Déplacés de l’arrondissement 9 : «Seul le type d’arme qui nous a contraint de fuir pourra nous faire partir de Ouagadougou»

Les tractations entre gouvernement et déplacés des communes de Tongomayel et d’Arbinda en vue de leur éventuel redéploiement dans les camps des déplacés de Foubé et de Barsalgho se poursuivent. Méfiants, anxieux et un peu dépaysés, ces déplacés qui acceptent témoigner devant notre micro dans l’anonymat disent craindre des mesures de représailles d’individus armés, si leurs identités venaient a être dévoilées. Nous avons passé des jours avec eux pour comprendre leur vécu ainsi que les détails importants qui ont concouru à leur arrivée à Ouagadougou, alors qu’ils pouvaient rester dans les provinces du Soum et du Bam.

«Nous n’avons jamais imaginé fuir ainsi. Nous n’avions ni faim, ni soif quand nous étions à Tongomayel. Le barrage de Sergossoma nous procurait assez de légumes et de fruits pour vivre heureux. Si nous avons fui avec nos femmes et nos enfants, c’est parce nos vies y étaient menacées » affirme un vieil homme que nous avons rencontré sur l’un des sites. Assis sur sa natte à l’ombre d’un arbre, celui-ci nous explique les motifs de leur départ et les raisons qui les ont amenés à Ouagadougou plutôt que dans les camps des déplacés de Djibo et de Kongoussi.

La situation sécuritaire de la zone s’est empirée depuis plus d’un an. « Fréquemment, nous voyons des hommes armés et enturbannés passer dans nos villages sur leurs engins. Ces gens viennent, ils tuent des villageois et même des soldats. Ils volent aussi notre bétail. Les forces de défense et de sécurité font parfois des patrouilles dans la zone mais, elles ne sont pas basées dans notre village, à Silgadji. Ce qui augmente notre peur et notre inquiétude» s’alarme un autre déplacé qui était sur place.

La goutte d’eau qui déborda le vase s’est produite le soir de l’Aïd El Fitr

Dans le village de Botogui situé dans la commune de Tongomayel, des individus armés abattent froidement treize personnes, tous membres d’une même famille de la localité. C’était le mardi 4 juin 2019. Cette situation contraint les villageois à mettre en exécution ce qui se marmonnait depuis bientôt un an : fuir vers d’autres contrées moins exposées à l’insécurité. Cela d’autant plus que le chef coutumier de Tongomayel s’était déjà réfugié à Ouahigouya depuis plusieurs mois. Fuir vers d’autres zones où il y a un minimum de sécurité était l’option arrêtée par les villageois. C’est alors que les villages se vidèrent de leurs habitants au fil des jours et ce, depuis le début de ce mois de juin. Il est à noter cependant que le phénomène des déplacements des populations pour des raisons sécuritaires dans le sahel burkinabè a débuté depuis 2017. Certains villageois sont partis se réfugier à Djibo et à Kongoussi. Le groupe présent actuellement à l’arrondissement 9 va alors se concerter avec des membres des différentes familles des villages résidents déjà à Ouagadougou pour trouver un moyen de quitter ces zones qui sont désormais devenus des «no man’s land».

Location des moyens de transport et du lieu d’hébergement

Après avoir passé quelques coups de fil avec des membres de leurs familles résidents à Ouagadougou, ils arrivent tous ensemble à asseoir un plan. Ils réussissent d’abord à louer deux camions au prix de 400 mille FCFA. Il restait alors à trouver un site d’accueil. Profitant d’un large carnet d’adresse au regard du nombre de personnes impliquées, l’arrondissement 9 de la commune de Ouagadougou dans lequel résidaient déjà certains ressortissants de la localité est choisi comme site d’accueil. Sur place, ils y louent des écoles privées en raison de 10 mille FCFA par classe et par mois selon ce qu’ils nous ont dit. Mais, joint au téléphone, les responsables de l’école affirment qu’ils ont juste donné les clés sans autre forme de modalité.

«Nous sommes venus directement à Ouagadougou, parce que, c’est l’endroit le plus sécurisé au Burkina Faso » affirme un déplacé

La première raison qui a été avancée par une famille sur place est que celle-ci, est originaire du quartier Gounghin de Ouagadougou. Un septuagénaire qui s’est confié à nous affirme être de retour dans sa terre natale.«Je suis allé à Silgadji pour cultiver et j’y ai élu domicile, maintenant que là-bas, ma vie est menacée, je reviens chez moi à Gounghin» a-t-il expliqué. Mais quand ont lui demande pourquoi il ne rentre pas à Gounghin dans le domicile familial, il répond que c’est compliqué parce qu’il n’y a pas de logement là-bas pour accueillir toute sa famille.

Une autre famille affirme être de la province du Kourwéogo située dans la région du Plateau-Central. « Ce sont des histoires de famille qui ont entraîné la division qui nous a conduit à Tongomayel, sinon, nous sommes de Boussé», lance un déplacé. Pour ce groupe, Ouagadougou n’est peut-être pas la destination finale.

Certains par contre, les plus nombreux ont préféré venir à Ouagadougou car, ils pensent que c’est l’endroit le plus sécurisé au Burkina Faso. « A Djibo et à Kongoussi il y a eu des attaques et ces zones ne sont pas sécurisées. Je ne vais pas rester là-bas pour devoir fuir à nouveau. J’ai une épouse et des enfants, mêmes s’ils n’ont pas pu étudier cette année, je veux qu’ils soient en sécurité », argumente un déplacé, la cinquantaine révolue aux allures d’un mari aimant et d’un père soucieux de l’avenir de ses enfants.

«Repartir à 30 km d’où nous étions, c’est signer notre arrêt de mort», affirme un déplacé

Le gouvernement burkinabè a proposé aux déplacés il y a quelques jours de cela, de les conduire dans les camps des déplacés situés dans la région du centre nord du pays. Quelques centaines d’entre eux ont déjà rejoint ces camps depuis leur arrivée. Une autre partie des déplacés s’oppose à cette proposition du gouvernement burkinabè de les conduire à une trentaine de kilomètres d’où ils étaient. Pour eux, c’est retourner au cœur de l’insécurité.

Dans cet après-midi du dimanche 16 juin 2019, des agents des services sociaux du gouvernement burkinabè ont tenu une rencontre avec quelques représentants des déplacés. Le gouvernement tient à ce que tout le monde sur le site accepte de rejoindre les camps indiqués. Quand nous nous approchons de ces agents pour en savoir davantage, ils refusent de parler. «Laissez nous travailler tranquillement monsieur », nous lance celui que les autres agents présentent comme le chef de l’équipe.

« Seul le type d’armes qui nous a contraint de fuir nos villages, pourra nous faire partir de Ouagadougou», marmonne un représentant d’un groupe

«Repartir à 30 km d’où nous étions, c’est signer notre arrêt de mort. Des gens m’ont appelé de là-bas pour m’informer qu’ils m’ont vue à la télévision. Si je repars là-bas, ces individus armés pourraient me tuer» lance un autre, le regard hagard et les mains tremblotantes.

Aucun suivie psychologique n’est fait sur les déplacés

La peur, c’est ce qu’il y a de commun en ces déplacés. Elle est surtout observable auprès des hommes dont l’âge varie entre 25 et 50 ans. Elle peut être compréhensible comme une situation post-traumatique car, certains … Lire la suite sur Libreinfo.net

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