État d’urgence au Burkina – analyse : « Tous les maux ont leur remède, si ce n’est la mort… », disait Miguel de Cervantès

Notre pays le Burkina Faso continue de vivre les affres de violentes attaques terroristes avec un bilan très lourd en perte de vies humaines, en nombre important de blessés et de déplacés. La nation toute entière est en émoi face à ce qui apparaît comme une situation hors de la maîtrise des forces de défense et de sécurité. Et pourtant, nous sommes et demeurerons toujours convaincus que nos forces de défense et de sécurité, si elles ont ce qu’il leur faut en termes de stratégie, et de logistique, accompliront aisément des exploits en débarrassant notre pays de l’hydre terroriste. Mais hélas, les forces de défense et de sécurité sont réduites à servir de pantins pour satisfaire les ambitions démesurées d’apprentis politiciens qui se prennent pour des experts tout simplement parce qu’ils ont longtemps voyagé dans le train tranquille que conduisait le Président Blaise Compaoré. Un adage populaire ne dit-il pas que c’est au pied du mur que l’on reconnaît le bon maçon ? Qu’est donc devenu le Burkina paisible, autrefois admiré dans le monde entier ? En lieu et place d’une stratégie de riposte efficace, on nous sert cette rhétorique selon laquelle des politiciens hors du pays incitent les terroristes à attaquer le Burkina! Hypothèse tellement infantile que même des bambins de la maternelle du Mali, du Niger, du Nigeria, du Kenya, et d’ailleurs trouveraient ridicule. Évidemment les terroristes frappent partout et avec le même objectif, celui de véhiculer une idéologie moyenâgeuse et si possible occuper un terreau qui leur servira de sanctuaire pour abriter leurs camps d’entrainement et pour mener tranquillement leurs multiples activités économiques criminelles (enlèvements, trafics divers…)

Je ne suis l’avocat de personne, mais comme l’a si bien dit le Général Chinois Sun Tzu : « Connais ton ennemi comme toi-même », les autorités en place devraient s’assurer préalablement de bien connaître leurs ennemis. Pour combattre efficacement un mal, le préalable est de poser un vrai diagnostique. Se tromper de diagnostique conduit inéluctablement à une défaite sanglante contre le mal; et c’est cette situation qui m’amène à publier cette analyse afin d’attirer l’attention de chaque burkinabè sur les dangers qui nous guettent si l’on n’y prend garde.

Lorsque le gouvernement a décidé tardivement, de décréter l’état d’urgence, nous avions volontairement observé le silence afin de mieux appréhender les enjeux de cette perspective. Puis, comme tous nos concitoyens, nous avons été informé que suite aux nouvelles mesures prises, le gouvernement commençait à reprendre les choses en main et annonçait fièrement que 146 terroristes avaient été abattus par nos forces de défense et de sécurité. Cette nouvelle, qui fut accueillie avec joie ne dura que quelques instants car ces terroristes présumés, on l’apprendra par la suite, appartenaient tous à l’ethnie Peulh, et auraient été « jugés » séance tenante et éliminés sans considération et sans objectivité, sous le prétexte fallacieux que l’état d’urgence rendrait légitime ces mesures d’exceptions. C’est absolument faux de penser que l’état d’urgence enlève le droit de chaque citoyen à la justice, par contre cette situation permet simplement de faire régner l’ordre public par des mesures d’exception liées à certaines procédures sans bien entendu enfreindre le principe de la présomption d’innocence. Rien ne justifie que des personnes arrêtées soient exécutées sans avoir eu l’opportunité de s’expliquer et de prouver si oui ou non, elles sont coupables de ce qu’on leurs reproche. Combien de burkinabè auraient aimé entendre ces présumés terroristes, lors d’un procès, citer les noms de leurs commanditaires complices et surtout les raisons de cette cavale meurtrière contre nos FDS et notre peuple ? Au lieu de tout cela, on nous sert un effectif de cadavres dont on ne saura rien sinon qu’ils ont été réveillés de leur sommeil et froidement abattus devant femmes et enfants. Est-ce cela la bravoure de nos soldats? J’en appelle à la responsabilité des éléments des forces de défense et de sécurité afin qu’ils ne se laissent pas instrumentaliser. Nous exigeons du gouvernement qu’il agisse avec retenue car rien n’est pire qu’une décision hâtive prise dans la confusion, la peur et le stress généralisés. Rappelez-vous, que si vos devanciers avaient ainsi géré ce pays, vous ne seriez pas les héritiers d’un pays dont vous étiez si fiers à votre arrivée au pouvoir. Chacun devant le tribunal de l’histoire, répondra de ses actes !

Nous redoutons que tout ce qui reste des libertés individuelles ne disparaisse sous l’état d’urgence et que par simple décision politique, le citoyen ne soit privé de la justice, ce qui le transformera en coupable potentiel. C’est pourquoi nous nous posons la question de savoir si un « état d’urgence prolongé » ne favorisera pas la propension d’actes d’injustice, que l’impunité ne prendra pas le dessus sur la justice et ce, au détriment de personnes faibles, innocentes et incapables de se défendre dans des situations où le climat sécuritaire appelle évidemment à plus de rigueur ?

Nous nous inquiétons aujourd’hui encore plus qu’hier des dérives d’un gouvernement en manque total d’initiative et d’autorité. L’état d’urgence prolongé serait en lui-même un aveu de soumission au diktat des terroristes. Notre mode de vie ne doit pas être imposé par une poignée de bandits et de hors la loi. État d’urgence, oui ! Mais il doit être limité dans le temps et circonscrit dans l’espace pour les besoins d’une opération. Tel qu’instituée présentement, il faut se demander si cette mesure d’état d’urgence prolongée ne va pas créer ou du moins exacerber d’autres foyers de haine qui viendront à leur tour renforcer la menace terroriste déjà bien réelle.

C’est pourquoi, il faut plus que jamais, s’interroger sur la qualité des hommes qui président à notre destinée nationale. Le président Roch Marc Christian Kaboré est-il encore, ou a-t-il même jamais été la solution telle que cela nous avait été illusoirement présenté ? Si oui, pourquoi alors est-il autant incapable de sauver toutes ces vies humaines qui disparaissent jour après jour ? L’incompétence affublée d’une arrogante insouciance fait que ce régime ne peut absolument pas impulser avec les ‘’sécurocrates’’ la mise en place d’un dispositif de lutte anti- terroriste efficace. Personne ne s’attend à ce que le président monte aux avant-postes en gilet pare-balle avec une kalachnikov, mais tous les Burkinabès sont en droit d’attendre de lui qu’il place les bonnes personnes aux bonnes places afin de relever ce défi sécuritaire. Si dans le Burkina du « Plus rien ne sera comme avant » des militaires soient devenus de bons écrivains, il n’est pas certain que l’inverse puisse être une réalité ! Une fois encore, le Président a raté son coaching en nommant des personnes inappropriées aux postes clés de la défense et de la sécurité. En regardant bien ses choix, nous voyons clairement que le Président veut une chose et son contraire, il veut des militaires sans pour autant que ceux-ci soient de véritables militaires. Comment peut-on appelé autrement cette nomination de SY Chérif au ministère de la défense, si ce n’est parce que l’individu se proclame connaisseur des choses militaires pour être né dans une caserne et avoir fait un passage furtif au PMK ? L’ex commandant de la gendarmerie qui a quitté le système il y a une trentaine d’années est promu à la sécurité. Très mauvaise décision, sommes–nous tentés de conclure !  Lorsque le Président avait dit qu’il ne voulait aucun militaire dans son gouvernement, nous avions émis des réserves. Pourquoi s’opposer orgueilleusement en refusant catégoriquement des professionnels de la sécurité dans le gouvernement, alors que cela apparaît être une décision ultimement salutaire pour la patrie ? Ne sommes-nous pas en guerre contre le terrorisme ? Même au meilleur moment de la gouvernance de Blaise Compaoré, il y avait des militaires au gouvernement. Aujourd’hui le Burkina est plongé dans une grave crise et cela doit conduire tout un chacun, en commençant par le Président Roch Kaboré, à oublier son égo pour privilégier l’intérêt supérieur de la Nation. Et si ce sursaut patriotique n’est pas fait, nous pouvons en rire ou en pleurer, rien ne changera notre situation présente, bien au contraire. Monsieur le Président n’a de compte à rendre à personne si ce n’est au peuple qui l’a élu, et ce peuple-là maintenant est fatigué de souffrir.

C’est pourquoi, il est plus que jamais crucial que le gouvernement prenne les bonnes décisions en matière de sécurité afin que notre Patrie ne sombre pas dans la division, quand l’union des forces est le seul remède à cette menace terroriste.

Que Dieu bénisse le Burkina Faso !!!

Dr. Somlawendé Judes KABORE                                                                                                                    Économiste-planificateur,

netafrique.net

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