Défense du Gal Diendéré : Une prolongation devant la presse !

Après leurs plaidoiries au tribunal militaire, des avocats du Général Gilbert Diendéré ont joué les prolongations en animant une conférence de presse ce 8 août 2019 à Ouagadougou. Une fois de plus, les conseils du principal accusé dans le coup d’Etat ont dit tout le mal qu’ils pensaient de l’instruction du dossier et réaffirmé la nécessité de la justice burkinabè de ne dire que le Droit en se basant uniquement sur ce que leurs protégés a fait.

Au lendemain de la fin de leurs plaidoiries au tribunal militaire, des avocats du Général Gilbert Diendéré ont trouvé la nécessité de s’adresser à la presse. Pour les observateurs qui suivent au quotidien l’actualité du côté du procès du putsch, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Me Jean Yaovi Dégli a répété ce qu’il a dit à la barre lors de sa plaidoirie.

« Dans le procès du Général Diendéré, en dehors du caractère public du procès, de la possibilité qui lui a été donnée d’être entendue par la juridiction de jugement, la plupart des principes élémentaires d’une justice équitable ont été littéralement violés », a réitéré l’avocat togolais. Selon lui, sur le plan des preuves qui doivent soutenir les accusations contre l’accusé, le parquet militaire n’a pas réussi à prouver la culpabilité de son client.

Aussi, sur le crime d’attentat à la sûreté de l’Etat, l’avocat note que pour que cette infraction soit établie, il aurait fallu qu’au préalable, il soit prouvé un complot dont l’exécution ou le commencement d’exécution constitue le crime d’attentat à la sûreté de l’Etat. Pour les autres chefs d’accusation, « le parquet militaire n’a pas été capable de rapporter des preuves qui peuvent convaincre au-delà de tout doute raisonnable que le Général Diendéré aurait commis les crimes en question », a ajouté Me Dégli.

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Pourtant, c’était possible de mener une enquête plus pointue pour connaitre par exemple de quels fusils sont partis les balles qui ont tué des manifestants, soutient le conseil. « Le juge d’instruction et le parquet militaire ne feront aucun effort pour mettre un visage clair sur ces divers crimes alors même que les moyens de l’Etat permettent de connaître avec exactitude quel militaire a fait quoi si tant est que ces crimes sont commis par des membres du RSP ».

Alors l’auxiliaire de justice se pose des questions sur les raisons qui ont amené les services judiciaires à refuser de faire ce travail. Négligence ? Paresse ? Volonté de cacher la vérité ? Désir d’assouvir une haine ou un règlement de compte ? s’interroge Me Dégli.

Toutefois, il reconnait que son client a assumé la vacance du pouvoir. Pas parce qu’il lorgnait le fauteuil présidentiel. « Pour éviter le chaos qui se profilait à l’horizon pour le Burkina Faso si les événements avaient été laissés entre les mains des jeunes sous-officiers et soldats du RSP, qui dans leur colère et décidés à aller au bout, semblaient ne vouloir rien lâcher », se convainc l’animateur de la conférence de presse avant d’ajouter que « peut-être qu’il aurait dû refuser de prendre le pouvoir en ce moment ».

Une défense gratuite ?

Pour celui qui confie qu’il défend gratuitement le Gal Gilbert Diendéré, l’Etat de droit que les burkinabè ont voulu en chassant Blaise Compaoré en l’empêchant de faire un troisième mandat, est encore un mirage et le procès du coup d’Etat est en est l’illustration. Les règles d’une justice compétente, indépendante, impartiale et équitable telles que l’exige l’Etat de droit que veut désormais le Burkina Faso sont bafouées. Avec force, il demande que l’on juge son client sur ce qu’il a fait et non sur des suppositions.

En plus, foi de Me Dégli, le Gal a certes commis des erreurs comme tout homme, mais il faut retenir tout le bien qu’il a fait pour le Burkina et la sous-région. « Quand on dit que Gilbert Diendéré a sauvé la sous-région ouest-africaine du djihadisme pendant des années, ce n’est pas lui qu’on applaudit, c’est le Burkina qu’on a applaudi ». En tout cas pour lui, le Gal n’est pas la source de tous les maux du Burkina Faso et il ne saurait être la brebis expiatoire. Il faut une justice qui favorise l’Etat de droit, la réconciliation nationale, suggère-t-il.

Un autre avocat du Général Gilbert Diendéré a abondé dans le même sens que son confrère. Me Paul Kéré se dit qu’au regard de tous les manquements constatés dans la procédure, son client doit être acquitté.

Mais Me Dégli craint que les juges qui ont déjà condamné dans d’autres portions du coup d’Etat manqué, notamment dans l’affaire de l’attaque de la poudrière de Yimdi, cherchent à « confirmer dans ce procès leur jurisprudence même si celle-ci est fondée sur des erreurs ».
Lefaso.net

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