Donald Trump lance la campagne pour sa réélection en 2020, un air de déjà-vu

Le discours prononcé par Donald Trump en Floride, mardi pour annoncer sa candidature à un deuxième mandat, rappelle la campagne de 2016. Une communication qui sera insuffisante pour galvaniser un plus large électorat.

Une fois n’est pas coutume, Donald Trump a fait du Donald Trump. Devant 20 000 partisans rassemblés mardi 18 juin à l’Amway Center d’Orlando, en Floride, il a promis de « conserver la grandeur de l’Amérique » (Keep America Great), en écho au célèbre slogan « rendre à l’Amérique sa grandeur » (Make America Great Again) qui l’avait porté jusqu’à la victoire en 2016.

Dans un État qu’il considère comme sa « seconde maison » – il possède une demeure à Mar-a-Lago où il se rend régulièrement -, il a officiellement annoncé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2020. Le choix du « Sunshine State » n’est pas anodin, puisque une victoire dans ce « swing state » semble quasiment indispensable pour l’emporter au niveau national.

Cette annonce n’est pas une surprise, Donald Trump est candidat à la réélection depuis son arrivée à la Maison-Blanche. « Il est naturel que le président sortant, qui est éligible pour un second mandat, se représente », assure Kyle Kondik, politologue à l’université de Virginie, interrogé par France 24. Le président américain a ainsi déposé des documents auprès de la Commission électorale fédérale pour sa campagne de réélection le 20 janvier 2017, jour de son investiture, rappelle le New York Times. Depuis, il a multiplié les meetings politiques, célébrant à Orlando son 60e en tant que président. « Il aime être le centre de l’attention, et pense que ces événements concourent à renforcer son électorat », fait remarquer le politologue.

« Un discours sans surprise mais qui a fait mouche auprès de ses supporteurs. »

Des thèmes de campagne peu innovants

Le milliardaire républicain a prononcé un discours fleuve rappelant ceux de sa précédente campagne. Cherchant à fidéliser sa base, il s’est concentré sur ses trois thèmes de prédilection : la lutte contre l’immigration, la bonne santé économique et la dénonciation de la diabolisation politique et médiatique dont il se dit victime. « Ce sont les mêmes depuis quatre ans, il n’y a pas eu d’innovation dans son discours », admet Kyle Kondik.

Durant plus d’une heure, il n’a eu de cesse de marteler les bons chiffres de ce qu’il appelle « L’Économie Trump », rappelant la baisse du chômage, la création de 6 millions d’emplois, une hausse des salaires, ainsi que sa réforme fiscale qui a permis à la fois aux entreprises mais également aux classes les plus aisées de voir leurs impôts baisser. « On a réussi à accomplir en deux ans et demi ce que mes prédécesseurs n’ont jamais réussi à faire, et en des circonstances bien plus difficiles », a-t-il assuré, faisant référence aux enquêtes qui ont rythmé son mandat. « Le monde entier envie notre économie, qui est peut-être la meilleure économie de l’Histoire de notre pays », a vanté le président américain, sous les acclamations de la foule.

« La stratégie de Donald Trump est basée sur une base populaire et le monde des affaires (…) à qui il a donné satisfaction. C’est le point fort du démagogue », expliquait à France 24, Pierre Guerlain, professeur en études américaines à l’Université de Paris-Nanterre.

Trump annonce sa candidature pour 2020

Pour être réélu, M. Trump doit convaincre ses partisans qu’il ne les a pas oubliés, même s’il n’a pas tenu certaines des promesses de campagne les plus importantes, comme l’abrogation de l’Obamacare ou la construction de son mur. Il a alors rappelé sa fermeté vis-à-vis de l’immigration. « Nous construirons le mur d’ici la fin de l’année prochaine », a -t-il promis, ajoutant qu’il sera « plus fort, plus grand, meilleur et moins cher ».

Un bilan et des promesses qui ne font pas oublier que « les États-Unis se retrouvent aujourd’hui au milieu de nombreux conflits », et notamment au Moyen-Orient, rappelle Kyle Kondik. « La situation offre une image négative sur son action à la Maison Blanche. »

Une vision manichéenne de la politique

Tout en dénonçant la « chasse aux sorcières » dont il a été victime au cours de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, il n’a cessé de vilipender ses adversaires démocrates. Il les a ainsi accusés de vouloir « détruire le pays tel que nous le connaissons », de s’être attaqués à lui et son entourage et d' »être guidés par la haine ». Il a notamment expliqué à son auditoire conquis que ses adversaires démocrates allaient autoriser les migrants à traverser la frontière sud pour gonfler leur base électorale.

Mais sa première cible, mardi, furent les journalistes, ceux qu’il nomme « les fabricants de fake news ». « Une tradition trumpienne », rappelle Matthieu Mabin, correspondant à Washington pour France 24, qui estime que ce fut « un discours sans surprise, mais qui a fait mouche auprès des supporteurs de Donald Trump ».

Des électeurs déroutés par son comportement

Alors que sa stratégie de communication binaire reste inchangé depuis 2016, l’équation n’est plus la même après plusieurs années au pouvoir. « La deuxième fois, vous êtes plus vulnérable », explique à l’Agence France-Presse (AFP) l’historien Julian Zelizer, de l’université de Princeton. Il n’est plus l’outsider politique qui avait bousculé l’ordre établi à Washington il y a quatre ans, malgré ce qu’il cherche à laisser croire.

Quant à son comportement et son style parfois déroutant, qui ne l’ont pas empêché d’être élu en 2016, ils désorientent désormais certains de ses électeurs, analyse le politologue de l’université de Virginie. « Beaucoup attendent du président qu’il soit digne de la Maison Blanche, or Donald Trump ne s’y conforme pas. » Sa méthode pourrait ainsi lui être préjudiciable dans cette élection.

Sans compter que le locataire de la Maison Blanche s’est jusque-là concentré uniquement sur ses partisans en se focalisant sur ses promesses de campagne, et n’a pas su amplifier sa base électorale. « Il a fait peu de chose pour convaincre les classes populaires », analyse Kyle Kondik.

Dans la mesure où il refuse de se poser en rassembleur, une réélection passe par une nouvelle performance sur les mêmes terres. « Il va avoir du mal cette fois à battre les potentiels opposants démocrates (…) et notamment dans les swings states », note Philip Crowther, correspondant pour AP. La voie s’annonce effectivement plus étroite au regard des élections de mi-mandat, qui ont montré un retour en force des démocrates dans la « Rust Belt » industrielle.

Et les chiffres l’attestent. Un sondage de l’université Quinnipiac, publié mardi, le donne perdant en Floride face à plusieurs démocrates engagés dans la primaire. Si Joe Biden par exemple était le candidat du parti démocrate, il l’emporterait dans cet État clé avec 50% des voix contre 41% pour Donald Trump. « Le mécontentement envers sa politique grandit », confirme Kyle Kondik, « mais cela ne signifie pas pour autant qu’il ne pourra pas être réélu. » Et pour cause, l’élection de 2016, où les instituts donnaient Hillary Clinton en tête, nous ont appris à nous méfier des sondages.

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