Dialogue politique : L’opposition ne veut pas du ‘’ mouta mouta ’’ (1) dans ce cadre d’échanges

Le dialogue politique et des sujets relatifs à l’actualité nationale ont constitué le menu de la conférence de presse du Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF) ce jeudi, 25 avril 2019. Pour cette semaine, c’est le premier responsable de l’institution, Zéphirin Diabré, qui a été le principal animateur. Il était entouré de plusieurs autres présidents et représentants de partis politiques.

Cette sortie a été décidée en urgence, en cours de semaine, après un message de la direction de la communication du CFOP-BF parvenu aux rédactions qui indiquait que la conférence de presse hebdomadaire de mardi (23 avril) n’aurait pas lieu. Pour cette conférence, c’est Zéphirin Diabré ‘’himself’’ qui l’animée, sous les regards de plusieurs présidents et représentants de partis politiques affiliés à l’institution CFOP-BF. 
La déclaration a été ouverte avec le drame du Yirgou, comme l’avait annoncé le CFOP-BF à une des dernières conférences de presse. Par cette initiative, l’opposition entend appeler à la manifestation de la justice, selon les responsables politiques. « Yirgou est la preuve que l’ethnicisme, jusque-là latent, a pris une tournure violente au Burkina », lit-on dans la déclaration liminaire, à travers laquelle on note également que cela fait 125 jours qu’a au lieu ce drame, sans un début de justice.

« Nous allons le combattre et l’éradiquer avec la dernière énergie », souligne le CFOP-BF, soutenant que cette revendication vaut pour tous les massacres « ethniquement motivés » au Burkina. Pour l’opposition, le vivre-ensemble est désormais en danger, d’où son appel à une union sacrée de toutes les bonnes volontés contre ce mal.

Entrant de plain-pied dans l’objet de la sortie, les conférenciers ont expliqué que le dialogue politique entamé début avril 2019, devra, en principe, se poursuivre les 27 et 28 avril (selon la proposition du président du Faso, confie M. Diabré). Le CFOP-BF a rappelé que lors de sa rencontre le 4 avril dernier avec le président Roch Kaboré, elle avait insisté pour que les sujets de dialogue dépassent les aspects purement politiciens, pour prendre en compte les questions de la vie nationale et les problèmes « qui assaillent les Burkinabè ».

Ainsi, sur invite du président du Faso, l’institution confie avoir fait ses propositions en six grands axes (avec 39 sous-thèmes). Ces axes concernent la situation sécuritaire, la réconciliation nationale, l’unité nationale et la cohésion sociale, le code électoral et les élections de 2020, la gouvernance, les questions sociales.

« Mais, dans le souci de faire de ce dialogue un succès à la hauteur des attentes des Burkinabè, et surtout pour que ledit dialogue ait un impact positif dans le quotidien des citoyens, nous avons conditionné notre participation au respect de deux préalables », dévoile Zéphirin Diabré.

La première condition a trait, explique-t-il, au cadre réglementaire de ce dialogue. « Une rencontre aussi importante, en pleine crise, doit être encadrée par un texte », pense M. Diabré. Pour le CFOP-BF, il faut donc baliser les choses (la suite à donner aux éléments consensuels, le sort réservé aux actes non consensuels, etc.). D’où le souhait qu’il y ait une « approche rationnelle » sur ces points avant d’aller au cadre de dialogue.

La deuxième condition posée par le CFOP-BF est relative aux modalités de mise en œuvre et de suivi des décisions qui seront issues de ce dialogue. « L’Opposition n’est pas prête à aller causer de tout et de rien, puis se lever, sans qu’il n’y ait des solutions concrètes aux problèmes des Burkinabè. On l’a vu avec les syndicats, ce régime ne respecte même pas ses engagements écrits. Qu’en serait-il des engagements non écrits, de surcroit en l’absence de comité de suivi ? Le cas de la Commission constitutionnelle nous semble une bonne référence, si nous voulons un dialogue franc et fructueux », confie Zéphirin Diabré.

Pour le CFOP-BF donc, sans ces deux conditions, le dialogue ne sera qu’un outil de marketing politique, une mise en scène orchestrée par le chef de l’Etat pour montrer aux yeux des Burkinabè et du monde qu’il dialogue avec l’Opposition. « Or, de notre entendement, la crise que traverse notre pays est si grave qu’il faut mettre tout le sérieux dans le dialogue annoncé. Malheureusement, les faits sont nombreux, qui montrent que le Président du Faso n’accorde pas à ce dialogue toute l’importance qu’il faut. Alors que nous sommes à trois jours de la date annoncée initialement pour la tenue du dialogue, nous ne savons pas encore où il va se tenir, quels sont les points qui y seront débattus, ni comment vont se dérouler les travaux. (…). L’Opposition politique n’est pas dupe. Depuis trois ans et demi qu’il gouverne notre pays, et malgré l’aggravation constante de la crise, le pouvoir du MPP n’a jamais songé à rencontrer l’Opposition pour la concerter sur les problèmes du Burkina Faso. Cette attitude soudaine du pouvoir nous parait d’autant plus suspecte qu’elle survient au moment où les foyers de contestation se multiplient, alors que se profilent à l’horizon les élections de 2020 », s’attarde le premier responsable de l’opposition.C
Sur le chapitre relatif à l’actualité nationale, le CFOP-BF a jeté son regard sur les révélations du confrère Africa Intelligence, la fronde sociale et la première opération chirurgicale d’un cœur au Burkina.

Pour l’opposition, et sur le premier point, si l’information s’avérait, elle serait scandaleuse. « En effet, depuis 2016, date à laquelle il s’est installé, le régime de Roch Kaboré n’a cessé d’accuser Blaise Compaoré d’avoir pactisé avec les terroristes. Dans la récente interview qu’il a accordée à la Deutsche Welle, le Président du Faso lui-même a ouvertement accusé son prédécesseur d’avoir ‘’dealé’’ avec ceux qui nous attaquent, donc d’avoir contribué à la situation actuelle », relève-t-elle avant de demander au président Kaboré, lui-même, de faire preuve de transparence sur la question.

« Le front social est toujours en ébullition, malgré l’annonce d’une remise à plat des rémunérations. Des secteurs comme la santé, l’éducation, la justice, les infrastructures,…sont concernés par les grèves et mouvements d’humeur. Notre position a toujours été que le gouvernement doit dialoguer avec les syndicats de manière sincère, et respecter ses engagements. En outre, les différentes parties doivent rendre publiques les conclusions des accords, pour éviter des polémiques et des manquements de part et d’autre », a également abordé M. Diabré.

Quant au dernier point de ce chapitre, il a consisté en des congratulations et en l’expression de « fierté » suite à l’opération de cœur menée avec succès, le 23 avril 2019, par des chirurgiens burkinabè, en collaboration avec des chirurgiens sénégalais, au Centre hospitalier universitaire de Tengandogo. Zéphirin Diabré et ses ‘’camarades’’ ont salué cet exploit des professionnels de la santé, retenant qu’un pas important vient d’être franchi, dans la quête de services de santé de qualité et en adéquation avec les besoins du moment.

1-Tâtonnements, ruses, égarements

O.O.
Lefaso.net

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