Déplacés de Pobé-Mengao à Ouagadougou : Fatimata Ngouéba, 7 ans, n’ira pas à l’école cette année

Fatimata Ngouéba, 7 ans, est originaire de Pobé-Mengao, dans la province du Soum. Avec ses parents chassés de chez eux par la crise sécuritaire, elle a trouvé refuge au quartier Rimkiéta de Ouagadougou. Elle rêve de rentrer chez elle, parce qu’elle vit dans l’indifférence. Non seulement elle ne mange pas à sa faim, mais aussi, elle n’ira pas à l’école cette année. Chaque matin, la petite fille rase les murs de l’école Song-Pèlcé, à l’heure où les enfants de son âge sont en classe.

5 octobre 2019. Ouagadougou s’est réveillée mouillée par une pluie de fin d’hivernage. L’aube silencieuse est troublée par les ronflements des motos. Au quartier Rimkiéta, tout semble ordinaire. Mais pour Fatimata Ngouéba, tout n’est qu’incompréhension. Née à Pobé-Mengao, dans la province du Soum, elle est venue dans ce quartier par la force des choses.

Son peuple vit depuis des siècles de part et d’autre de la frontière Burkina-Mali. « Nous sommes à Yoro (Mali) et à Pobé-Mengao (Burkina Faso) ». A l’origine, une vie rythmée par l’agriculture et l’élevage. Mais depuis quelques années, la donne a changé. « Le paisible endroit s’est mué en lieu de malheur et de mort », murmure le doyen de la famille, Assaya Ngouéba, 78 ans, l’air désemparé. Pour le vieillard, leur malheur vient « des visiteurs ». « C’était des hommes en armes, enturbannés », se souvient-il. Qui étaient-ils ? « Ce sont ceux qui veulent répandre l’islam », répond Amadou Sawadogo, le porte-parole du groupe des déplacés de Pobé-Mengao.

Adama Sawadogo, responsable des déplacés de Pobè-Mingao

Que voulaient-ils ? « Instaurer la charia par la force », ajoute Ousmane Confé, 54 ans. « Ils ont dit qu’ils voulaient instaurer la vraie religion. Mais ils ont ouvert le feu à leur deuxième visite. Il y a eu des morts, des pillages, des incendies, des pleurs et des fuites », explique le porte-parole, Amadou Sawadogo. C’est cette situation qui a contraint Fatimata et ses parents à trouver « refuge » dans le quartier Rimkiéta de Ouagadougou.

Amidou ne va pas non plus à l’école

De la province du Soum à la capitale Ouagadougou, le parcours de Fatimata et des siens a été ponctué d’épreuves. Ses parents ont tout perdu, même l’espoir. Et Fatimata, elle, risque de ne pas aller à l’école. Une situation indépendante de sa volonté. Sa nouvelle vie a été tracée par les hommes armés et les tensions qui ont touché sa localité. Bien qu’elle n’ait jamais rêvé de Ouagadougou, elle subit aujourd’hui les vicissitudes de la capitale burkinabè, loin de son Pobé-Mengao, parce que son village a reçu une visite inattendue d’hommes indésirables : des terroristes. Tout comme la plupart des villages des provinces de la région du Nord et du sahel.

une déplacée qui lave les habits pour survivre

La situation de Fatimata Ngouéba est préoccupante. En effet, pour cette petite fille, tout semble perdu : la joie de l’enfance, l’innocence et la naïveté due à son âge. Et même qu’elle risque de perdre son avenir si les choses restent intactes. Tout simplement parce que ses parents, des déplacés venus de Pobé-Mengao, du fait des attaques terroristes, ont refusé de se rendre dans les camps d’accueil aménagés pour les déplacés, et où des écoles sont prévues pour leurs enfants.

Assa Ngouéba, une fillette qui ne va pas l’école, elle a 6 ans

Mais Fatimata Ngouéba n’est pas la seule dans cette situation. Sur le site d’accueil, plusieurs autres enfants de son âge, passent leurs journées, assis aux côtés de leurs parents, les regards évasifs et les corps amaigris, attendant d’être « casés » dans une école à proximité de leur site d’hébergement. Qu’en sera-t-il ? Difficile de répondre.

Une chose est certaine, Jérôme Zida, le responsable local de l’Organisation catholique pour le développement et la solidarité (OCADES), chargé d’appui aux déplacés internes, que nous avons trouvé sur place, appelle à l’aide et à la solidarité au profit de ces enfants déplacés, afin que leur avenir ne soit pas compromis. Et le père Jean-Hyppolite Bouda, vicaire de la paroisse de Bissighin et aumônier local de l’OCADES, de faire constater que ce sont « nos enfants en pleurs ». Alors, vivement une bouée de sauvetage !

Père Jean-Hippolyte Bouda, aumônier de l’OCADES

Lefaso.net

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