Covid19 : les étudiants Burkinabè au Sénégal, sont rentrés, après des mois difficiles

Ils sont 497 étudiants burkinabè vivant au Sénégal, répartis entre plusieurs villes dont Dakar, Saint-Louis, Thiès. La ville de Dakar à elle seule comptait 427 étudiants répartis dans 16 universités. Une partie de ces étudiants est rentrée au pays après plusieurs mois difficiles. Coronavirus, oblige, les frontières fermées et les activités pédagogiques arrêtées, le retour au bercail ne s’est pas fait marchandé. David Sanon, étudiant en 7ème année de médecine, et président de la  fédération des étudiants du Burkina Faso au Sénégal (FEFAS), nous explique, alors qu’il est en quarantaine à Ouagadougou, comment les étudiants ont vécu cette période difficile à Dakar. Et surtout celles de leur retour au Burkina Faso.

IW : Comment avez vous vécu la période confinement à Dakar?

DS : La période de confinement à Dakar a été difficile.  Difficile par rapport à la restriction des mouvements, une difficulté que presque tous les pays ont partagés. Il y a aussi eu la restriction financière. Le sentiment d’insécurité étant expatrié en ayant à l’esprit que les frontières sont fermées n’était pas évident à gérer.
Il y a aussi eu la fermeture des cités universitaires. Les étudiants devraient trouver des maisons pour s’abriter ce n’était vraiment pas facile.

IW : Dakar est réputée pour sa cherté, comment les étudiants s’en sont sortis  ?

DS : Dakar est réputé pour sa cherté et ce n’est pas une rumeur, c’est la réalité. Pour vous donner une idée, le plat d’attiéke vendu à 500 Francs  CFA ici, à Dakar il est vendu à 1500 Francs. Une maison d’étudiant dans un quartier populaire on peut l’avoir à 20.000 ou 30.000 Francs à Ouaga. Mais à Dakar, la même maison est à 80.000 et 100.000 voir 150.000 Francs CFA.

Au niveau des loyers , le cas le plus alarmant a été ce des étudiants qui vivaient dans les cités universitaires.  Là il a fallu faire preuve de solidarité, et avec l’aide de l’ambassade, nous avons trouvé des solutions pour ces étudiants, qui ont pu avoir d’autres logements.

David Sanon à Gauche, sur la photo, à l’aéroport Blaise N’Diaye

IW : Depuis le début de la maladie, y a t’il eu des étudiants Burkinabè contaminés?

DS : Depuis le début de la maladie, Dieu merci nous n’avons pas eu de nouvelle concernant un étudiant burkinabè contaminé. Il y a eu certains étudiants qui ont été des cas contacts, mais par la grâce de Dieu ils n’ont pas développé la maladie.

IW : Comment s’est passé le retour vers le Burkina. Nous avons vu certains récits sur la toile. Quelle est la vrai version?

DS : Merci de me permettre de clarifier la situation. Notre retour au Burkina était prévu pour le 21 juin. La convocation était à 9h30 et le décollage prévu pour 11h30.
Nous nous sommes retrouvés aux alentours de 7h30 à l’ambassade du Burkina à Dakar pour pouvoir rejoindre l’aéroport à travers des bus que nous avons loués.
Il faut savoir que l’aéroport est à 45km de Dakar environ. La FEFAS a donc pris l’initiative de louer des bus vu que ceux de l’Etat ne fonctionnent pas.
Nous sommes arrivés comme convenus à 9h30 à l’aéroport, les gens se sont enregistrés comme il le fallait. Et ultérieurement dans la salle d’attente, le chef d’escale m’a approché pour m’expliquer que l’avion qui a quitté Ouagadougou a eu un problème qui a nécessité qu’il fasse un détour vers Bamako. J’ai tout de suite informé mes camarades afin qu’ils sachent.

Ultérieurement son l’ambassadeur du Burkina au Sénégal nous a rassuré qu’il a eu le directeur général de Air Burkina, et que l’avion viendra nous chercher. Entre 13h et 14h, la compagnie nous a donné une collation pour permettre d’attendre. Le reste de la journée je suis resté en contact avec le chef de l’escale et l’ambassadeur.
L’avion est arrivé vers 21h50-22h et nous avons décollé aux alentours de 23h.
J’avoue que l’attente n’était pas facile parce qu’entre 9h et 22h, il y a plus de 11h, 12h.

Mais il faut reconnaître qu’il y a eu des efforts qui ont été faits par le personnel de Air Burkina et celui de l’aéroport qui nous ont permis de nous déplacer. Ils nous ont trouvé de l’eau de la nourriture à l’extérieur car les bars a l’intérieur était fermés, le personnel a accepté aller acheter à manger pour ce qui en voulait, air Burkina qui nous a donné une collation.
Et je comprends que Air Burkina ait voulu venir nous chercher coûte que coûte le 21 juin sinon il aurait fallu recommencer toutes les procédures administratives et diplomatique pour avoir une autorisation de vol d’entrée pour une autre date vu que les aéroports sont fermés.
C’était impératif qu’on vienne le 21. Cela a pris du temps donc ils ont fait les efforts nécessaires. D’ailleurs c’est tout de même d’un avion dont il est question et il ne faut pas prendre de risques. Ce sont des vies humaine qu’on transporte, voilà un peu comment s’est passé notre retour.

IW : Combien d’étudiants ont souhaité rentrer et comment l’ambassade a t’elle organisé le retour ?

DS : L’initiative de la demande de vol de rapatriement est partie des étudiants. Nous avons fait un premier récemment et nous avions fait une liste de 260 étudiants à peu près qui souhaiteraient rentrer. Nous avons approché l’ambassade dans ce sens pour nous aider à joindre les autorités afin d’organiser ce vol de rapatriement vu qu’on avait déjà eu l’expérience d’un vol de rapatriement mais pour les travailleurs Burkinabè au Sénégal et au Maroc.
Ensuite après la discussion avec l’ambassade et la compagnie Air Burkina, nous avons fait un second récemment pour épurer la liste pour avoir des personnes vraiment sûres de rentrer et qui n’ont pas rempli les fiches justes pour les remplir.
Après ce second récemment nous avons eu une liste de 157 étudiants. Ce qui a été proposé c’est de faire deux vols, le premier le 21 juin et le second dans la même semaine, soit le jeudi ou une autre date. C’est ainsi que l’ambassade a pris notre base de données et a commencé la démarche diplomatique et administrative. Je tiens à remercier toute l’ambassade du Burkina au Sénégal et la compagnie air Burkina pour leur diligence et leur réactivité.

IW: Quelles sont vos conditions d’isolement en ce moment? d’ailleurs est ce que tous les passagers du vol sont placés en isolement ?

DS : Une fois arrivée à l’aéroport le personnel du ministère de la santé nous a fait savoir qu’il y a un nouveau protocole qui est en place. Au lieu que tous les voyageurs soient automatiquement tous envoyés à l’hôtel pour un confinement, on fait deux tests à l’arrivée. Le test rapide (TDR) qui donne les résultats en 30 minutes et la PCR (Polymerase Chain Reaction) qui est un examen qui permet de rechercher l’ADN du virus.

Si le test rapide est négatif on vous permet de rentrer à domicile pour vous auto confiner. Mais si c’est positif, on vous amène à l’hôtel pour faire la quatorzène et le test de la PCR, confirmera ou infirmera les résultats ultérieurement. Mais quelque soit les résultats du TDR, il y a un suivi quotidien qui se fait par les membres de la cellule de crise contre la Covid-19 qui passent régulièrement au domicile évaluer l’état de santé des personnes. Actuellement les étudiants sont auto confinés à domicile, nous insistons auprès d’eux afin de respecter les mesures barrières pour se protéger et protéger leur entourage.

IW : y a t’il des perspectives de retour à Dakar une fois la situation maîtrisée ?
DS : Je pense que quand les frontières seront ouvertes et que les cours reprendront, nous seront très heureux de repartir à Dakar pour terminer l’année.  Ce qui a motivé notre retour c’est l’envie de revenir au pays parce qu’il n’y avait plus de cours, il n’y avait plus rien qui nous retenait vraiment au Sénégal. C’était mieux de rentrer passer ce temps au pays près de la famille c’est toujours plus rassurant et plus économique.

Ange L. Jordan MEDA

Infowakat.net

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