Démissions en cascade au MPP : Pourquoi les militants se cherchent à l’approche de la présidentielle…

Il doit se poser actuellement beaucoup de questions. Quand il y’a de cela un peu plus de 5 ans, en Janvier 2014, lui et ses camarades tournaient le dos au régime COMPAORE, alors en plein ballotement avec la contestation créée autour de la révision de la constitution pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats, Roch Marc KABORE ne s’imaginait sans doute pas qu’à l’approche de la fin de son premier mandat, qu’il aura cherché avec tant de vicissitudes, il se retrouverait dans une situation similaire, certainement bien plus fébrile que celle de son ancien patron. Alors que son régime se retrouve incorrigiblement dépigmenté avec le pourrissement accéléré de la crise sécuritaire, le Fondateur du MPP, parti au pouvoir, se voit contraint de gérer une crise encore plus pernicieuse, avec la débandade dans ses rangs, là où la solidarité de ses camarades militants lui est absolument indispensable.

Cette expérience qu’il aura fait vivre à l’hôte d’Alassane OUATTARA, il y est trempé aujourd’hui. En effet, depuis 48 heures, des responsables de sa formation politique ont commencé à déserter le navire. Après la secousse provoquée par le départ de Jean-Baptiste OUEDRAOGO, Membre du Haut Conseil du parti, les lettres de démission de Kaboré Adama, Belembaogo fidèle, OUEDRAOGO Pengwende et Sanfo Sayouba ont assailli le bureau de Simon COMPAORE, Président par intérim du MPP, impuissant face à une saignée qui pourrait s’accentuer dans les temps à venir.

Ont-ils vu, avant l’heure, le naufrage venir ? Veulent-t-il se démarquer d’une ligne politique suicidaire qui menace de précipiter le pays dans le gouffre ? Si, aucun motif précis n’a été officiellement annoncé jusqu’à cette heure pour justifier ces démissions en cascade, la gestion du clan KABORE pourrait bien expliquer ce sentiment de méfiance qui semble s’emparer du parti présidentiel à l’approche du scrutin de 2020. En dépit de l’ampleur incontrôlable que prend la crise sécuritaire avec son lot de déplacés et de tués, le régime en place à Ouagadougou tâtonne toujours en matière de stratégie militaire pour balayer, sinon, tout au moins, contenir la progression des bandes armés. Aucune lisibilité ne se dégage des décisions prises par le pouvoir, qui, visiblement, submergé par la fulgurance des événements, semble s’être résigné à se réfugier sous l’aile du G5 Sahel, dans l’incapacité de tenir son serment de défense de l’intégrité du territoire national. Pendant que le décompte des morts, surtout dans les rangs des Forces de Défense et de Sécurité, FDS, ne fait qu’augmenter, des régions entières sont dévorées par les avancées irrémédiables des groupes djihadistes, causant l’exode forcé de plus de 500.000 Burkinabè à l’intérieur de leur pays, des chiffres qui devraient exploser dans moins d’un mois, selon les aveux de la Ministre de Laurence ILBOUDO, qui prévoit une estimation d’au moins 800.000 personnes avant la fin de l’année. Economiquement, le régime continue de balbutier. Avec un PIB par habitant estimé à 744 dollars/an soit un peu plus de 440.000 FCFA, le Burkina se classait selon les institutions financières internationales, au 14ème rang des pays les plus pauvres du monde en 2019. Une prouesse qui dénote de la précarité des programmes de développement initiés par le Gouvernement qui s’appuie essentiellement sur la poursuite de chantiers engagés par le régime précédent, pour stabiliser la croissance qui devrait cependant redescendre à 5.9% après des années de relative stabilité oscillant entre 6 et 8 %. Le caractère inquiétant de tous ces indicateurs a sans doute mise à l’épreuve la cohésion au sein du parti, dont certains cadres pourraient nourrir cette frustration de ne pas être écouté.  Aujourd’hui, l’enjeu central demeure le maintien du pouvoir en Octobre 2020.

Pour beaucoup au Burkina Faso, cette aventure se présente à hauts risques pour Roch et les siens qui au bout de 4 ans de gouvernance, ont déjà suffisamment étalé leurs limites. Et la spirale n’est pas prête de s’arrêter puisque de plus en plus de voix s’élèvent de tous bords pour réclamer la démission pure et simple de l’actuel Chef d’état. L’histoire va-t-elle se répéter ? Le feuilleton ne fait que commencer et ils sont au moins 20 millions, ces Burkinabè qui attendent impatiemment la suite.

Netafrique.net

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