Droits humains : Le MBDHP s’impose un bilan critique, 31 ans après sa création

Le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a plus de 30 ans. Créé le 29 février 1989 dans la fournaise d’un d’Etat d’exception, il aura contribué à promouvoir, à protéger les droits humains contre vents et marées. Ce 22 février 2020 à Ouagadougou, c’était l’introspection. « Le MBDHP de 1989 à nos jours : bilan critique de la contribution du Mouvement au renforcement du processus démocratique et à la défense des droits humains au Burkina Faso », c’était le thème d’un panel.

Il a y a 30, en plein Etat d’exception avec son corollaire d’assassinats, de répressions et autres formes de violations graves des droits humains, des hommes et femmes ont eu le courage de donner de la voix. A l’époque, c’était osé. Mais ils l’ont fait sur ce vaste champ de bataille pour le respect de la dignité humaine.

Ces hommes et femmes ont bravé « la peur, les menaces, les intimidations et bien d’autres adversités de toutes sortes, afin que notre société se libère des entraves de l’exploitation, de la forfaiture et de l’arbitraire », explique le président du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), Chrysogone Zougmoré, non sans rendre un vibrant hommage aux devanciers.

Il a rappelé que les 31 années de lutte et d’actions ont permis aux acteurs de se bâtir une conviction, celle que la force de l’homme réside dans sa capacité à se battre pour un idéal noble, au profit d’autres hommes, d’autres femmes moins forts, contraints ou en situation de vulnérabilité et qui aspirent légitimement à vivre dignement leur statut d’êtres humains.

Des acquis notables

Me Halidou Ouédraogo, président d’honneur du MBDHP, a noté que le mouvement qu’il a présidé est le chef de file des organisations démocratiques de la société civile qui a ouvert la route de l’espoir démocratique. Il est apparu dans la fournaise allumée par les différents régimes d’exception.
Progressivement, le mouvement s’est érigé contre les violations de textes institutionnels avec pour conséquence les licenciements abusifs des travailleurs en lutte, des assassinats, des disparitions et des enlèvements meurtriers.

Des résistances cultes ont été initiées et conduites par le MBDHP, notamment après l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, a expliqué Me Halidou Ouédraogo. Il n’oubliera pas non plus la gestion des conflits agriculteurs-éleveurs, les violences faites aux femmes, la saisine de plusieurs juridictions pour les affaires Norbert Zongo, Boukary Dabo, Halidou Ouédraogo, Christophe Compaoré ; autant d’acquis à mettre à l’actif du mouvement trentenaire.

Le contrôleur général de l’Etat, Luc Marius Ibriga, le deuxième panéliste, a également relevé plusieurs forces du MBDHP. C’est l’une des organisations de la société civile qui ont une assise sociale, durable et stable, avec un maillage du territoire national important, notera le professeur d’université. Cela, selon lui, a l’avantage de développer un militantisme de proximité et fait du mouvement, une organisation démocratique de proximité, et non élitiste. Un statut qui renforce sa crédibilité.

Dans la promotion, la défense et la protection des droits humains, sur le plan national et international, le MBDHP s’est vaillamment illustré. Sur le plan national, grâce à son acharnement, il y a aujourd’hui un espace de liberté démocratique, l’avènement de l’Etat de droit. La lutte contre l’impunité est également à inscrire sur son tableau d’honneur.

Sur le plan international, le MBDHP a mené des missions d’intercession de bons offices auprès des autorités ivoiriennes, pour la libération des prisonniers politiques dont Laurent Gbagbo. Au Rwanda, au lendemain du génocide, le mouvement est allé constater l’ampleur de l’horreur. Pour la cause palestinienne ou dans la question touarègue, la pionnière de la défense des droits de l’homme au Burkina a effectué plusieurs missions.

« Le MBDHP a abattu un travail immense. Aujourd’hui, quand on bénéficie de la liberté de parole, d’expression, d’organisation politique, c’est grâce au travail du MBDHP. Le Burkina a connu plusieurs régimes d’exception ou d’Etat de police où les lois peuvent changer pour les causes et les intérêts des gouvernants. En travaillant à asseoir une vie constitutionnelle et à faire en sorte que l’idée de droit et de la prévisibilité soit un principe de gouvernement, le MBDHP a ouvert des espaces de liberté », s’est réjoui le contrôleur général de l’Etat.

De la nécessité de la critique

Le panel avait aussi et surtout pour objectif de jeter un regard critique sur la vie du Mouvement, en vue de se projeter dans l’avenir avec plus de succès. En la matière, Luc Marius Ibriga n’est pas allé du dos de la cuillère. Il faut des permanents au MBDHP, plutôt que des militants pour travailler sur des questions aussi sensibles que celles des droits humains. « Le professionnalisme veut que le mouvement se penche sur les permanents. Les militants n’ont pas tout le temps pour consacrer au mouvement. De plus en plus, le mouvement doit avoir une parole sacrée, quand elle dit quelque chose, c’est qu’elle a vérifié », a insisté le panéliste.

Ensuite, il a pointé du doigt la faiblesse de la recherche et de la réflexion sur les droits humains rapportés au contexte burkinabè. Il faut de la réflexion anticipatrice. « On a des principes universels, africains. Mais aujourd’hui, dans le contexte de l’insécurité, comment on met en œuvre les droits de l’homme ? Voyez, quand il y a eu un certain nombre d’attaques et que le mouvement est intervenu, dans l’opinion, beaucoup de gens ont dit qu’ils défendent les terroristes. Il faut donc une réflexion anticipatrice pour savoir comment, du point de vue de la communication, on va faire pour éviter des incompréhensions », a-t-il préconisé.

Enfin, le contrôleur général d’Etat a relevé la frilosité du MBDHP quant à son rôle d’influence et ses relations avec les gouvernants. Il faut bannir cette rigidité qui ne rime avec l’esprit d’ouverture. Le panéliste dit souvent confondre le MBDHP à un syndicat. Il y a un mélange de genre à corriger, selon lui.

« Quand le mouvement est à la tête de la CCVC, bien qu’on comprenne qu’il y a les droits économiques, sociaux et culturels, ça serait bien que ce soit une structure syndicale qui mène le lead, parce qu’à un moment, on n’arrive pas à avoir de la lisibilité », a-t-il noté, suggérant plutôt à l’organisation d’être plus flexible pour jouer un rôle d’intermédiation, de tampon afin de faciliter le dialogue social.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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