Election à la fédération burkinabè de football : Les candidats interpellés à œuvrer dans l’intérêt du ballon rond

A travers cette réflexion, l’ancien international burkinabè, Ousmane Ouédraogo, demande aux 6 candidats engagés dans la course à la présidence de la FBF de prioriser l’intérêt du football. Pour l’auteur du présent écrit, l’engagement pris lors de la rencontre avec le ministre des sports et loisirs et le comité National Olympique des sports Burkinabè d’œuvrer pour le rayonnement du sport roi à travers une campagne saine et fair-play ne doit pas être un vain mot. Lisez !

Au sortir d’une rencontre organisée par le Ministère des Sports et Loisirs (MSL) et le Comité National Olympique des Sports Burkinabè (CNOSB) avec le Président sortant de la Fédération Burkinabè de Football (FBF) et les six (06) candidats à la Présidence de la FBF, élection prévue pour le 22 août 2020, le Secrétaire Général du MSL déclarait : « chacun a pris l’engagement d’œuvrer pour que le football ait des lendemains meilleurs ».

A regarder de près les réactions des uns et des autres, les agitations des partisans de chaque camp et les analyses de journalistes sportifs, il nous semble que la tension est palpable et latente, et qu’il existe encore des ressentiments et des incompréhensions de part et d’autre des six (06) candidats, Amado TRAORE, Lazare BANSSE, Mory SANOU, Bertrand KABORE, Laurent Blaise KABORE et Abdoul Karima BAGUIAN dit Lota (cité selon l’ordre de candidature).

Dans un Burkina marqué par l’insécurité et la crise sanitaire et englué dans des problèmes de cohésion sociale, de stigmatisation, d’exclusion et de repli identitaire, il est du devoir de chacun des protagonistes de savoir raison garder et d’écouter l’intérêt supérieur du football burkinabè et surtout de la Nation. Car, comme le dit si bien un dicton africain rapporté par Me Titinga Frédéric PACERE, « la maison construite par la salive s’écroule par la rosée ».

Il nous paraît donc important, en tant qu’amoureux du sport roi, d’interpeller les candidats, car « même si une tête va se fracasser contre le mur, il faut dire à l’aveugle qu’il a perdu sa mère » . Les six (06) candidats sont de la même famille footballistique, ont parfois, à un moment donné, travaillé ensemble. Mieux, ils disent tous vouloir le bien du football burkinabè, et ils ont tous, selon eux, de bons programmes de développement du Fasofoot. Et donc, à l’analyse de leurs déclarations respectives, leurs ambitions vont au-delà d’intérêts personnels et sont plus tournées vers l’intérêt collectif.

S’il en est ainsi et que chacun sait que « l’homme providentiel ne peut soulever un éléphant », alors, il est plus que temps, pour chacun d’eux, de « déposer » leur égo respectif, de se mettre à la hauteur des responsabilités que chacun devrait assumer (s’il est élu), de faire la paix des braves dès maintenant, en se rencontrant entre eux six, de signer une charte ou un pacte, c’est selon, de non-provocation, de fairplay, de campagne apaisée, d’acceptation des résultats des urnes, au sortir du 22 août 2020, de prôner l’inclusion et l’implication des uns et des autres, durant les quatre (04) ans à venir. Car de toutes les façons, il n’y aura qu’un élu. Et cela fait parti de la loi naturelle du football : victoire et échec.

L’autre pan de notre interpellation est axé sur le développement même du football burkinabè.

Ainsi, nous voudrions inviter chacun d’eux (sachant que chacun a la chance d’être élu, d’autant plus que la vérité des urnes est insondable) à se projeter au crépuscule du 22 août 2024. Et à s’imaginer être devant toute la grande famille footballistique burkinabè (anciens, jeunes et sportifs actifs, dirigeants de clubs de toutes les divisions et catégories, de districts, de ligues, membres du bureau fédéral, arbitres, médecins du sport, supporteurs, journalistes, MSL, financeurs, et j’en passe) où chaque entité devrait prendre la parole pour faire le point des résultats atteints en quatre (04) ans de mandat.

Alors, devant cette assemblée, que voudriez-vous que chacune d’elle dise de vous ? Quelle sorte de Président souhaiteriez-vous que reflètent leurs mots ? Quelles actions, quels résultats voudriez-vous qu’ils se rappellent ? Quel est le petit « plus » que vous souhaiteriez avoir apporté à chacune d’elle, au football burkinabè ?

L’invite à cette visualisation vous permettra, à chacun de vous, de toucher les valeurs les plus sincères, les plus profondes sur lesquelles devrait se reposer les axes de pilotage et de gouvernance de votre mandat et de savoir (et de faire savoir) dès le départ où vous voulez aller. Et partant de cette image, de la représentation de la finalité voulue, voire de la vision, vous permettra de tracer les grandes lignes du développement de notre football et ainsi espérer avoir l’adhésion souhaitée auprès du collège d’électeurs et des amoureux du sport roi.

Par ailleurs, nous voudrions les interpeller sur quelques questions que nous souhaiterions qu’ils prêtent une certaine attention, un certain regard, avant l’entame et pendant le mandat de l’éventuel élu. A savoir :
  Dans quel état voudriez-vous laisser le monde du football national en termes de cohésion, d’inclusion et d’union ?

  •   Où souhaitez-vous que le football burkinabè se situe sur l’échiquier africain et international ? Notamment, les clubs, les académies, toutes catégories confondues, les équipes nationales, des jeunes à l’équipe A ?
  •   Quels objectifs pour les meilleurs clubs dans les compétitions de la Confédération Africaine de Football (CAF), Ligue des champions et Coupe de la confédération : De simples « aller-retour » au 1er tour ou être dans la cour des grands en jouant les phases de poules et/ou les phases finales ?
  •   Quels objectifs pour les équipes nationales dans les compétitions de la CAF (CHAN, CAN toutes catégories) et de la FIFA : De simples participations pour apprendre ? Jouer les phases finales ? Se hisser au moins à un certain niveau à chaque compétition ? Ou ramener des trophées ? Aller en phases finales de la Coupe du Monde pour une fois pour les Etalons A ? Retour des équipes de jeunes sur le plan africain et mondial ? Etc.
  •   Quelle structuration capable de redynamiser les clubs et de leur permettre d’être plus compétitifs au plan national et africain (Association à but non lucratif-Loi 064, Coopérative ou Groupement d’Intérêt Economique-Loi OHADA, etc.) ?
  •   Quelle analyse fait-on par rapport à la perte de vitesse des clubs mythiques du Fasofoot et la domination actuelle des clubs issus d’académies ou gérés par des anciens footballeurs et/ou des opérateurs privés ? Quelles leçons à tirer et quelles perspectives entrevoir en termes de structuration et de fonctionnement de nos clubs de l’élite ? Dans le but de les autonomiser et de les rendre plus compétitifs.
  •   Quels fonctionnement, organisation et gouvernance pour les clubs, de la D3 à la D1 ?
  •   Quel leadership dans ces clubs ? La mainmise des politiques ? De bonnes volontés sans compétences en matière d’administration de sport ? Des managers aguerris avec des carnets d’adresses ? Des opérateurs privés avec des « valises pleines » ? Des anciens footballeurs au parfum des rouages de leur métier ?
  •   Quel cahier de charges pour la structuration de ces clubs et comment se fera le passage d’un niveau inférieur à un niveau supérieur ? Et quelles sont les conditionnalités pour s’y maintenir ou non ?
  •   Quels modes et sources de financement endogène de nos clubs pour leur autonomisation ?
  •   Quel maillage institutionnel entre clubs, districts, ligues, fédération, MSL, et les différentes organisations d’acteurs du football (anciens, internationaux ou non, actifs, arbitres, médecins sportifs, supporteurs, foot féminin, foot amateur, CNOSB, etc.) ?
  •   Quelle relation entre la FBF, la CAF et la FIFA ? Quel apport pour chacune des organisations ? De l’assistanat ? Du partenariat ? Ou de la valorisation de l’expertise nationale dans les instances dirigeantes du football africain et mondial ?
  •   Quel mécanisme de financement d’ensemble du football burkinabè pour son autonomisation financière, au-delà du financement de l’Etat ?
  •   Quel mécanisme de reddition des comptes financiers et de redevabilité des clubs, des districts, des ligues et de la FBF ?
  •   Quelle éthique instaurer dans le football burkinabè ? Et comment la faire connaître et avec quel type de structure mettre en œuvre les actions sur le terrain ? Et quelle place sera réservée aux anciens de toutes les catégories d’acteurs du football dans cette structure ?
  •   Quels rôle et place donnez-vous aux sportifs, en termes de statut de « footballeur professionnel » ou d’« amateur », d’épanouissement et de réalisation personnelle dans leur métier de footballeur, de développement de leur carrière sportive, de prise en charge médicale, voire de l’assurance maladie, de préparation de leur fin et de l’après carrière, etc. ?
  •   Quelle place pour les anciens (footballeurs, arbitres, médecins sportifs, administrateurs, etc.) dans le développement du football ? Quels rôles voudriez-vous qu’ils jouent ? En termes d’encadrement de jeunes, d’administration du football, d’implication dans les instances et/ou compétitions nationales, sous-régionales, africaines, voire internationales, selon leurs compétences respectives ?
  •   Quelle feuille de route pour la Direction Technique Nationale (DTN) ? Pour le développement d’une « identité du foot burkinabè » (à l’instar de la combativité et du réalisme du foot allemand ou de la rigueur italienne ou encore du football « champagne » à la brésilienne ou à la néerlandaise, etc.) ? La formation d’entraîneurs, de préparateurs physiques, le développement permanant de l’encadrement technique, etc. ?
  •   Quelle place réservée à la formation des jeunes ? Quel continuum entre la relève et le niveau sénior ? Quel championnat permanent de jeunes ? De sorte à créer les conditions de la « production » continue et durable de jeunes talents et de « l’approvisionnement » constant et régulier des clubs et des équipes nationales.
  •   Quelle place pour les organisations de supporteurs, en termes d’apport et de participation au développement du football, d’animation, de sensibilisation et de conscientisation des supporteurs, de financement et de prise en charge (par eux-mêmes) de leur passion qu’est le football ?
  •   Quelle place pour le football amateur et le football féminin dans le développement d’ensemble de notre football national ?
  •   Quelles stratégies et alternatives pour mettre en place un championnat national attractif (retour des spectateurs dans les gradins des stades) et créateur d’équipes de clubs pouvant rivaliser avec les meilleurs sur le plan africain ?
  •   Quelle place pour les infrastructures sportives de qualité et durables partout au Burkina ?
  •   Que pensez-vous du vide actuel en matière de base de données dynamique du football burkinabè ? Et quelles propositions pour sa mise en place rapide ?
  •   Quelles mesures prendre pour une adaptation technologique du football burkinabè (VAR, retransmission télévisuelle, etc.) ?
  •   Quelles leçons tirer des conséquences du Covid-19 et des récentes mesures prises et quelles propositions faire pour être plus proactifs que réactifs à l’avenir ? Et éviter les frustrations et promouvoir l’éthique sportive.

Autant de questions qui devraient inspirer chacun des candidats à faire l’analyse de l’évolution de notre football, depuis la création des premiers clubs de quartiers à nos jours, avec l’éclosion d’académies et de clubs d’anciens footballeurs et d’opérateurs privés, à faire l’état des lieux de notre football (dans tous les compartiments en jeu), afin de dégager les forces et les faiblesses et d’interpréter les opportunités et les menaces de son environnement (national, africain et international), tant du point de vue socioéconomique, politique, sécuritaire, technique, technologique, que financier, et ainsi faire ressortir les enjeux actuels et les défis futurs de notre football.

Et partant clarifier la vision, la mission, les valeurs et les principes directeurs sur lesquels devraient reposer notre football. Cela est d’autant nécessaire qu’il permettrait de mieux définir des axes d’orientations stratégiques sur les dix (10) ans, voire les quinze (15) ans ou les vingt (20) ans à venir et qui devraient servir de tableau de bord, pour toutes les équipes fédérales à venir (car pour avoir un développement harmonieux, équilibré, inclusif et durable, il faut qu’on ait des bases plus structurelles que conjoncturelles) ; et ce référentiel national devrait servir pour la mise en œuvre et le suivi des actions durant le mandat 2020-2024 et devant permettre de faire une évaluation à mi-parcours, à l’orée d’août 2024. Et d’y apporter les réajustements nécessaires, s’il y a lieu, pour le mandant 2024-2028. Et ainsi de suite.

Cette introspection est nécessaire, car pour bâtir la « maison commune », il faut d’abord la concevoir dans tous ses détails, à travers nos vécus, nos acquis, nos succès, nos échecs, nos intelligences individuelles et collectives, avant de donner les premiers coups de pelle pour creuser les fondations. Comme dirait Stephen R. COVEY, un de nos Maîtres dans le management, « vous devez vous efforcez de définir clairement le type de maison que voulez pour votre famille

[footballistique]

.

Vous devez réfléchir jusqu’à obtenir une image précise de ce que vous voulez construire, avant même de remuer le moindre grain de sable ». Et lorsque vous vous mettrez à la construction de la maison commune, tout le monde sait où vous voulez aller et adhérerait facilement et s’impliquerait durablement.

Alors, chers candidats, sachez « puiser » dans vos intelligences et dans celles de vos équipes respectives, dans la passion que vous avez tous pour le football (nous n’en doutons point, car nous connaissons plus ou moins chacun de vous), dans les valeurs qui régissent le football (rassemblement, développement personnel et interpersonnel, fairplay, solidarité, entraide, partage, fraternité, esprit d’équipe, santé, etc.) et dans celles que chacun de vous porte en lui, dans l’amour que avez du Burkina et dans votre burkindlim pour ramener d’abord la paix des cœurs et l’union sacrée de tous les amoureux du football burkinabè, de quelque bord qu’ils soient, de quelque niveau où ils se trouvent, car, comme dit une sagesse africaine, « il n’y a pas de petit venin ».

Aussi, chers candidats, allez « cueillir » dans l’expertise nationale les compétences nécessaires pour vous accompagner dans l’analyse de la situation passée et actuelle et dans la proposition d’une vision fédératrice de l’ensemble du monde footballistique burkinabè pour la restructuration, le recadrage, le pilotage et la gouvernance vertueuse de notre sport roi. Ne ménagez aucun effort, ne faites aucune économie de cet exercice nécessaire, car il permettrait de mener convenablement vos actions et ainsi espérer atteindre des résultats majeurs, avec efficacité et efficience.
Enfin, sachez que nos différences font notre force et qu’ensemble nous sommes plus forts.

Bonne chance à chacun de vous.
Vive le football burkinabè !
Dieu bénisse le Faso.

OUEDRAOGO N. Ousmane S. Bodo

Manager-Consultant de FasoInvest
Stratégie, Organisation et Qualité totale
Ancien international de football
Email : o_ousmane@hotmail.com
Tél. (+226) 72 72 72 34

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