Covid 19 au Burkina : Les chercheurs en ordre de bataille, deux essais cliniques lancés

Le Burkina Faso envisage des solutions endogènes à l’heure où le Covid 19 sévit dans le pays avec 152 cas, 10 guérisons et 7 décès à la date du 25 mars 2020. Au cours de la quotidienne conférence de presse de la cellule de riposte de la maladie ce 26 mars, le ministre de l’enseignement supérieur de la recherche scientifique et de l’innovation a annoncé deux essais cliniques. L’un à base de Chloroquine, l’autre avec des médicaments issus des plantes.

Elle était très attendue. La recherche nationale n’a pas voulu se faire conter le défi de l’heure. Elle répond donc présente et met sur la table des propositions, deux solutions. Très bientôt, une équipe de chercheurs de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS) va lancer deux essais cliniques pour évaluer l’efficacité et la sécurité de trois produits dans le traitement de la maladie à Coronavirus au Burkina Faso.

Selon le Ministre de l’enseignement supérieur de la recherche scientifique et de l’innovation Pr Alkassoum Maïga, il s’agira d’administrer des produits à des malades et faire un suivi pour voir l’évolution de leur état de santé. Un contrôle sera effectué pour vérifier si cela permet aux sujets Covid 19 de recouvrer la santé rapidement et pour contrôler les effets et les conséquences de ces produits.

Le premier essai est une combinaison de la Chloroquine et de l’Azithromycine. Il est dénommé CHLORAZ et sera dirigé par le Dr Halidou Tinto, Directeur de Recherche à l’Unité de Recherche Clinique de Nanoro, en collaboration avec le Centre Muraz de Bobo Dioulasso, les Centre hospitalier universitaire de Tingandogo à Ouagadougou et Sourou SANON de Bobo-Dioulasso.

Quant à la deuxième étude, il s’agit d’un essai clinique dénommé API-COVID-19. Il sera mené par le Burkina et le Bénin. Il vise à évaluer l’efficacité clinique et virologique d’un médicament à base de plante (phytomédicament) appelé APIVIRINE chez les patients atteints de COVID-19. La coordination sera assurée par une équipe de chercheurs de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS) dirigée par Dr Sylvin OUEDRAOGO, Directeur de recherche en Pharmacologie et Directeur de l’IRSS.

APIVIRINE est un antirétroviral, antiviral qui est efficace sur plusieurs virus dont celui du VIH/SIDA et utilisé depuis près de 20 ans et présentant jusqu’à ce jour un bon profil de sécurité.

« Le produit vient du Bénin et nos chercheurs ont monté le protocole pour l’essai. On a échangé avec le Bénin qui a décidé de prendre le protocole de nos chercheurs pour faire l’essai au Benin. Donc ça va se faire sur deux pays », a expliqué le Pr Alkassoum Maïga.

Il ressort que certains malades confirmés du COVID-19 ont déjà eu recours avec succès à APIVIRINE durant leur maladie. Ils ont tout de suite obtenu l’amélioration de leur état de santé allant de l’amendement rapide des symptômes à la négativation du test de dépistage de coronavirus après traitement.

« Mieux vaut tard que jamais »

Pourquoi seulement maintenant, alors que le virus se répand progressivement et fait déjà des victimes. La réponse du ministre de l’enseignement supérieur de la recherche scientifique et de l’innovation : « Il faut des précautions. Si aujourd’hui on met à la APIVIRINE, ou à la chloroquine tous les malades et que les décès s’enchainent, on va taper le ministère et les chercheurs. C’est pourquoi ces essais doivent passer devant des comités scientifiques pour être validés.

Après on passe devant le haut conseil de la recherche scientifique pour que ça soit encore validé. Après cela, il faut prendre l’avis du comité d’éthique et toutes les instances », détaille-t-il, tout en précisant que c’est demain 27 mars que le comité d’éthique se réunira. « Mieux vaut tard que jamais », a ajouté le ministre.

Et le Dr Tarnagda aux côtés des équipes de chercheurs de préciser que la situation est certes critique, mais il ne faut pas non plus perdre de vue la démarche méthodologique qui existe dans le domaine des essais cliniques. « Nous espérons que les protocoles seront validés la semaine prochaine et à l’issue, nous allons recruter des premiers patients (…) Comme la situation est urgente et grave, nous avons mis en place une approche méthodologie, dynamique et évolutive. Ça veut dire qu’on ne va pas attendre la fin de l’essai clinique avant d’évaluer les données à mi-parcours en faveur de l’utilisation de ces médicaments », explique-t-il.

Alkassoum Maïga a en outre rassuré de ce que le Burkina est en mesure de produire en quantité suffisante de la chloroquine et du paracétamol à hauteur de 200 000 comprimés/jour de chaque type. Il suffira juste de réhabiliter l’unité U-Pharma de l’IRSS/CNRST qui ne produisait plus de la Chloroquine à cause de l’abandon de cette molécule.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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