Covid-19 au Burkina Faso : La lutte contre le coronavirus ne doit pas nous faire mourir de faim

Les mesures prises par le gouvernement burkinabè pour rompre la chaîne de transmission du Covid-19 a des effets apparemment non-maîtrisables. Chaque jour, des voix s’élèvent pour réclamer du soutien pour la survie des populations impactées. Les mesures d’accompagnement sociales et économiques qui ont suivi semblent insuffisantes pour amortir le choc. La nécessité de revoir comment l’économie peut fonctionner s’impose, si le pire veut être évité. SOS pour une remise de l’économie sur les rails.

La pandémie du coronavirus est réelle et concerne aussi le Burkina Faso. Une pandémie sanitaire ou économique ? Tout compte fait, la propagation évolue chaque jour. Et il en va ainsi de la pauvreté et la faim. Cependant, c’est la pauvreté qui risque de se propager à une vitesse supérieure à celle du Covid-19.

Elle fera indirectement des victimes. Ne pas pouvoir nourrir et soigner sa famille parce que la source de revenus est interrompue, voilà un le problème auquel plusieurs personnes sont confrontées depuis l’entrée en vigueur des mesures restrictives dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

Les mesures imposées auront-elles plus de conséquences que la maladie elle-même ? Cela semble évident. Ce qui est certain, c’est qu’il est urgent de se pencher aussi sur les conséquences économiques de la pandémie.

La maladie à coronavirus n’est pas aussi mortelle en Afrique que d’autres maladies telles que le paludisme, la tuberculose, etc. Elle est aussi moins léthale sur le continent noir par rapport aux pays développés. Pourtant, il faut dépenser pour soigner les malades ; dépenser pour nourrir les populations, pour soutenir les entreprises ; dépenser pour faire respecter le couvre-feu, la quarantaine, etc.

Le Burkina manque cependant de ressources pour réussir ce pari de façon efficace. L’accompagnement des populations et entreprises touchées ne pourra pas être conséquente pour amortir tout le choc. C’est pourquoi au Burkina particulièrement, il y a quelques résistances aux mesures prises dans le but de rompre la chaîne de transmission.

La perte pour l’économie se chiffre à plus de 300 milliards de F CFA. C’est aussi ce qui est demandé pour entreprendre les mesures d’accompagnement sociales et économiques. Et ce, pour les mois d’avril, de mai et de juin. Pourtant, rien n’indique que la maladie prendra fin en juin 2020. Rien ne dit que le Covid-19 sera un mauvais souvenir en juin 2020. Si la situation reste telle en juin, que faut-il faire ?

Pourtant, il faut que l’économie continue de tourner. Elle s’est arrêtée pour permettre de sauver des vies. Mais si cet arrêt se poursuit, il peut être plus assassin que le Covid-19. Il faut que l’économie tourne. D’autant plus que le pays compte sur ses partenaires pour disponibiliser un peu moins de 400 milliards de francs CFA pour l’économie, pour contenir les dégâts subis. Partenaires qui, loin d’être de bons Samaritains, tâcheront d’apporter leur appui sous-forme de dette pour la plupart. D’ailleurs, les dettes précédentes du pays font objet d’un moratoire, pas d’une annulation. Il faudrait dire merci au passage pour cette concession et la solidarité, mais il faut que l’autorité comprenne et engage la mesure appropriée pour la nation.

Le sacrifice d’un à six mois de salaires est plus que salutaire. Mais la décision de Donald Trump de mettre fin au confinement de la population américaine doit inspirer l’Afrique moins touchée mais plus fragile. Une double perte consiste à laisser venir une perte avant d’engager une reconstruction. Ce sera le cas, si le remède au Covid-19 est mal administré. Il y a une équipe pour gérer le côté sanitaire ; il en aurait aussi fallu pour gérer la question économique. Les mesures d’accompagnement prises par le gouvernement semblent insuffisantes.

Les centaines de milliards engagés pour accompagner socialement et économiquement les populations auraient suffi à mettre en œuvre d’autres politiques visant à limiter la chaîne de propagation : les sensibilisations, les mesures coercitives, etc. Il faut alors imposer la discipline. C’est cette discipline qui a aidé la Chine à venir à bout de cette pandémie et à aujourd’hui proposer son aide aux pays vulnérables. La population burkinabè n’est pas celle chinoise. Sa sensibilisation est plus difficile. C’est ce à quoi les moyens financiers et coercitifs peuvent servir. Et l’économie ne fera pas de double perte.

Il faut aller aux trousses de la solution. Pas de solution miracle à proposer mais une suggestion à formuler. Que la panique ne tue pas l’économie. Laissez-la reprendre son train-train quotidien. C’est elle qui procure à tous, individu comme Etat, les moyens de subsistance et d’épanouissement.

Si le pays réalise une double perte, cela revient à perdre de moitié son indépendance vis-à-vis de l’extérieur. Après le Covid-19, il ne s’agira pas de notre position par rapport à où l’on était, mais par rapport au reste du monde. Le Covid-19 peut faire perdre plus que l’économie. Le développement, la souveraineté. Nous serons toujours dernier économiquement mais nous auront fortement régressé.

Bref, il y a plus urgent que le Covid-19. Mais sous nos cieux, tout porte à croire que nos gouvernants ont obtenu un alibi. La question sécuritaire ne semble plus préoccupante. Les engagements sociaux n’ont plus cours légal. Le développement ne regarde personne. Mais la veille citoyenne a sa nécessité. Les réactions et interpellations ont aussi eu leurs avantages. Prions mais veillons aussi.

Etienne Lankoandé
Lefaso.net

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