Crise au ministère de la Santé : Des syndicats demandent l’application diligente de la Fonction publique hospitalière

Le Syndicat des médecins du Burkina(SYMEB), celui des sages-femmes, maïeuticiens et accoucheuses (SYSFMAB) et celui des infirmier (ères) et agents itinérants de santé (SAIB) ont animé conjointement une conférence de presse vendredi 20 septembre 2019. A l’ordre du jour, l’inapplication de la Fonction publique hospitalière, la problématique des carrières et la question de l’équipement des formations sanitaires.

Cela fait maintenant plusieurs mois que dure la crise au ministère de la Santé. Crise qui selon l’ensemble des syndicats ayant animé la conférence de presse, est due à la non application de la Fonction publique hospitalière (FPH). Ce manque de diligence dans l’application de la loi sur la FPH se caractérise particulièrement par la lenteur dans l’opérationnalisation de l’Agence de gestion des soins primaires qui regroupe 60% des ressources humaines du secteur de la santé et est une « structure capitale, stratégique pour reformer les soins au niveau périphérique.

Des soins qui sont du reste obsolètes. », a laissé entendre Dr Alfred Ouédraogo, secrétaire général du SYMEB. Et Dr Ouédraogo d’ajouter que « malheureusement et nous le disons, si ce n’est pas opérationnalisé, nous assisterons à des blocages et nous prenons l’opinion à témoin. Il y a des éléments qu’on ne peut pas contourner. On n’a pas le choix que d’opérationnaliser l’Agence de gestion des soins primaires. » Selon le secrétaire général du SYMEB, seulement 4% des ressources humaines de la santé possède des actes attachés à la FPH. C’est pourquoi il exige que le ministère les rassure qu’il n’y a pas de velléités de remise en cause de la FPH.

Dr Alfred Ouédraogo, SG SYMEB

Des discriminations dans la gestion des carrières

Selon Pascal Ouédraogo, secrétaire général du Syndicat autonome des infirmier(ères) et agents itinérants de santé du Burkina (SAIB), la crise au ministère de la Santé est aussi en partie due à la question des carrières. Selon M. Ouédraogo, les infirmiers et sages-femmes sont brimés et victimes de discrimination dans leur carrière. « Les agents de tous les secteurs ministériels de catégorie B1 font un concours professionnel, deux ans de formation et sont reclassés en A1. L’infirmier d’Etat et la sage-femme d’Etat recrutés avec le niveau BEPC et le niveau de la classe de terminale et formés trois ans sont reclassés aussi en B1 à leur sortie. Mais dans son plan de carrière, ils font l’objet d’un traitement discriminatoire. L’infirmier et la sage-femme catégorie B1 font un concours professionnel comme les autres agents de la fonction publique, deux années de formation assorties d’une soutenance de mémoire et sont reclassés simplement en A2 au lieu de A1. Vous voyez que la discrimination est nette. », se désole M. Ouédraogo.

C’est pourquoi, affirme-t-il, face à cette injustice, les infirmiers et les sages-femmes ne demandent pas un traitement extraordinaire, mais souhaitent seulement être traités comme les autres fonctionnaires dans leur plan de carrière.

Tout comme M. Ouédraogo, SG du SAIB, Mme Kabré du Syndicat des sages-femmes, maïeuticiens et accoucheuses du Burkina (SYSFMAB) estime que la crise au ministère de la Santé est surtout exacerbée par les problèmes de carrières que vivent les attachés de santé. « De par le passé, l’attaché de santé surtout en chirurgie et en anesthésie faisait le travail dans les coins les plus reculés. Quand il y a des malades qui nécessitent une intervention obstétricale ou médicale, ces agents faisaient le travail sans problème. Mais vu le fait qu’ils devaient être classés à un niveau supérieur et que le gouvernement refuse de le faire, ils ont décidé aussi de ne plus faire le travail pour lequel ils devaient être reclassés. Du coup, les malades souffrent et depuis trois mois, vous avez des évacuations vers les grandes villes Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Et donc les blocs opératoires sont hyper occupés, les gens ne peuvent plus faire convenablement leur travail et par ricochet, c’est la population qui paie les pots cassés. », explique Mme Kabré.

Sur ce point encore, les conférenciers du jour sont convaincus que la mise en œuvre de la fonction publique hospitalière doit permettre de trouver des solutions à ces disparités et harmoniser les différentes situations.

« Avec du matériel amorti et vétuste, on ne peut offrir des soins de qualité »

Outre l’application de la fonction publique hospitalière et la question des carrières, les conférenciers du jour ont également dénoncé les conditions de travail dans les formations sanitaires.

Sur la question de l’équipement, Mme Honorine Kabré du SYSFMAB indique que dans les formations sanitaires, les équipements sont amortis et vétustes, de telle sorte que les agents de santé ne peuvent être efficaces. C’est pourquoi au-delà la dénonciation de la crise qui perdure au ministère de la Santé, elle lance un cri du cœur au gouvernement pour l’équipement des formations sanitaires, car selon elle, malgré toute la bonne volonté des agents de santé, sans l’équipement et le matériel requis, ils ne peuvent offrir des soins de qualité aux populations.
En attendant donc la reprise du dialogue avec le ministère de la Santé et la satisfaction de leur plateforme revendicative, ce groupe de syndicats continue sa « grève minimale » qui consiste à ne pratiquer que les actes urgents dans les formations sanitaires et à suspendre les activités programmées.

Lefaso.net

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