Coup de tonnerre : En exclusivité, René Emile KABORE dit tout sur le rôle présumé de Blaise COMPAORE dans la crise sécuritaire au Burkina

Depuis la capitale économique Ivoirienne où il s’est installé en 2015, René Emile KABORE, personnalité politique de premier plan au Burkina Faso, Fondateur du Rassemblement pour un Sursaut Républicain, RSR, et plusieurs fois ministres au sein des différents gouvernements de son pays, ouvre une brèche dans l’analyse de la situation de crise qui prévaut actuellement au Faso. Visiblement excédé par la défiguration progressive du Burkina et le délitement irrémédiable des structures sociétales, cet homme politique, pionnier de l’émancipation démocratique en Haute-Volta d’abord, puis au Burkina Faso (après la re-baptisation officielle du pays en 1984), évoque, dans cet interview accordée à Netafrique, la réalité de la situation sécuritaire, ses griefs contre les actuels dirigeants, les accusations contre l’ex-Chef d’état, Blaise COMPAORE et les risques qui pèsent sur la tenue effective de la présidentielle en 2020.

M. le Ministre, Bonjour. Merci de nous accorder de votre temps pour cet entretien, je dirais exclusif sur la situation que traverse votre pays actuellement. Vous venez de publier un ouvrage-témoin, intitulé, ‘’Et si, enfin on se disait la vérité ?’’. La vérité, c’est pour elle que nous sommes là, ce matin. M. KABORE, en tant qu’acteur majeur de la vie politique Burkinabè, quel regard portez-vous sur la situation au Faso, cinq ans après l’insurrection ?

Bonjour et merci. Permettez-moi tout d’abord de revenir sur un mot que vous employez, de mon point de vue, abusivement. Ce qui s’est passé en octobre 2014 au Burkina Faso n’est pas une insurrection mais bel et bien un coup d’état, conçu, planifié et financé par des individus connus, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et soutenus par des gouvernements étrangers à travers leurs ambassades au Burkina. Tout au plus, au regard de l’importance relative de la mobilisation, peut-on parler d’un « coup d’état insurrectionnel ». Encore que cette relative mobilisation a été le fruit d’un racolage et d’un ramassage, un peu partout, d’individus payés et souvent drogués pour venir marcher et commettre des crimes.

Ceci dit, il n’y a qu’un seul mot pour qualifier la situation actuelle du Burkina Faso : CATASTROPHE. Oui, le Burkina Faso vit une catastrophe cauchemardesque depuis cinq ans.

Il est quand même curieux d’observer que pour un pays qui fut pendant près de trois décennies, un havre de stabilité, la descente aux enfers soit aussi chaotique, notamment depuis le début des attaques djihadistes. Près de quatre années après l’élection de Roch Marc KABORE, le Burkina est devenu un bourbier. Comment l’expliquer selon vous ?

C’est plutôt depuis janvier2015, et plus précisément le 15, que les groupes djihadistes ou plus généralement terroristes, se sont signalés avec les attaques simultanées de « Taxis brousse », de « Capuccino » et de « Splendid Hôtel ». Depuis lors, la situation sécuritaire est allée en se dégradant jusqu’à devenir le bourbier que vous évoquez. Comment en est-on arrivé là ? C’est précisément le sujet que j’aborde dans l’ouvrage que je viens de publier sous le titre très évocateur de : « Et si Enfin on se disait la Vérité ? », disponible déjà dans les principales librairies de Côte-d’Ivoire et du Burkina Faso. Pour me résumer, sans vraiment rentrer dans les détails, les causes sont globalement :

  • Le « coup d’état insurrectionnel » lui-même en ce sens qu’il a déstabilisé les institutions de la République, enseigné l’incivisme et les contre-valeurs et sanctifié la contestation systématique.
  • La transition calamiteuse des Zida-Kafando qui a siphonné les finances publiques et installé le début du désordre.
  • L’irresponsabilité du pouvoir MPP qui a dissout le RSP et démantelé le système efficace de renseignement en se mettant en même temps sous la coupe d’un G5. Sahel sans grande efficacité.

Le tout avec comme toile de fond et comme liant, le mensonge dans toute sa laide splendeur.

Est-ce que les autorités actuellement au pouvoir à Ouagadougou, ont manqué d’anticipation face à la montée en puissance des mouvements islamistes radicaux, avec l’avènement brusque du printemps arabe ?

C’est vrai que la répression musclée à partir des attentats du 11 septembre a poussé les mouvements terroristes à fuir leurs sanctuaires traditionnels pour se chercher de nouveaux refuges. Mais outre leur forte implantation en Afghanistan où les troupes soviétiques, puis américaines ont eu beaucoup de mal, leur repli le plus important s’est opéré en Syrie avec la création de Daech et la proclamation du Califat de l’Etat Islamique à partir de Juin 2014. Mais pour l’Ouest Africain et pour l’essentiel, c’est la guerre déclenchée par les occidentaux contre la Lybie du colonel Mouammar Kadhafi qui a refoulé les djihadistes et les terroristes, avec leur impressionnant arsenal de guerre vers ce qui apparaissait comme le ventre mou de la zone, le Mali et le Niger. Et comme l’a dit le président tchadien Idriss Deby, les occidentaux n’ont pas prévu de « service après-vente », se contentant d’assassiner le guide Lybien sans assurer un contrôle sur l’immense arsenal de guerre qu’il avait accumulé.

Pour le reste, il nous faut éviter de tomber dans une spirale de spéculation pour ne considérer que la réalité des faits. Mouammar Kadhafi a été assassiné le20 Octobre 2011. L e Président COMPAORE a quitté le pouvoir le 31 Octobre 2014. Il s’est donc passé trois années sans violation terroriste des frontières du Burkina Faso malgré la déferlante des armes et des djihadistes depuis la Lybie. Les faits établissent donc clairement que le système sécuritaire du Burkina a été assez solide pour résister non seulement dans cet intervalle mais pendant les 27 ans du régime. Il a par contre, cédé après le départ du président COMPAORE et le démentiellement du système qu’il avait mis sur pied.

Mieux, son système de renseignements, comme il a été amplement prouvé lors de l’accident du vol 5017 d’air Algérie le 24 Juillet 2014 dans le centre du Mali avec 115 personnes à bord, s’étendait bien au-delà des frontières du Burkina. Cela a résulté à coup sûr, d’uneréflexion et d’une forte vision prospective dont rien n’indique qu’elle s’arrêtait à 2014. Ce qui est sûr par contre et démontré, est que le pouvoir MPP a démantelé le système sécuritaire COMPAORE, alors qu’il n’avait aucune idée ni des enjeux du moment ni de sa propre manière d’aborder la question. Son seul réflexe (ce pouvoir MPP) a été de courir se mettre sous le parapluie d’un GS Sahel dont les spécialistes dénonçaient déjà et par anticipation l’inefficacité.

Pour vous, il manque donc de la lisibilité dans la gestion de la crise sécuritaire par le régime en place ?

Je viens de répondre à cette question. Rock et son MPP ont voulu du pouvoir. Pour en faire quoi ? La question reste posée. Il est arrivé sans programme ni économique, ni social, ni sécuritaire. Il semble être juste satisfait d’être au pouvoir.

Certains à Ouagadougou, accusent notamment l’ex Président, Blaise COMPAORE d’être de connivence avec les groupes djihadistes. En tout cas, la thèse d’une déstabilisation orchestrée par les barons du CDP fait office de vérité pour les partisans du MPP. Qu’en savez-vous exactement ?

C’est un sujet que j’aborde dans mon livre. Pour en dire deux mots, je vous rappelle que le Président Compaoré a été médiateur dans la crise Malienne à la demande UNANIME des chefs d’État de la CEDEAO et suite à l’insistance pressante du secrétaire Général des Nations Unies, Ban ki Moon, après le coup d’Etat du capitaine Sanogo à un mois de la fin du mandat du président ATT. Cela l’a amené à recevoir à Ouagadougou, autant de fois que l’exigeait sa médiation, dans les mêmes conditions d’accueil (ils étaienttous logés à la même enseigne) tous les protagonistes de la crise. Comment lui reprocher hypocritement aujourd’hui d’avoir reçu, dans ce cadre, des groupes touareg ? (MNLA, Ansar Dine, Mujao etc…). Il faut simplement rappeler, que c’est cette médiation qui a abouti aux accords de Ouagadougou qui à leur tour ont permis l’organisation des élections qui ont vu la 1ère victoire de IBK. La malhonnêteté intellectuelle dont certains font preuve, est franchement déconcertante.

Venons-en au bilan de l’actuel régime. Déjà quatre ans ou presque que le MPP est installé à Kosyam. Outre, les complications sécuritaires qui s’imposent à lui, comment percevez-vous la conduite de la politique économique du pays par ceux que vous avez eu à côtoyer hier, au sommet de l’état ?

Le bilan est très simple et très éloquent. On peut noter, pour commencer, que le régime actuel, sorti des élections de 2015, celui du MPP et de ses soutiens, est aussi comptable au premier chef, des conséquences du catastrophique coup d’état insurrectionnel avec ses pertes en vies humaines, ses destructions de biens publics et privés, ainsi que des milliers d’emplois perdus. C’est avec ce bilan négatif, avec en prime la mal gouvernance de la transition, que le pouvoir MPP a démarré sa gestion du pays en janvier 2016, cueilli à froid par les premières attaques djihadistes du 15 du même mois. Aujourd’hui, les chiffres parlent d’eux-mêmes et n’importe qui à la place des dirigeants du MPP aurait rendu sa démission, par responsabilité, sinon par honte. Voyez vous-même : plus de 1000 morts, plus de 500.000 déplacés internes, plus de 3.000 écoles fermées, des centaines de milliers d’enfants en situation d’abandon de scolarité, plus de 3 millions de burkinabé directement menacés de famine, plus de 250 grèves qui ont affecté tous les secteurs d’activités, une corruption endémique jamais égalée avec un pillage savamment organisé du pillage des ressources, et on pourrait continuer…

Votre jugement est sévère, malgré le fait que le Chef de l’état en exercice et ses collaborateurs se soient forgés politiquement au sein du système COMPAORE dont vous vantez les mérites. Ce qui peut créditer le pouvoir actuel d’une certaine expérience…

Quand vous parlez d’expérience acquise, je reste dubitatif. On peut vivre longtemps à l’ombre d’un grand chef sans rien apprendre, se contentant de jouir de ses privilèges, à l’image d’un enfant gâté. Blaise Compaoré est un visionnaire et un vrai chef. Vivre sous son ombre était facile pour ceux qui n’étaient mus que par la paresse des privilèges.

Octobre 2020 approche à grands pas. En tant qu’acteur politique de premier plan, pensez-vous, M. le Ministre, que le scrutin pourra se dérouler dans les conditions requises, avec une participation ouverte à tous et sur l’entièreté du territoire national ?

Il me parait bien lointain, au regard de la situation sécuritaire du pays. Au rythme où vont les choses, quelle proportion du territoire pourrait accueillir des élections ?

Vous estimez donc que les conditions ne sont pas réunies pour aller à des élections, au regard de la situation sécuritaire actuelle…

Sans être d’un grand pessimisme, si la situation sécuritaire actuelle devait se maintenir, notre préoccupation prioritaire devrait être ailleurs qu’à des élections.

A exactement, un an de la présidentielle, la participation de la diaspora Burkinabè au processus électoral dans leur pays, demeure un sujet, tout à fait sensible. En Juillet 2018, une loi était votée restreignant la participation aux consultations électorales à la Carte Nationale d’Identité ou au passeport. La plupart des ressortissants Burkinabè de l’extérieur, surtout ceux vivant en Côte d’Ivoire, qui abrite la plus grande communauté Burkinabè, disposent par contre de la carte consulaire, reconnue officiellement par les autorités à Ouaga. Pour une partie des Burkinabè installés en Côte d’Ivoire, il y’a une volonté manifeste de les exclure u débat démocratique. Votre commentaire là-dessus ?

S’il est un fait indéniable, c’est qu’une très large majorité de la diaspora burkinabè n’a pas apprécié le coup d’état insurrectionnel d’octobre 2014 et le départ du Président Compaoré. Dans le cas de la Côte d’Ivoire par exemple, où l’on trouve un potentiel d’électeurs, numériquement parlant, presqu’aussi important qu’à l’intérieur du Burkina, ils sont presque tous unanimes à témoigner d’un attachement reconnaissant au Président Compaoré. Permettre un vote honnête ne ferait pas l’affaire d’un MPP aux abois qui use de manœuvres pour empêcher ou réduire à minima le vote de la diaspora burkinabè qui, selon certaines sources, n’a pas l’intention de se laisser voler ses droits.

Avant de conclure, M. le Ministre, dites-nous, quelle peut être de votre point de vue, la solution pour sortir le Burkina de ce chaos infernal ? Est-ce que la réconciliation est absolument ce qu’il faut pour permettre aux Burkinabè de renouer avec la stabilité ?

Dans la situation actuelle de notre pays où la population est sous la férule humiliante d’une dictature qui laisse massacrer la population dont une partie subite l’exil, qui tue elle-même, vole, corrompt et pille les ressources de notre pays, mes préoccupations sont très éloignées des élections de 2020 qui ne pourraient conduire qu’à une catastrophe sans véritable réconciliation. Or tout le monde sait que cela ne peut se faire sans un retour préalable du Président Compaoré dans son pays. Il est évident que la réconciliation ne peut se faire en dehors du Président Compaoré et de ses nombreux partisans qui semblent avoir repris politiquement le dessus.

Et puis, 2020, c’est si près et si loin…….

Merci, M. le Ministre

netafrique.net

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