Crise diplomatique entre Washington et Paris au sujet des sous-marins australiens

Canberra a rompu le « contrat du siècle » avec le français Naval Group, au profit de technologies nucléaires américaines et britanniques. Jeudi, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a évoqué un « coup dans le dos » de la part de l’Australie.

« Aukus » est un acronyme abscons, mais ses implications paraissent déjà considérables. Souhaitant resserrer leurs liens face à la Chine dans la zone Indo-Pacifique, les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni ont annoncé, mercredi 15 septembre, un partenariat stratégique inédit. « Un pas historique », selon Joe Biden. Sa première traduction devrait permettre à l’Australie d’accomplir un énorme saut technologique et militaire, avec la construction de sous-marins à propulsion nucléaire. Un saut qui implique un rare partage de technologie américain, mais aussi un abandon très amer pour la France : celui des douze sous-marins à propulsion classique, qu’elle devait livrer dans le cadre d’un accord intergouvernemental et d’un contrat industriel scellés en 2019 pour cinquante ans.

Selon nos informations, la France n’avait pas été officiellement alertée avant les premiers articles de presse parus mercredi 15 septembre, puis l’annonce de la décision, en fin d’après-midi, lors d’une vidéoconférence réunissant Joe Biden, le premier ministre australien, Scott Morrison, et son homologue britannique, Boris Johnson. Le dirigeant australien n’a même pas mentionné la France dans son discours. Plus tard, devant la presse, il a évoqué « non pas un changement d’avis, mais un changement de besoin ». L’offre américaine aurait été impossible à rejeter, a-t-il dit, reconnaissant, « évidemment, une décision très difficile et décevante pour la France ».

Lors de la présentation à la Maison Blanche, Joe Biden, lui, s’est contenté d’une référence symbolique, qui ne dit rien de la crise diplomatique se dessinant entre Washington et Paris. La France « a une présence importante dans l’Indo-Pacifique, et il s’agit d’un partenaire et d’un allié-clé », a dit le président américain. Cette amabilité ne pèse guère au vu du revirement australien, sous pression probable des Etats-Unis, selon Paris, et ce alors que devait justement être finalisée, ce mois-ci, une nouvelle étape importante du contrat de Naval Group (ex-DCNS) avec Canberra concernant le basic design des sous-marins.

Coup de canif

Jeudi, sur France Info, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a évoqué un « coup dans le dos » de la part de l’Australie. Dans un communiqué, au ton cinglant, publié dans la nuit, il avait dénoncé, avec la ministre des armées, Florence Parly, une « décision contraire à la lettre et à l’esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l’Australie ». Mais le passage qui retient le plus l’attention met directement en cause la loyauté de Washington. « Le choix américain, qui conduit à écarter un allié et un partenaire européen comme la France, d’un partenariat structurant avec l’Australie, au moment où nous faisons face à des défis sans précédent dans la région Indo-Pacifique, que ce soit sur nos valeurs ou sur le respect d’un multilatéralisme fondé sur la règle de droit, marque une absence de cohérence que la France ne peut que constater et regretter », dit le communiqué.

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