Décès d’Hamed Bakoyoko : Allasane pleure la mort de son deuxième « fils » huit mois après celle du premier

Pour les africains, il n’y a pas de mort naturelle, et surtout pas chez les puissants qu’ils supposent avoir bu l’antidote de la mort. La maladie et la mort d’un premier ministre est une chose à laquelle les populations africaines ne sont pas encore habituées. Et quand le malheur frappe deux fois, les têtes raisonnables se font rares sur les réseaux sociaux où certains y vont à cœur joie pour abattre l’adversaire politique.

Heureusement la Côte d’Ivoire reste digne dans son malheur et pleure sincèrement Hamed Bakayoko qui, à la différence du technocrate Gon Coulibaly, est un self made man qui s’est construit par le travail et les relations humaines, en gardant ses racines d’enfant du peuple.

Hamed Bakayoko, premier ministre et ministre de la défense de Côte d’Ivoire, est décédé le 10 mars 2021 à Fribourg en Allemagne. Évacué en France depuis le mois de février, il a été transféré en Allemagne le 6 mars alors que la rumeur folle de son décès avait envahi les réseaux sociaux. C’est un coup dur pour le pays qui perd en moins d’un an deux de ses grands serviteurs de l’État.

L’expression « la Côte d’Ivoire pleure » n’est pas de la langue de bois, car le premier ministre défunt était populaire dans la classe politique qui, toutes tendances confondues, lui a rendu hommage, dans le monde de la presse et du show business dont il vient (ancien patron du journal Patriote et de radio Nostalgie). De même que chez les « chinois » comme désignait la jeunesse pauvre, créative et urbaine d’Abidjan, la star du coupé-décalé, D.J. Arafat qui va accueillir au ciel le premier ministre qui était maître de cérémonie à ses obsèques.

C’est une douleur immense pour la famille biologique d’Ahmed, sa famille politique, et même au-delà car il était pressenti comme celui qui pouvait réussir la réconciliation dans le pays par ses qualités humaines d’homme de négociation, d’ouverture d’esprit et de générosité.

C’est une douleur partagée au pays des hommes intègres car Ahmed y a fait ses classes, même s’il n’en est pas reparti avec un diplôme de médecin. C’est à Ouagadougou qu’il a commencé à s’intéresser aux autres et à l’intérêt général en militant dans le Mouvement des étudiants et élèves de Côte d’Ivoire (MEECI).

HamBak parmi les hommes politiques ayant vécu au Burkina ne fait pas partie des « infréquentables », ceux de la rébellion. Il est clean de ce côté-là. Mais il a aussi son côté sombre Hambak, membre de la franc-maçonnerie dont il était le grand maître de la Grande loge de Côte d’Ivoire.

Cette autre disparition qui vient huit mois après celle de Gon Coulibaly, fragilise le président Allassane Dramane Ouattara, qui n’en finit pas de se trouver un héritier.

Les uns semblent surpris par ce cancer fulgurant en phase terminale, alors que certains seraient au courant de la maladie de l’ex patron du Patriote. Pourquoi avoir choisi un malade encore pour premier ministre ? La loyauté au président et l’appartenance au RDR semblent avoir été les seuls critères pour le choix des hommes.

Choisir un premier de réconciliation

Mais aujourd’hui, la santé doit faire partie du dispositif, car les manifestations de Séguéla sont le signe du malaise et de l’incompréhension de cette mort.

Le dilemme de Ouattara à la mort de Gon Coulibaly reste entier après avoir gagné une élection présidentielle meurtrière avec plus de 80 morts ; il est toujours à la recherche de son dauphin. Patrice Achi est désigné intérimaire du premier ministre. La question qui trotte dans toutes les têtes est pourvu qu’il soit en bonne santé celui-là. Et la subsidiaire est que le président ivoirien renonce à se chercher un héritier.

Mais l’arrivée de son frère cadet, Téné Birahima Ouattara dit « Photocopie », au portefeuille de la défense n’indique pas qu’il est résolu à quitter le pouvoir sans le céder à un des siens. Ce n’est vraiment pas la voie qu’il doit emprunter, après des élections législatives apaisées. Il devrait rechercher les voies de la réconciliation en nommant un premier ministre de réconciliation. La Côte d’Ivoire en a besoin et la paix en Côte d’Ivoire est un gage de sécurité pour ses voisins du Sahel.

Sana Guy

Lefaso.net

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