 20 avril 2020. A quelques heures de la date butoir de l’application, clients et commerçants se sont prononcés sur cette mesure, à Ouagadougou.

Mariana Kaboré, agent de la fonction publique

« Je pense que c’est une très bonne décision de fermer les gros marchés et yaars dans la mesure où le coronavirus actuellement fait de nombreuses victimes dans notre pays. Mais ce que je déplore, c’est que le gouvernement n’a pas pris de mesures, par exemple, pour voir comment est-ce que les ménages vont faire dans les jours à venir pour pouvoir s’approvisionner. Etant donné que la plupart des denrées sont périssables, je me pose certaines questions. Est-ce que des marchés parallèles ne vont pas se développer dans la ville de Ouagadougou notamment dans les quartiers ? Est-ce que cela ne va pas causer encore plus d’attroupements ? Ce sont des inquiétudes à prendre au sérieux. »

Marie-Juliette Lompo, particulier

« Je trouve la décision du gouvernement très sage et salutaire. C’est pour nous protéger contre la pandémie du coronavirus parce qu’il y a beaucoup de personnes qui fréquentent les gros marchés et yaars. Et le comble, on ne sait pas qui est sain et qui ne l’est pas. Je suis venue me ravitailler aujourd’hui comme l’a suggéré nos autorités. Il faut que les gens respectent scrupuleusement cette mesure gouvernementale. Si ailleurs, des gens l’ont appliqué et ça marché nous aussi on doit emboiter leurs pas. Je m’adresse particulièrement à mes sœurs commerçantes. C’est pour un bout de temps. Ça va passer. Du reste, je pense qu’on aurait dû prendre cette mesure depuis longtemps. Mais bon… tard vaut mieux que jamais ».

Sandrine Sanou, ménagère

« Il était temps car le bilan de personnes infectées par le virus du Covid-19 dans notre pays donne froid au dos. Mais, j’avoue que je ne me suis pas préparée. Présentement, on n’a pas l’argent. C’est le cas aussi pour beaucoup d’autres personnes vu l’engouement au niveau des banques. Les autorités nous demandent de payer les provisions. Mais comment faire si tu n’as pas de l’argent ? Quoi qu’il en soit, on va essayer de faire avec nos moyens de bord parce que la maladie a pris une proportion inquiétante. Vivement qu’on trouve un vaccin. »

Rosalie Boucpési, ménagère

« La fermeture des gros marchés et yaars pour une durée d’un mois, à mon avis, c’est beaucoup. Désormais, il sera difficile d’avoir des légumes frais. C’est tout ce qui est sec que nous allons manger. Les gens vont souffrir à la maison. A la suite de l’annonce de la décision, les ouagalais ont envahi les marchés. La distance d’au moins 1 mètre n’est pas respectée. On fait comment ? On n’a pas le choix. On est en train de se frotter ici au marché de Larlé. A propos des légumes, tout est devenu cher. On ne peut plus rien acheter. Cette situation ne nous arrange pas du tout. »

Harouna Kaboré, commerçant

« Comme actuellement le Coronavirus fait trembler le monde entier, on n’a pas le choix. On va se soumettre à la décision gouvernementale. De plus, c’est quand il y a la santé qu’on cherche l’argent. Mais sans vous mentir, ça sera difficile pour nous les commerçants. Qu’est-ce que nous allons faire de nos articles ? Qu’allons-nous devenir et comment subvenir aux multiples besoins de nos familles ? Mes questions restent malheureusement sans réponse mais on s’en remet à Dieu. Lui, seul pourra nous sortir de cette mauvaise passe et bouter la maladie hors de notre pays ».

Safiatou Ouédraogo, commerçante

« C’est une méthode de prévention sanitaire mais à un certain niveau ça va pénaliser beaucoup de personnes. C’est le cas d’ailleurs de mes collègues commerçantes qui en majorité subviennent aux besoins de leurs familles. Faire un à trois jours sans venir au marché, c’est un problème. Que dire alors d’un mois ? Si le gouvernement peut revoir la durée de cette mesure, ça va beaucoup nous aider. L’autre alternative, c’est de venir en aide aux familles vulnérables. Je reste convaincue que seuls les richards pourront traverser cette situation sans difficulté. C’est la vie qui est ainsi faite. »

Propos recueillis par Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment