Covid-19 au Burkina : Et si on profitait de la chaîne de solidarité pour équiper les formations sanitaires publiques ?

Depuis l’enregistrement de la maladie à coronavirus au Burkina, hommes d’affaires, responsables d’entreprises nationales et multinationales, partis politiques, associations…chaque composante de la société y va de sa touche personnelle de solidarité pour appuyer les efforts du gouvernement dans la riposte contre cette pandémie que même les systèmes sanitaires les plus performants ont du mal à contenir.

Le peu que l’on puisse dire, c’est que la pandémie à coronavirus aura permis au Burkina de faire l’expérience d’une « solidarité agissante ». De la prise en charge des malades à celle des personnes affectées dans le cadre de la riposte contre la maladie, les Burkinabè ne se sont pas faits prier pour appuyer les pouvoirs publics dans la lutte contre cette pandémie. Le pays le plus touché par le Covid-19 en Afrique de l’Ouest, 38 morts à la date du 20 avril, a bénéficié d’une grande mobilisation de ses citoyens après l’enregistrement des premiers cas le 9 mars 2020.

A la date du 8 avril, le ministère de la santé enregistrait la somme de 1 milliard 196 millions 525 mille FCFA au titre des chèques et 183 millions 102 mille 051 FCFA pour ce qui est des dons en nature, soit un total de 1 milliard 379 millions 627 051 FCFA. Depuis lors, les initiatives et les contributions, qu’elles soient en nature ou en espèces, continuent d’affluer et le bénéficiaire (ministère de la Santé) rassure quant à la bonne utilisation de celles-ci.

Toutefois, l’on pourrait se demander si ces gestes de solidarité ne sont pas le symbole d’une réponse à un système sanitaire longtemps décrié. Ce, d’autant que se soigner convenablement dans un établissement sanitaire public du pays relève d’un coup de chance.

L’expérience covid-19 …

Selon le récit d’un citoyen sur Facebook, son père testé positif au Covid-19 à l’hôpital de Tengadogo aurait succombé quelques jours après son admission dans des circonstances troubles. Le jeune confie : «  … Quand j’ai vu son état, j’étais vraiment découragé et le médecin m’a fait savoir que son rein était touché. J’ai demandé ce qu’on pouvait faire pour lui, mais le médecin m’a fait savoir que les appareils de dialyse étaient réservés à un certain nombre de patients et que le papa ne pouvait pas en bénéficier  ».

Comme solution, il affirme que le médecin traitant lui a suggéré de recourir à une clinique privée de la place pour la dialyse de son père. Consentante au départ, la clinique, après échanges avec Tengadogo, aurait finalement refusé de prendre son père en charge par mesure de précaution. « J’ai demandé aux médecins de Tengadogo ce qu’il proposait finalement, mais ils m’ont dit que c’était à nous de voir. J’ai appelé une connaissance qui exerce dans la médecine qui a proposé d’apporter l’appareil de son ainé à Tengadogo pour la dialyse de mon père. J’ai alors informé le médecin de Tengadogo qui m’a dit que sa dialyse n’était plus nécessaire. (…) ils m’ont dit que je posais trop de questions, ils peuvent faire une transfusion sanguine au papa pour le soulager », explique le jeune homme. Il poursuit son assertion, en soulignant.

« Je leur ai dit que j’étais du même groupe sanguin que le papa mais ils m’ont fait savoir qu’ils disposaient du sang à leur niveau. (…) Dans la soirée, j’ai voulu savoir s’ils avaient pu faire la transfusion sanguine, mais ils m’ont dit que je posais trop de questions, je devais me calmer. J’ai été insistant jusqu’au lendemain matin où j’ai été appelé pour récupérer un prélèvement en vue de faire des examens », poursuit-il. Rencontrant des difficultés pour l’examen en question, il confiera avoir fait le tour de plusieurs centres privés avant d’en trouver un dans la soirée, grâce à l’ami médecin, qui lui proposa de revenir le lendemain.

« La somme que j’avais sur moi ne permettait pas de faire l’examen. J’ai marqué un arrêt pour récupérer de l’argent. (…) j’ai appelé Tengadogo pour prendre des nouvelles du papa et les informer que j’allais avoir les résultats dans la soirée. Quand j’ai appelé, ils m’ont dit de tout arrêter, me demandant de venir à Tengadogo. Arrivé, j’ai été accueilli par trois médecins qui m’ont annoncé le décès de mon père, en me disant qu’ils préparaient sa dialyse ce matin (…)  ».

Infrastructures vétustes et parfois inutilisables, problème d’acquisition et de maintenance des équipements, panne récurrente d’appareils biomédicaux, absence de tables d’opération, capacités d’accueil insuffisantes, insuffisance du personnel…. Ces difficultés sont devenues récurrentes dans les formations sanitaires publiques au point que les Burkinabè ont fini par qualifier certaines de « mouroir ».

Ainsi, dans un contexte marqué par le Covid-19, d’aucuns n’hésitent pas à dire qu’il faudrait craindre le pire. Autrement dit, l’épidémie du Covid-19 aura permis aux Burkinabè, une fois de plus, d’évaluer le niveau du système sanitaire du pays. Un système sanitaire où, dit-on, il faut avoir les moyens pour s’en sortir.

Par ailleurs, alors que le département en charge de la santé rassure que les dons soient utilisés à bon escient, l’on s’interroge néanmoins sur leur destination. En tout cas, le Covid-19 nous aura aussi prouvé que les hôpitaux publics demeurent les premiers centres de référence pour la prise en charge de telles pandémies. Mieux, que malgré nos moyens, nous serons parfois contraints de nous y faire soigner. D’où la nécessité d’équiper ces formations sanitaires, et ce, à travers tout le territoire.

Nicole Ouédraogo
Lefaso.net

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