Etats-Unis : Joe Biden opère un tri risqué dans ses priorités internationales

La crise en Afghanistan illustre les difficultés rencontrées par l’administration du nouveau président dans sa révision de la politique étrangère américaine. Le bilan est faible avec l’Iran et la rivalité avec Pékin pousse à des choix qui se font ressentir chez les alliés européens.

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Le retour des professionnels : voilà à quoi devait ressembler l’administration Biden. Têtes pleines et nerfs d’acier, sagesse et expérience. Il s’agissait de l’un des atouts du président démocrate, entouré d’une équipe sûre d’elle-même, résolue à élaguer la politique étrangère américaine, à couper les branches mortes, pour mieux se concentrer sur le défi chinois. Ces vétérans de l’ère Obama ont commencé par afficher une humilité inhabituelle, motivée notamment par l’assaut du Capitole, le 6 janvier. Fini le vertige égotique imposé par Donald Trump. Les alliés des Etats-Unis soufflaient d’aise.

Les voilà crispés, voire affligés. Sept mois plus tard, la débandade en Afghanistan, obligeant la Maison Blanche à renvoyer 6 000 hommes pour sortir ses ressortissants en catastrophe, provoque une crise majeure. La logique aurait été d’évacuer d’abord les civils et leurs familles, puis les employés gouvernementaux, et les militaires en dernier lieu. Washington a fait l’inverse, trop pressé de tourner enfin cette page. Les conseillers de Joe Biden veulent croire à un orage passager et inévitable.

Une évacuation d’ampleur inédite (près de 70 000 personnes depuis le 14 août) a été lancée. Comme le note l’éditorialiste Jennifer Rubin, dans le Washington Post, son succès final pourrait « mettre en sourdine » les critiques adressées à l’administration. Surtout lorsqu’elles viennent d’anciens responsables comme l’ex-secrétaire à la défense Leon Panetta, qui a comparé la chute de Kaboul à l’invasion ratée de la baie des Cochons à Cuba (1961), ou bien l’ex-général David Petraeus, qui commanda les forces internationales en Afghanistan. Ceux-là même qui ont « délibérément nourri un faux récit sur les progrès de l’armée afghane ou qui n’avaient pas la moindre idée de la réalité sur le terrain », écrivait Jennifer Rubin, lundi.

Grand écart

Chaque jour paraît trop court et très long. Il faut tenir, sans dérapage majeur sur le terrain, essayer d’évacuer tous les ressortissants avant la fin du mois, serrer les dents devant les ultimatums talibans.

Le 20 août, Joe Biden a défendu ses choix jusqu’au déni de réalité, en prétendant que la crédibilité de son pays n’était nullement discutée parmi les alliés de l’Amérique. « On est entrés ensemble et on part ensemble », a-t-il déclaré. Pourtant, le traumatisme de cet abandon de l’Afghanistan aux talibans, sans concertation en amont avec les Européens engagés sur le terrain, risque de marquer la suite de la présidence Biden.

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