[Exclusif] – Présidentielle 2020 au Burkina Faso : résultats des sondages réalisés par Afrique Opinion et IEI Europa

Au moment où trois élections présidentielles viennent d’avoir lieu, une aux Etats Unis et deux en Afrique, en Guinée et en Côte d’Ivoire, il nous est apparu intéressant de savoir ce qu’il en était de toute prochaine élection au Burkina Faso. En effet, alors que 5 ans se sont écoulées depuis le départ de Blaise Compaoré du palais de Kosyan, il était important de connaitre l’état d’esprit et les attentes des citoyens dont plus d’un million ont été déplacés et plus de 1600 d’entre eux tués par des attaques djihadistes.

Les résultats de ce sondage prouvent que les habitants du pays des hommes intègres aspirent ardemment à renouer avec la Paix et l’unité nationale, comme ils croient en la Démocratie. Ces citoyens libres entendent bien exprimer leur préférences politiques et designer par leurs votes le nouveau locataire du palais présidentiel.
Notre institut a le plaisir d’avoir pu coopérer avec Afrique Opinion pour réaliser ce sondage que nous dédions à l’ensemble des Burkinabés.

Par Patrick Huart, Président de l’Institut Européen Image de l’Europe & Kanikatoma D. SANBENA, Expert-Associé Afrique Opinion

METHODOLOGIE

En vue de déterminer les avis et les intentions de vote des Burkinabès aux élections présidentielles 2020, Afrique Opinion et l’institut Européen IEI EUROPA ont réalisé, du 04 au 15 novembre 2020, un sondage d’opinion dans 10 des 13 régions du pays à l’exception de celle du Sahel (Dori), du Nord (Ouahigouya) et une partie du Centre Nord (Kaya). Les réponses ont été collectés par internet (en ligne), par téléphone et en directe dans les grandes villes, sur un échantillon représentatif (âge, sexe, activité) de 1200 personnes en âge de voter.

Question 1 : Savez-vous qu’il y a une élection présidentielle le Dimanche 22 ?

La quasi-totalité des citoyens burkinabés savent que des élections se tiendront le 22 novembre et ceci dans toutes les catégories de sexe, d’âge, de secteur d’activités ou de résidence. Les présidentielles semblent plus connues que les législatives lorsque l’on demande des précisions aux personnes enquêtées.

Question 2 : Par quels moyens vous informez-vous sur les élections présidentielles et les programmes des candidats ?

Comme dans beaucoup de pays à l’heure actuelle, on retiendra l’importance prise par internet et les réseaux sociaux au sujet de l’information politique et électorale. Même si certains électeurs de l’opposition accusent le pouvoir d’utiliser des sociétés étrangères pour tenter de frauder, il reste que les nouveaux medias sont particulièrement utilisés par les jeunes de moins de 30 ans. Il est intéressant de noter ici que de nombreux jeunes ont cité́ et vu, le clip du rappeur Smockey qui critique la classe politique dans son ensemble

Il reste néanmoins, tradition africaine oblige, que les réunions de village, le porte à porte, les palabres entre amis et parents ou les grands meetings sont une source importante
d’informations politiques.

Les autres médias grâce auxquels les citoyens ont recours pour s’informer sont la radio et
la télévision. Enfin notons la faible importance des campagnes dans la presse ou par d’autres moyens.

Le deuxième tour permettra certainement aux électeurs de suivre un débat entre les qualifiés du premier tour ou quelques grands meetings qui seront décisifs pour la victoire finale.

Question 3 : Avez-vous l’intention d’aller voter ?

Dans les zones ou le vote sera possible, la participation attendue et espérée semble tout à fait satisfaisante puisque 63% des sondés répondent qu’ils se rendront aux urnes. Rappelons ici qu’en août dernier, les députés ont adopté une loi permettant de valider les résultats de
l’élection même si elle ne se déroule pas dans l’ensemble du pays. Le Conseil constitutionnel a constaté l’existence de cas de « force majeure » sur 17,7 % du territoire, à cause de « la présence de groupes terroristes dans les localités, l’absence de l’administration dans les zones affectées, l’abandon par les populations de leurs sites d’habitation ».

Question 4 : De façon générale pensez-vous que ce scrutin se déroulera de façon, libre, équitable et transparente ?

Il est tout à fait intéressant de constater que les Burkinabés, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, ont tout à fait confiance en les institutions chargées des élections comme la CENI, où au plan local dont les mairies sont en charge des bureaux de vote. Le pays des hommes intègres se distingue, donc, de ses voisins sur ce point, en estimant à une forte majorité (59%) que le scrutin se déroulera de façon libre, équitable et transparente.

Question 5 : Selon-vous, quels sont les 4 candidats ayant le plus de chance de finir en tête du 1er tour ?

Lorsqu’on leur demande les noms des candidats susceptibles de terminer dans les 4 premiers à l’issue du premier tour, un trio se dégage très nettement : Eddie Komboigo, Roch Marc Christian Kaboré et Zefirin Diabré. Ce trio de tête est suivi loin derrière par Kadré Désiré Ouedraogo. Les autres candidats, quant à eux, peinent à sortir du lot.

Question 6 : D’une façon générale diriez-vous que le bilan du Président sortant est :

D’une manière générale le bilan du Président sortant est critiqué. Cela s’expliquerait par le fait qu’on lui reproche, dans toute les couches de l’électorat, le problème de la sécurité des personnes, des biens et du territoire. Si la sécurité reste une préoccupation majeure pour l’électorat, il en va de même pour d’autres aspects de la vie économique du pays.

Question 7 : Plus précisément dans les domaines suivants, quel bilan faites-vous de la gouvernance du Président Kaboré ?

Sur le plan sécuritaire, les sondés n’ont cessé d’exprimer leurs inquiétudes par rapport aux attaques perpétrées par les djihadistes. Lesquels ont occupé une partie du pays, portant ainsi entorse à la souveraineté du Burkina Faso. De plus, les quatorze morts récents parmi les militaires ont très certainement amplifié le jugement négatif des électrices et des électeurs. Rappelons aussi que plus d’un million de déplacés ont été contraints de fuir les violences et que les attaques ont fait plus de 1 600 morts en cinq ans.
Outre les problèmes de sécurité, les autres critiques portent sur l’emploi, en particulier chez les jeunes et celui du secteur de la santé. En revanche on trouve plutôt positif les efforts faits dans les grandes infrastructures comme les routes ou les échangeurs dans la capitale Ouagadougou.

Question 8 : Qu’attendez-vous du prochain Président ? (*Plusieurs réponses possibles, pourcentage supérieur à 100%)

Corollaire des reproches ou critiques adressés au pouvoir sortant, les attentes des Burkinabés portent surtout sur la sécurité, l’unité nationale, l’accès aux soins pour tous et la bonne gouvernance.

Quelle que soit l’issue du scrutin, la nouvelle équipe en charge de l’Etat aura fort à faire pour répondre aux légitimes désirs des citoyens.

Question 9 : Sur le plan sécuritaire et plus spécifiquement en matière de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso, laquelle de ces deux approches de solutions (option militaire, option diplomatique) vous parait la plus adaptée pour résoudre définitivement la crise ?

Quand on leur demande le meilleur moyen pour arriver à résoudre le double problème du terrorisme, des attentats et de la sécurité, les burkinabés pensent dans leur ensemble qu’une action mixte (diplomatie et riposte militaire) constitue la solution envisageable. Meme si certains (12%) ne se prononcent pas sur la question, 15% des sondés opteraient pour une solution purement militaire contre 19% qui privilégient la seule voie diplomatique.

Question 10 : Pour quel candidat y’a-t-il plus de chance que vous votiez au premier tour de l’élection présidentielle le dimanche 22 ?

Sur l’ensemble des réponses collectées, les intentions de vote exprimées par les électrices et les électeurs qui ont déjà fait un choix révèlent les tendances suivantes : Eddie. Komboïgo : 37%, Roch M. C. Kaboré : 28% et Zéfirin Diabré: 23%.
Ce trio de tête regroupe à lui seul 88% des intentions de vote. Les 10 autres candidats à l’exception de Kadré D. Ouédraogo (5%) réalisent entre 0,5 et 2% des intentions de vote.

Question 11 : Votre choix de vote est-il définitif ou pourrait-il changer ?

Dans toute élection et sur tous les continents, il existe une frange de l’électorat qui hésite jusqu’au dernier jour ou qui peuvent changer leur vote. C’était précisément l’objet de la dernière question dont les réponses font apparaître qu’il reste aux candidats un vivier d’électeurs indécis d’environ (20%) et aussi à faire attention à ceux qui peuvent changer d’avis (9%).

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