Education Nationale : Deux syndicats d’encadreurs pédagogiques interpellent le ministre Ouaro sur la qualité de l’enseignement au Burkina

A travers cette correspondance adressée au Ministre de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales, le Syndicat national des encadreurs pédagogiques de l’enseignement secondaire (SYNEPES) et le Syndicat national des encadreurs pédagogiques de l’enseignement secondaire (SYNADES) donnent leur position sur les décisions prises pour l’achèvement de l’année scolaire en cours d’une part et d’autre part sur les difficultés que connait le ministère.

Lettre ouverte conjointe à Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales

Objet : la question de la qualité de l’éducation au Burkina Faso

Monsieur le Ministre,

Par la présente, nous venons porter à votre connaissance notre position par rapport aux mesures prises pour l’achèvement de l’année scolaire en cours d’une part et à certaines difficultés que connaît le Ministère de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales d’autre part.

Depuis la survenue de l’insécurité consécutive aux attaques terroristes et celle de la pandémie de la covid-19 qui ont impacté négativement tous les secteurs de la vie Burkinabè et plus sévèrement celui de l’éducation, nous assistons à une gestion approximative du Département ministériel dont vous avez la charge. Le concept de gestion participative qui semblait être votre marque de fabrique et qui est omniprésente dans le discours officiel, se révèle être un simple leurre. Les différentes rencontres d’information sans portée significative que vous savez bien organiser en constituent une parfaite illustration.

Si l’insécurité et la pandémie ont remis au goût du jour les questions de l’accès à l’école, de la continuité éducative, de la réouverture des classes, les questions liées à la qualité de l’éducation ont été totalement éludées, tout au moins reléguées au second plan. Les récentes décisions du gouvernement sur les promotions dans les classes intermédiaires, prises sans avis ne serait-ce qu’à titre consultatif des structures d’encadrement pédagogique et dans le mépris des instances statutaires régissant le fonctionnement des établissements que sont les conseils d’établissement, de classe, d’enseignement notamment, seules habilitées à se prononcer sur les promotions, redoublements et exclusions, illustrent à souhait la mésestime de la question de la qualité de l’éducation offerte dans notre système éducatif.

Ces instances habituellement chargées de se prononcer en toute connaissance de cause et au regard de textes établis, sont maintenant instruites d’exécuter des décisions prises en conseil de ministres et dont le bien-fondé reste sujet à caution. Il s’agit là, d’une bavure dont les effets pervers sur le système éducatif vont perdurer plusieurs années. La gravité de cette décision réside aussi dans le fait qu’elle découle d’un conseil de cabinet élargi aux Directeurs régionaux et provinciaux qui sont avant tout des encadreurs pédagogiques.

Certainement qu’il s’est agi d’un passage en force du capitaine à bord avec la bénédiction de techniciens avertis réduits à de simples « accompagnateurs ». Par cette décision, vous avez choisi de confondre délibérément la validation de l’année scolaire avec l’achèvement de l’année sans attention aucune aux questions liées à l’équité et à la justice entre les apprenants des classes intermédiaires et ceux des classes d’examen, sans réel égard non plus pour les taux d’exécution des programmes, les compétences à construire chez les apprenants et la promotion de leur employabilité : l’aspect politique étant apparemment la seule boussole. Que coûtait-il que les élèves des classes intermédiaires reprennent aussi le chemin de l’école, maintenant ou plus tôt avant l’ouverture de la prochaine année scolaire ?

Monsieur le Ministre,

Les observateurs les moins avertis peuvent penser que cette méprise de la question de la qualité du système éducatif par les premières autorités du Ministère de l’Education Nationale est conjoncturelle, c’est-à-dire liée à la crise multidimensionnelle que connaît le pays. Il n’en est rien, c’est une constante dans le système éducatif. Nous prendrons deux autres faits pour illustrer notre propos : le confinement fonctionnel la Direction Générale de l’Encadrement Pédagogique et de la Formation Initiale et Continue (DGEPFIC) et l’allocation tardive des fonds d’encadrement aux structures déconcentrées pour l’année 2019.

L’absence d’activités propres à la DGEPFIC depuis des années : une telle situation rend problématique la question de l’évaluation. D’une part, l’évaluation des agents qui y exercent devient une pure comédie dans la mesure où cette dernière devrait être adossée aux contrats d’objectifs qui supposent un programme d’activités dont le niveau d’exécution fait l’objet d’appréciation ; d’autre part, l’évaluation du système apparait comme un mirage, car qui dit encadrement et formation, dit évaluation, or qui dit évaluation dit outils d’évaluation.

Comment élaborer ces outils si le service qui en a la charge ne fonctionne pas ? Oui Monsieur le Ministre c’est le lieu de le répéter, la DGEPFIC ne fonctionne pas. Comment comprendre qu’un service qui a pour attribution fondamentale la planification et le suivi de la mise en œuvre de la stratégie en matière d’encadrement et de formation initiale et continue des personnels du système éducatif soit dans un tel état d’hibernation ?

La structure chargée de concevoir et proposer des stratégies et actions pour l’amélioration de la qualité de l’encadrement pédagogique et de la formation initiale et continue peut-elle jouer pleinement son rôle, si elle-même est incapable de s’adapter aux nouvelles situations et se trouve dans la léthargie totale ? Comment comprendre qu’on puisse prendre plus de six mois pour délivrer des simples actes administratifs ? De toutes les façons, dans cette structure, ceux qui prennent le risque, ce sont ceux qui viennent au service tous les jours car leur absence peut taper dans l’œil des premiers responsables.

Monsieur le Ministre,

C’est dans un tel contexte d’inactivité, de dysfonctionnement, où les agents et les visiteurs se confondent, car les premiers ne se connaissent pas, que vos représentants ont pu sous le couvert des tâches administratives trouver une liste d’ennemis baptisée abusivement liste des grévistes.

L’absence de réunions de service : c’est une trouvaille des premiers responsables de la Direction Générale qui permet d’éviter que les innombrables problèmes liés au fonctionnement soient soumis à qui de droit. D’ailleurs cette technique d’évitement est connue et pratiquée par les plus hautes autorités du ministère ;

le nouvel organigramme, adopté depuis plus d’une année (le 24 avril 2019) et qui a consacré l’entrée par les ordres d’enseignement n’est pas jusque-là mis en œuvre. Dans les faits, ce sont les structures de l’ancien organigramme qui assurent toujours « la continuité » du service. Et nous sommes en droit de nous poser la question suivante : pourquoi un nouvel organigramme si l’ancien était aussi performant, opérationnel ?

la gestion des projets rattachés est des plus opaques, les questions de redevabilité sont totalement occultées ;

la visite des Directions centrales et déconcentrées programmée et exécutée par vos soins, maintes fois programmée et reportée en ce qui concerne la DGEPFIC a été finalement annulée. N’est-ce pas là le signe évident d’un manque d’intérêt ?

Point n’est besoin de vous rappeler que la qualité de l’enseignement est fonction d’au moins quatre principaux leviers : l’encadrement, la qualification des enseignants, la motivation du personnel et le matériel didactique. Les deux premiers leviers relèvent des compétences de la DGEPFIC. Comment une telle structure faitière, pourrait-elle coordonner les activités de contrôle de l’application des programmes et méthodes pédagogiques dans les centres d’éveil et d’éducation préscolaire, les écoles primaires et les établissements d’enseignement post primaire et secondaire alors même qu’elle n’a aucune relation, ni hiérarchique ni fonctionnelle avec les directions déconcentrées ?

Comment pourrait-elle travailler avec les Inspections des directions déconcentrées alors même qu’en son propre sein, les Inspections ont été supprimées ?

l’allocation tardive des fonds d’encadrement aux Services de l’Encadrement et de la Formation pédagogiques (SEFP) pour l’année 2019. En effet, les budgets de fonctionnement, destinés à ces structures déconcentrées chargées de l’encadrement de proximité des professeurs, leur ont été accordés seulement le 02 décembre 2019. Ceci, avec une injonction d’exécution des activités au plus tard le 31 décembre 2019, alors même que le congé de premier trimestre courrait du 23 décembre 2019 au 05 janvier 2020.

La conséquence d’une telle inconséquence est que les activités d’encadrement n’ont pu être menées. Ainsi, les services d’encadrement n’ont pu effectuer à l’endroit des professeurs, ni visites de classes, ni sessions de formation, ni animations pédagogiques. Est-ce à dire que les professeurs sur le terrain n’en avaient pas besoin en 2019 ? Etait-ce si difficile que cela d’accorder les crédits alloués à temps, ou alors d’être plus conséquent en déterminant un délai d’exécution permettant la réalisation d’activités ? Le fonds CAST dont les structures d’encadrement n’ont pas pu bénéficier ont-ils réellement été reversés ? ces fonds n’ont-ils pas été affectés à d’autres activités, montrant ainsi le peu de considération que vous avez de la recherche d’une amélioration de la qualité ?

Monsieur le Ministre,

La liste des contradictions est très longue. Nous ne doutons pas de vos capacités à trouver des solutions idoines à ces dernières. Au regard de la crise de confiance dorénavant installée entre vous et les partenaires sociaux, d’aucuns pourraient se poser la question de savoir à quoi bon vous écrire. La réponse est toute simple : nous avons choisi de nous assumer et de n’être pas complices des différentes aventures, de ne pas vous accompagner dans des options qui sont très dommageables pour le système éducatif.

Pour le SYNEPES,

Le Secrétaire général
Aboubacar PARE
Inspecteur de l’Enseignement secondaire

Pour le SYNADES,

Le Secrétaire général
Guingri KABORE
Inspecteur de l’Enseignement secondaire

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