Crise humanitaire au Burkina Faso: Les déplacés de guerre comprennent mieux le sens du mot » réconciliation » face à la démission de l’état

Regardez les! Regardez cette déferlante humaine contrainte de fuir leurs différentes régions du fait de la résurgence des attaques armées dans les régions du Nord, du Sahel et du Centre-Nord. Plus de 136.000 Burkinabè, réfugiés dans leur propre pays…Et ces chiffres qui émanent du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), ne concernent en rien le drame de l’année dernière où les violences avaient àlors précipité des milliers de familles entières sur le chemin de l’exode.

C’était donc cela qu’on recherchait, en annonçant, tambour battant, la neutralisation de centaines de terroristes présumés ? Le pire dans tout ça, c’est que chaque jour en rajoute aux attaques contre les Forces de Défense et les populations. Le changement de fusil d’épaule dans la gestion de la crise sécuritaire par le Chef de l’État, Roch Marc Christian KABORE n’aura aucunement contribué à stabiliser la situation. Bien au contraire, les choses vont de mal en pire. Les violences inter-communautaires s’ajoutant aux attaques djihadistes, les attaques djihadistes attisant les clivages sociaux entre les burkinabè.

À l’évidence, le burkinabè des zones affectées par les violences n’évolue pas du tout dans le même univers que le burkinabè de Ouagadougou. Dans la capitale, au moment où beaucoup s’emballent dans des commentaires vindicatifs, les déplacés de guerre, eux comprennent mieux que quiconque le sens de la réconciliation. Toujours selon l’OCHA, plus de 676 000 personnes font face à une insécurité alimentaire chronique, dont 587 000 enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë sévère. Même dans les zones où les risques sont les moins élevés, 954 écoles restent fermées,  »privant 119 000 enfants d’éducation » et ce dans six régions du pays.

L’armée n’étant plus en mesure d’assumer son rôle régalien de protection des populations dans certaines parties du territoire, l’État à préféré se servir du rasoir d’Ocam : livrer tout simplement les populations à leurs sorts ou entre les mains des milices tribales. C’est triste ! Et sans vouloir donner dans le fatalisme, le Burkina Faso fait pitié! Quand on sait que le rapport fourni par l’OCHA et qui nous apprend par ailleurs que 250.000 citoyens n’ont plus accès aux soins médicaux en raison de l’insécurité grandissante, est d’une crédibilité formelle, au vu de l’évolution macabre de l’actualité, on ne peut que se demander si le Faso n’est pas déjà partitionné.

C’est avec ce handicap que le pouvoir en place entend organiser les élections en 2020. Dans ce contexte de sinistre généralisé, où la réalité de l’échec commence à empester un peu trop, la question de l’imposition d’un plan Marshall au Burkina Faso se pose de façon troublante. Qu’est-ce qu’il faut encore pour que le réalisme triomphe sur l’extrémisme ? Pourvu qu’on ne soit pas condamné à assister au pire…

Raoul MOBIO, Netafrique.net

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