Crise à La Poste Burkina : « Il y a des gens qui ont des agendas cachés », Oumarou Ouédraogo, secrétaire général de La Poste

Suite au mouvement d’humeur organisé par le Syndicat des travailleurs de la poste Burkina (Syntrapost) le lundi 14 octobre 2019, pour exprimer son mécontentement après la décision de la direction générale relevant le chef d’agence de Gourcy, nous avons rencontré le secrétaire général de La Poste Burkina, Oumarou Ouédraogo, après le secrétaire général Gilbert Goh du SYNTRAPOST, pour avoir sa version des faits. Il est revenu également sur les raisons qui font perdurer la crise.

Lefaso.net : Le Syntrapost vous reproche d’avoir remplacé le chef d’agence de Gourcy qui respectait le mot d’ordre de grève de son syndicat, et d’avoir nommé son adjoint, malgré le refus de ce dernier ; et ensuite, par une décision administrative, d’avoir imposé un 3e comme directeur de cette agence. Ce qui a conduit le Syntrapost à observer un sit-in le lundi 14 octobre. Quelle est votre version des faits ?

Oumarou Ouédraogo : Je remercie Lefaso.net de nous donner la parole pour éclairer l’opinion publique sur le mouvement d’humeur que le Syntrapost a organisé le lundi 14 octobre 2019. Les jours qui ont précédé le sit-in, il est apparu dans la presse des informations faisant état d’une difficulté survenue à l’agence de Gourcy. Effectivement, suite au contrôle de routine que l’inspection fait chaque année sur les agences dans le cadre de la garantie de la bonne gestion des fonds publics, une équipe de l’inspection s’est retrouvée à Gourcy et a voulu inspecter, comme elle le fait ailleurs. Il se trouve qu’elle a eu une opposition du chef d’agence.

Ce dernier n’a pas voulu se plier à cette inspection, au motif qu’il suivait un mot d’ordre de grève. Je tiens à rappeler qu’il ne s’agit pas d’un mot d’ordre de grève, car si tel était le cas, l’opinion publique aurait été avertie et le ressentirait même dans nos agences et nos prestations. Il s’agit d’un mot d’ordre de désobéissance aux activités et instructions de la direction générale qui avait été donnée par le syndicat à laquelle, dans l’application, il y avait une diversité d’interprétations du personnel. C’est dans ce cadre que l’agent a invoqué ce mot d’ordre de désobéissance pour ne pas accepter l’inspection.

Mais en pareille circonstance, l’équipe d’inspection, qui est le service assermenté de La Poste pour s’assurer de la bonne gestion des fonds publics, applique les textes en vigueur et a jugé, en fonction des éléments sur place et de la gravité de la situation, qu’il était bon, face au refus du chef d’agence, de nommer immédiatement quelqu’un pour faire l’inspection. Le choix d’un nouveau chef répondait uniquement à ce souci, car l’équipe ne tenait pas à revenir à Ouagadougou dans cette situation de flou de refus, parce qu’on ne sait pas ce qui cache ce refus. Est-ce qu’il n’y a pas de dégâts commis ? Qu’adviendra-t-il si l’équipe revenait à Ouagadougou sans inspecter et que, par la suite, il se trouvait qu’il y avait des problèmes de gestion dans l’agence ?

C’est à cause de ces questionnements que l’équipe d’inspection a nommé un intérimaire qui était un agent même de l’agence. Compte tenu, à mon avis, du fait que l’agent a été pris sur place, parce que c’était des mesures d’urgence, l’agent qui s’est retrouvé devant le fait accompli, la direction a estimé que c’est pour cela que l’agent n’a pas voulu immédiatement prendre la place, n’étant pas préparé à la fonction. Je précise que c’est une disposition qui est appliquée ailleurs et qui a toujours été appliquée et que ceux qui contestent cette procédure savent très bien.

Ce n’est pas la première fois que l’inspection qui arrive pour inspecter une agence trouve qu’il y a une difficulté, décharge immédiatement le chef d’agence et charge quelqu’un d’autre pour pouvoir faire le travail. C’est une mesure de routine qui s’applique et dont le syndicat est au courant. Alors, la direction a été étonnée de voir qu’on parle d’acharnement, ce qui n’est pas le cas. Parmi les membres du syndicat, certains ont eu à vivre ce genre de situation dans leur carrière, où ils ont été pris pour remplacer des chefs d’agence en urgence pour sauver des situations.

Donc, face aux inquiétudes soulevées par le premier agent, on a changé d’option. La direction a décidé de ne pas nommer un intérimaire, mais de remplacer carrément le chef d’agence en nommant quelqu’un définitivement. La deuxième nomination était maintenant une nomination définitive d’un nouveau chef d’agence, ce qui change l’orientation de la mission qui n’est plus une mission d’inspection, mais une mission d’installation d’un nouveau chef d’agence en lieu et place de l’ancien déchargé.

Au lieu que les gens fassent des suspicions ou des préjugés, la direction aurait souhaité que le Syntrapost approche la direction générale pour comprendre quelles étaient les démarches, les contraintes qui ont amené à prendre ces décisions. Il aurait eu toutes les informations et il aurait été rassuré par rapport à ce qui s’est passé.

Au-delà de cette préoccupation, le syndicat reproche à l’actuel directeur général d’être en mission commandée pour mettre en faillite La Poste Burkina. Qu’avez-vous à répondre à cette question ?

Je dois d’abord regretter de tels propos et faire remarquer que ceux qui ont pris la décision de nommer le directeur général de La Poste avaient tous les éléments pour prendre cette décision. Vu le contexte de La Poste, vu les besoins de dynamisation du secteur postal, c’était le cheval qu’il fallait pour venir redresser un certain nombre de choses. Donc dire cela, c’est contester la clairvoyance de ceux qui ont nommé le directeur général.

Moi qui ai actuellement la chance de servir à ses côtés, je peux dire que les autorités ont bien vu. Vous avez tous constaté, depuis son arrivée, que beaucoup de projets ont émergé, car La Poste ne peut pas vivre sans une mutation, elle ne peut plus rester dans ses missions traditionnelles, ni rester dans son contexte, ses analyses et son comportement d’antan.

Depuis son arrivée, nous avons constaté l’innovation, la diversification des produits avec le souci de présenter la poste autrement. Pour cela, il se bat. Mais vous savez, les uns et les autres étaient déjà installés dans des habitudes, des pratiques au niveau de La Poste qui épousent certaines mauvaises pratiques de l’administration qui font que les gens voient mal les changements d’envergure. Par exemple, dès l’arrivée du directeur général, avant de pouvoir composer son équipe, il a fait un audit sur l’entreprise et la compétence des cadres supérieurs, pour mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.

Donc, on a vu, dans le déroulement de la crise, que parmi les événements et les problèmes qui reviennent et qui ont sous-tendu la crise, il ressortait couramment que certaines personnes, qui ont perdu leurs avantages à la suite des audits de compétences, n’ont pas vu cela d’un bon œil et ont travaillé dans l’ombre pour saper l’ambiance. Je trouve que venant de cadres supérieurs, c’est un peu regrettable. Les postes de nomination sont des postes de confiance et le directeur qui là, qui n’est pas un postier et qui est venu d’ailleurs pour nous aider à avancer, doit être soutenu ; nous devons lui faire confiance.

Il n’a aucun intérêt à venir faire crouler La Poste. Encore que ceux qui l’ont nommé ont vu en lui quelqu’un qui peut redresser la maison et lui ont donné des missions qu’il est venu pour accomplir. C’est vrai, venant du privé où la rigueur et les pratiques sont difficiles, les approches au début ont été mal vues. Il est venu avec la volonté d’avancer et de transformer les choses. A travers la réduction des charges, de certaines dépenses, les gens ont estimé qu’ils perdaient des acquis ou des avantages. Mais c’était dans le sens, pour le directeur, de maîtriser les charges et de permettre à La Poste de faire face aux dépenses.

Et c’est en cela que nous avons compris toutes les premières mesures qui ont été édictées pour contenir un certain nombre de choses. Parallèlement à cela, il y a de nouveaux projets qui sont créés de sorte à augmenter le chiffre d’affaires et réussir la mutation de La Poste qui va consister à aller vers l’adoption de nouvelles technologies. En l’espace de deux ans, La Poste a en projet de lancer 11 projets pour répondre à la concurrence et aux besoins des clients. Je pense que cela doit nous assurer que le directeur général est venu pour travailler, contrairement à ce que les gens disent.

Je souhaiterais que ceux qui l’accusent fassent la preuve de leur déclaration. Jusqu’à présent, personne n’a fait la preuve d’une mauvaise gestion et si cela s’avère, qu’il le fasse sortir pour défendre leur accusation. Du reste, nous avons toujours souhaité que si les gens ne comprennent pas les choses ou les démarches qui ont été expliquées à travers des séminaires, qu’ils viennent encore pour qu’on discute face à face.

Revenant à la crise, vous avez vu la mobilisation au temps fort du mouvement. Quand vous regardez la mobilisation, il y a une prise de conscience du personnel de La Poste. Parce que les gens ont compris que le directeur actuel est un salut pour La Poste, en ce sens que les chantiers qui sont en train d’émerger feront de La Poste une entreprise sur laquelle il faut compter pour demain. Quand on voit que l’Etat est en train de se désengager d’un certain nombre de secteurs et où La Poste est obligée de compter sur elle-même, on ne peut qu’accompagner le directeur pour faire face aux futurs problèmes.

Pour dire que c’est la rupture entre les anciennes pratiques et la nouvelle manière d’apporter les choses qui fait que certaines personnes voient le directeur, non comme un sauveur, mais comme une personne qui est venue pour faire tomber l’entreprise.

Moi je retournerais même les choses, parce que, dans les pratiques, quand on regarde les différents mouvements d’humeur, on peut se demander est-ce que c’est effectivement le directeur général qui veut faire tomber la boîte. Ou c’est ceux qui sont à l’origine des mouvements qui sont entrain de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Quand on décrète des mouvements de désobéissance, des grèves et les gens ne travaillent pas, l’argent ne tombe pas du ciel ! C’est parce que nous travaillons qu’on a l’argent. Les revendications qui sont soumises à la direction n’ont pas de solutions à l’interne. Le directeur est venu pour travailler et s’il y a des gens qui ne veulent pas qu’il soit à son poste, c’est à ces gens de préparer leur dossier avec toutes les preuves possibles et d’aller voir l’autorité qui l’a nommé pour fournir les preuves comme quoi le directeur général travaille mal et l’autorité agira en conséquence.

Si on va penser à de la mauvaise gestion, on va penser plutôt le contraire, car beaucoup de charges ont diminué. Pour son premier exercice, il a fait un résultat acceptable et cela est lié aux mesures d’urgence qu’il a prises pour relancer la boîte. Je ne dis pas que tout est parfait, mais je dis que l’esprit actuel de la direction est de faire avancer l’entreprise, plutôt que la faire crouler.

Il est reproché à direction générale des dépenses superflues, notamment des arbres taillés à des coûts de millions de francs. Qu’avez-vous à dire sur cette déclaration ?

Je crois qu’on doit élever les débats et laisser certaines considérations qui n’en valent pas la peine. Nous avons été interpelés par les mêmes agents, comme quoi les arbres qui sont dans la cour représentent des dangers du point de vue de leur proximité avec les fils électriques. Nous avons connu, il y a quelques années de cela, un incendie qui a été vite circonscrit parce qu’effectivement, des branches sont tombées sur des fils.

Nous avons voulu vraiment aérer la cour et satisfaire à la demande des agents. C’est notre rôle de prévenir tout danger. C’est dans ce sens que nous avons fait couper les arbres et déraciner d’autres qui présentaient des dangers pour la maison. Si on ne le faisait pas, si une catastrophe intervenait, ce sont les mêmes personnes qui diront que nous n’avons rien fait pour prévenir le danger. Tout cela vient du refus de communication des partenaires sociaux.

Quand vous êtes dans une entreprise et que des choses se passent, la moindre des choses est d’approcher la direction générale pour avoir les bonnes informations et comprendre ce qui se passe. Les gens commencent à parler, à se plaindre dehors avant de revenir demander pour avoir la bonne information. Il faut que les gens revoient l’approche, car c’est une envie de dénigrement, de discrédit, de salir la direction générale, dans le but effectivement d’arriver à leur fin. Pourquoi on ne parle pas des bons chantiers qui sont en train de se faire et qu’on parle d’abattage d’arbres ?

Pourquoi jusqu’à présent la crise perdure ?

La crise perdure parce que nous pensons que des gens ne veulent pas qu’elle finisse tant que le directeur général n’est pas parti. C’est en cela que nous voyons tout ce qui se passe. Il y a des gens qui sont là et ont des agendas cachés. Je vous dis que les événements du 6 mai avaient été savamment préparés quand vous regardez sa méthode d’exécution qui a obligé le directeur à quitter son bureau.

Heureusement, l’autorité supérieure a gardé son sang-froid et a pris ses responsabilités, car c’était simple qu’un sit-in aboutisse à de telles dérives assez violentes. Quand nous analysons les choses, il n’y a pas quelque chose de concret qui soit reproché au directeur général. Ce sont des accusations sans preuves. Nous pensons, dans ce cas, que les gens se sont trompés de forme de lutte par rapport aux causes.

Quand vous interrogez les gens, vous ne trouvez pas une personne qui dira quelque chose d’objectif avec des preuves sur la gestion du directeur. Nous pensons que la forme de lutte appropriée face à des revendications subjectives devrait aussi avoir une autre forme. Nous pensons que la meilleure forme était de venir discuter avec nous et cela allait permettre de comprendre les vraies préoccupations et voir comment solutionner cela.

Quand alors verrons-nous une sortie de crise ?

La crise va finir, car nous croyons et avons vu la capacité d’analyse et de prise de conscience du personnel de La Poste. Comme je vous l’ai dit, quand vous regardez la mobilisation du personnel lors des temps forts de la crise et les dernières mobilisations, les postiers ont compris qu’ils sont en train de foncer vers le mur. Car certaines personnes sont en train de les entraîner dans le gouffre et que demain c’est eux qui vont pleurer avec leur avenir hypothéqué.

Le mot d’ordre de désobéissance même n’est plus suivi et il y a un paradoxe, car ceux qui ont décrété le mot d’ordre ne le respectent pas. Ils s’associent aux activités de la direction générale pour la gestion de la société et ça fait qu’on se demande à limite où se trouve la désobéissance. Quand on prend l’organisation des concours professionnels, cela a été fait avec les partenaires sociaux. Il y a des gens qui sont allés à des missions, alors qu’ils appellent à désobéir.

Il faut se demander si, au finish, on n’est pas en train de faire de la plaisanterie, est-ce qu’on ne perd pas notre temps sur des choses sans importance tout en hypothéquant l’avenir de l’entreprise. Nous pensons que les postiers eux-mêmes mettront fin à cette crise en voyant qu’ils ne gagnent rien, sinon que de faire plaisir à quelques personnes. Chaque travailleur pris individuellement a un contrat avec l’entreprise et il a le devoir de s’acquitter de ses obligations pour espérer d’avoir sa rémunération.

Nous voyons l’avenir avec espoir et optimisme, car la lutte faiblit de jour en jour, de mois en mois et c’est ensemble que nous allons redresser La Poste. On n’a pas intérêt à installer le désordre, car si une nouvelle équipe arrive aux commandes, non seulement elle ne pourra pas gérer, mais les mesures de redressement seront plus draconiennes. Le départ du directeur général va créer la méfiance et ce n’est pas sûr que son départ soit la solution de nos problèmes.

Juste Ephrem ZIO
Lefaso.net

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