Enjeux sécuritaires au Niger : Le défi d’Hercule de Mohamed Bazoum

La Cour constitutionnelle nigérienne a confirmé, le dimanche 21 mars 2021, l’élection de Mohamed Bazoum avec 55,66% des voix. Le 2 avril prochain, il sera investi dans ses nouvelles fonctions de président du Niger. Le successeur de Mahamoudou Issoufou devra faire face à l’épineuse question sécuritaire.

Selon les résultats définitifs de la Cour constitutionnelle nigérienne, le candidat du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-TARAYA), Mohamed Bazoum, a obtenu 2 490 049 voix soit 55,66% des 4.684.572 votants, sur plus de 7 millions d’électeurs inscrits. Le taux de participation était de 62,91%. A 61 ans, Mohamed Bazoum devient le dixième chef d’Etat du Niger. Cinq de ces dix présidents sont des militaires issues d’une série de coups d’Etats que le pays a connus entre 1974 et 2010. Le nouveau président aura face à lui, de nombreux défis dont celui de la sécurité.

Boko Haram, AQMI et le MUJAO, les grandes menaces pour le Niger

Le Niger, tout comme les autres pays du G5 Sahel, est confronté à une grave insécurité, notamment l’hydre terroriste. Rien que le dimanche 21 mars 2021, plusieurs villages et campements de la région de Tahoua, dans l’ouest du pays, près du Mali, ont été la cible de multiples attaques.

Le bilan (provisoire) fait état de 60 morts. Le lundi 15 mars 2021, des attaques de présumés djihadistes ont fait 91 morts dont 33 soldats à Tillabéri, frontière malienne. C’est également dans la même zone que sept agents électoraux de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ont été tués dans l’explosion de leur véhicule, le dimanche 21 février 2021, le jour même du second tour de l’élection présidentielle. Tout cela vient rappeler à M. Bazoum la tâche qui l’attend à la tête du pays.

Le Niger se tient aujourd’hui sur des terres sahéliennes où guettent plusieurs dangers. Ainsi, au Nord, le Sud-libyen représente une zone à risques. De là, les terroristes circulent sur toute la région sahélienne. À l’Ouest, au Mali, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’unicité et le et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) sèment la terreur. Au Sud, Boko Haram mène des attaques sanglantes sur une partie du Nigéria.

Le 23 mai 2013, le Niger a subi un double attentat terroriste contre un camp militaire à Agadez et contre un site du groupe nucléaire français Areva à Arlit. Ces attaques ont été conjointement revendiquées par le MUJAO et par la Katiba « Signataires par le sang », fondée par le dissident d’AQMI, Mokhtar Belmokhtar, en décembre 2012. Une semaine plus tard, soit le 31 mai, une attaque attribuée par les autorités nigériennes à des terroristes a été perpétrée contre la prison civile de la capitale, Niamey.

Mohamed Bazoum veut compter sur son expérience d’ancien ministre de la Sécurité et des Affaires étrangères, et ses origines, pour venir à bout du terrorisme

Premières du genre dans le pays, ces attaques viennent confirmer la crainte des pays de la région quant au caractère transnational des menaces liées à l’extrémisme et au terrorisme qui, dans le cas du Niger, étaient jusque-là limitées aux rapts d’occidentaux. Aujourd’hui, la principale menace extrémiste pour le Niger, c’est Boko Haram, installé au Nigéria et dans le bassin du lac Tchad.

Les premières attaques des islamistes de Boko Haram au Niger datent du 6 février 2015, ce qui a conduit le gouvernement à proclamer l’état d’urgence, reconduit d’ailleurs à plusieurs reprises. Avec le ralliement de Boko Haram à l’État islamique, l’inquiétude gagne encore beaucoup plus les États et les populations, vu les moyens dont peut disposer cette secte à travers l’aide de l’État islamique.

La stratégie Bazoum

Pendant la campagne, Mohamed Bazoum a donné le ton. En effet, il dit compter sur son expérience et ses origines pour asseoir sa vision pour la sécurité au Niger et dans le Sahel. Pour avoir été ministre des Affaires étrangères et de la Sécurité, il a une connaissance anthropologique de l’espace nigérien dont il a désormais la charge. « Mes origines nomades et arabes peuvent faciliter le dialogue avec des pays comme l’Algérie, la Libye, le Soudan, le Tchad, le Maroc et la Mauritanie. Ma connaissance des gens du Nord Mali avec lesquels je partage aussi à peu près la même culture me parait être des atouts », a-t-il déclaré au cours d’un de ses meetings.

Au-delà, il compte renforcer les capacités des forces de sécurité intérieure en matériels adéquats et performants. A la question de savoir s’il négociera avec les terroristes, sa réponse est sans ambages : « Les terroristes n’ont pas de revendications pour ce qui concerne le Niger. C’est un peu comme au Burkina. Il y a certes des Nigériens et des Burkinabè dans l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), mais c’est au Mali qu’il faut régler le problème », a répliqué Mohamed Bazoum.

Obissa Juste MIEN
Lefaso.net

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