Désarmement du RSP : Le colonel-major Salif Tinguéri explique les misères de son équipe

Dans quelles conditions le désarmement du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) s’est-il effectué ? Ce ne fut pas une mince affaire pour la commission technique chargée de suivre ce processus. Celui qui présidait ladite structure, le colonel-major Salif Tinguéri, a donné son témoignage le 8 février 2019 dans le cadre du procès du putsch du 16 septembre 2015 et jours suivants. Des menaces, des violences physiques, des séquestrations ont jalonné le désarmement de l’ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré.

C’est la réunion des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) tenue à Abuja au Nigéria qui avait suggéré le désarmement de l’ex-RSP, une semaine après le coup d’Etat perpétré par certains de ses éléments. 72 heures après, le chef d’état-major général des armées de l’époque, Pingrenoma Zagré, créa la commission technique chargée de suivre le processus de désarmement.

Et le colonel-major Salif Tinguéri fut désigné pour présider ladite commission. Il y eut alors une réunion préparatoire avec les officiers du RSP. Un plan de travail fut adopté. Le régiment devait indiquer les lieux de stock de son armement, fournir une fiche de comptabilité de ses armes et assurer la sécurité des membres de la commission.

Le 24 septembre 2015, commence la reconnaissance des différents sites. Le lendemain, dans l’après-midi, l’équipe du colonel-major Salif Tinguéri se rend au camp Naba-Koom et commence l’enlèvement du matériel. « Nous avons constaté que des hommes en kalachnikovs arrivaient en petits groupes avec des comportements hostiles, des propos menaçants », a expliqué le colonel-major, qui a comparu en qualité de témoin. Il ajoute que l’atmosphère devenait tendue.

Mais entre-temps, l’incident a été clos. Mais c’était un avant-goût de la suite. Puisque le lendemain, 26 septembre, l’équipe a fait le même constat. Cette fois, les menaces étaient plus vigoureuses, certains éléments chargeaient leurs armes à côté de l’équipe de la commission à qui interdiction a même été faite de charger le matériel. Ce qui était déjà dans les véhicules a été débarqué. Selon le colonel-major Salif Tinguéri, c’est le capitaine Zoumbri, point-focal de la commission au RSP, qui est venu tenter de calmer les frondeurs qu’il n’a finalement pas réussi à faire partir.

Un compte-rendu régulier était fait au chef d’état-major général des armées. Le 27 septembre, « la violence de la veille nous rendait pessimistes pour la suite. Nous étions très inquiets. Et pour minimiser les risques, j’ai décidé d’envoyer le strict minimum de personnes », relate le président de la commission. Cette fois, les événements ont pris une autre tournure.

Puisque dès la guérite, les hommes du colonel-major Salif Tinguéri sont violentés, agressés physiquement, leurs téléphones retirés et tous sont séquestrés. C’est là que la décision du général Pingrenoma Zagré tombe : le processus du désarmement du RSP est suspendu.

« Mais qui sont ceux qui entravaient le processus ? », demande le ministère public au témoin. « Je ne suis pas en mesure de les identifier », répond Salif Tinguéri. Mais il reconnaît cependant que ce sont surtout les sous-officiers et les militaires de rang de l’ex-RSP. Dans une conversation transcrite et lue par le parquet militaire, l’adjudant Florent Nion disait au téléphone à son interlocuteur que les armes enlevées par la commission n’étaient pas celles du RSP, mais plutôt l’armement des autres entités de l’armée, qui avait été retiré et placé dans les magasins du RSP, après la mutinerie de 2011.

Alors, le ministère public demande si réellement les armes du RSP ont été enlevées. « On a pris ce qu’on a trouvé dans les magasins », se contente le colonel-major Salif Tinguéri. Plus tard, le général Gilbert Diendéré fera remarquer que le processus de désarmement a été mal mené et que des armes seraient peut-être dans la nature et dans les mains de ceux qui attaquent actuellement le Burkina Faso.

Ali Sanou, Mohamed Zerbo et les autres…

Si le premier responsable de la commission technique chargée de suivre le processus de désarmement dit ne pas pouvoir mettre un nom et un visage sur ceux qui ont entravé le processus, tel n’a pas été le cas du capitaine Abdoul Aziz Ouédraogo qui n’a certes pas comparu, mais dont le procès-verbal a été lu par le parquet militaire. Selon sa déposition, le 25 septembre 2015, alors que l’équipe avait chargé le matériel et repartait, c’est le sergent-chef Ali Sanou et un certain Dah (sergent Ollo Stanislas Dah ?) qui les ont interceptés à bord d’un véhicule, et leur ont ordonné d’aller remettre le matériel.

Là également, il a fallu que le capitaine Abdoulaye Dao intervienne pour calmer la situation. « Ça ne se passera pas comme ça ! », aurait lancé le sergent-chef Ali Sanou à son capitaine. En rappel, le sergent Ali Sanou et le sergent Ollo Stanislas Dah ont déjà écopé chacun d’une peine de 17 ans de prison dans l’affaire de l’attaque de la poudrière de Yimdi.

En plus des deux cités, le capitaine Zoumbri dit avoir reconnu entre autres le sergent-chef Laoko Mohamed Zerbo, le caporal Abdoul Nafion Nébié, le soldat de première classe Boureima Zouré, le soldat de deuxième classe Seydou Soulama comme ceux qui s’opposaient au désarmement. Le colonel-major Salif Tinguéri a par ailleurs reconnu que le sergent Roger Koussoubé a œuvré à la libération des hommes qui ont été séquestrés.

En plus, le sergent-chef Ali Sanou aurait intimé l’ordre à un lieutenant de rebrousser chemin avec son équipe, le 27 septembre. Appelé à la barre, l’homme a refusé de reconnaître ce fait. Il reconnaît certes avoir échangé avec un lieutenant, mais il dit n’avoir jamais proféré de menaces. « J’ai dit ‘‘mon lieutenant, est-ce que ce que vous faites est bien ?’’. Et il a ordonné à ses hommes de faire demi-tour », se défend-t-il, avant d’ajouter qu’il est « trop petit pour dire à un lieutenant » de faire demi-tour. « Mais qui étiez-vous pour demander des comptes à un lieutenant ? », a relancé le parquet.

« J’étais militaire », rétorque l’accusé qui fait savoir au parquet que c’est parce qu’il n’est pas militaire qu’il ne comprend pas. Sinon, soutient-il, les armes, ce sont ses outils de travail et parce qu’on est venu les lui retirer, il était en droit de s’inquiéter. En réalité, poursuit-il, c’est parce que les « gens » n’ont pas été clairs dans le processus de désarmement et que tout le monde n’a pas été informé que ces couacs ont été constatés.

Le parquet ne désarme pas et rempile en demandant au sergent-chef s’il avait été informé quand le matériel a été envoyé au RSP, pour s’inquiéter de son enlèvement. « Je ne peux pas répondre à cette question », rétorque l’accusé.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net 

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