Echéances 2020 au Burkina : Trois scénarios envisagés par International Crisis Group

Dans sa publication de juin 2019, International Crisis Group, organisation non-gouvernementale qui œuvre pour la prévention et la résolution des conflits armés, a porté son décryptage sur la situation au Burkina, en projection surtout avec les échéances électorales à venir. Ce document qui envisage trois scénarios possibles par rapport aux élections à venir est assorti de recommandations à des catégories d’acteurs.

« Renforcer la cohésion sociale et le processus de réconciliation : une voie pour des élections apaisées en 2020 ». C’est l’intitulé du rapport qui fait une analyse de la situation socio-politique et sécuritaire du pays, marquée par de multiples attaques terroristes, des conflits inter-communautaires et une scène politique mouvementée.

C’est fort de ce contexte qu’International Crisis Group décèle trois scénarios par rapport aux élections de 2020.

Le premier, intitulé « scénario du pire cas », qu’il trouve « peu probable », est une situation de chaos sous les attaques terroristes et luttes politiques. C’est le synopsis où les attaques terroristes se multiplient, installent une instabilité totale dans le pays qui éprouve des difficultés à organiser les élections (présidentielle et législatives). Ce qui va faire naître des tensions sociales et politiques autour de la non-tenue des élections et du risque du vide constitutionnel.

« Le dialogue politique est progressivement rompu et les institutions politiques se paralysent avec la démission du président Roch Marc Christian Kaboré. Le pays sombre dans le chaos avec l’exacerbation des attaques et des conflits inter-communautaires. Une nouvelle transition problématique s’enclenche avec pour mandat de stabiliser le pays et d’œuvrer pour l’organisation de nouvelles », émet le rapport.

Le deuxième scénario, « scénario du cas réaliste », qui apparaît « probable » pour International Crisis Group est celui dans lequel, une majorité de Burkinabè a compris la nécessité de se mobiliser pour la cohésion sociale et de soutenir la réconciliation nationale. Ce qui implique que la majorité des Burkinabè accepte des compromis et prend l’engagement de soutenir la consolidation d’institutions démocratiques, efficaces, crédibles, impersonnelles.

Les attaques et la percée extrémistes perdent de l’élan et le processus de réconciliation lancé entre-temps suit son cours avec des résultats encourageants. Les attaques ont diminué dans une grande partie du territoire national, rendant possible l’organisation, à bonne date, des élections. Ces élections se tiennent de manière transparente et sans violence majeure. Les leaders élus travaillent à renforcer la cohésion sociale, l’intégrité du territoire et le processus de réconciliation nationale.

Le troisième scénario est celui dit du « meilleur cas », mais il est « très peu probable ». Pour l’organisation, cela relève du miracle et serait l’hypothèse où la grande majorité du peuple burkinabè adhère aux appels à la cohésion nationale et au processus de réconciliation nationale, en mettant l’intérêt général au-delà des intérêts particuliers.

Des compromis se font et des élections pacifiques et transparentes sont organisées avec des résultats qui sont acceptés par tous les acteurs politiques. Les autorités travaillent à consolider les institutions en place, de sorte à les rendre plus fortes, démocratiques, inclusives où chaque Burkinabè peut participer consciencieusement à la bonne marche de sa société. Tous les Burkinabè œuvrent donc ensemble à la stabilité, la consolidation de la paix et du développement.

Pour minimiser la « crise multi-dimensionnelle exceptionnelle » que traverse le pays, International Crisis Group a formulé des recommandations, tout en suggérant des pistes allant vers l’adoption de la nouvelle Constitution, d’un nouveau Code électoral inclusif et l’approche de la réconciliation conduite par la tradition et la religion.

Pour ce qui est des recommandations, et à l’endroit des « acteurs politiques et autres entités de la société », International Crisis Group invite à soutenir les dialogues initiés par les autorités et à continuer à œuvrer pour la réconciliation nationale en misant sur l’intérêt général et non les calculs politiques.

Aux « acteurs de la société civile et aux médias », de sensibiliser les populations sur la nécessité de la réconciliation nationale, l’unité et la cohésion sociale ; renforcer la culture des valeurs et l’éducation au sein de la cellule familiale. Il leur est aussi demandé de s’abstenir d’être des canaux d’expression de messages de haine, d’appels à la violence et ethnicistes ainsi que de traiter les informations de manière professionnelle et impartiale, selon les règles déontologiques.

Au « gouvernement et aux forces de défense et de sécurité », recommandation est faite de soutenir et faciliter la mise en place de cadres de dialogue inter-communautaires ; accompagner les appels au renforcement de la cohésion sociale ; mettre en place l’accent sur l’éducation civique et morale, notamment sur les valeurs du patriotisme, du civisme ; soutenir la justice sociale et mettre la lutte contre les inégalités au cœur des politiques publiques ; renforcer davantage les mesures sécuritaires autour des lieux de culte dans la villes, notamment les jours de culte (vendredi et dimanche). Ils sont en outre appelés à intensifier les initiatives de sécurisation et de stabilisation du pays pour également permettre la tenue des élections de 2020 sur toute l’étendue du territoire.

Les « partenaires (institutions internationales) » sont exhortés à appuyer les acteurs politiques avec des initiatives de médiation ; accompagner techniquement et économiquement le processus de soutien à la cohésion sociale et celui de la réconciliation nationale ; continuer à soutenir les secteurs de l’éducation et de l’économie. Il est aussi suggéré à ceux-ci de soutenir les actions de secours aux populations déplacées.

Le rapport conclut en soutenant que ‘’ le Burkina se trouve aujourd’hui à un autre carrefour de son histoire et la responsabilité de tous les acteurs est engagée. Il s’agit de faire le choix de continuer à traîner les années d’impunité, d’injustice et d’exclusion pouvant conduire à une autre situation qui pourrait s’avérer plus grave que les précédentes ou d’accepter de s’asseoir et se parler afin de vider les questions qui fâchent, avec courage et responsabilité, pour pouvoir enfin envisager ensemble un avenir meilleur sans nuage ‘’.


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One Thought to “Echéances 2020 au Burkina : Trois scénarios envisagés par International Crisis Group”

  1. DABIRE E. Norbert

    Voici une main secourable tendue aux femmes et hommes du Faso, aux femmes et hommes de notre pays qui sont acteurs, à quelque titre que ce soit, du théâtre politique et social. Mais sauront-ils la saisir pour œuvrer ensemble avec lucidité à la reconstruction de notre Faso déchirée et humiliée par des ennemis sans visage. Il faut espérer que l’instinct de survie amène les uns et les autres à l’école de la sagesse pour y rechercher dans un dialogue vrai, à notre détresse, les solutions qui soient les plus appropriées. Mais pendant que les politiques et les OSC cherchent à se faire VOIR sur la dépouille du Burkina Faso, les jeunes sans emplois et les déplacés du terrorisme attendent désespérément l’aube d’un jour meilleur.

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