Côte d’Ivoire: l’Eglise catholique jette du sable dans l’attiéké* de Ouattara

C’est à Korhogo, capitale du nord, fief du Premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly, que l’Eglise catholique a jeté un pavé dans le jardin du président Alassane Ouattara. A l’issue de sa 114è assemblée plénière, l’Eglise a posé les conditions d’une présidentielle apaisée, conditions qui ne ménagent pas le  régime d’Abidjan. Les prêtres ont clairement demandé la remise à plat de la Commission électorale indépendante, embouchant ainsi la même trompette que les partis politiques de l’opposition représentés par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et les «Gbagbo ou rien» du Front populaire ivoirien (FPI). «Le pouvoir exécutif devra agir de sorte à garantir aux personnes et aux institutions, notamment la Commission électorale Indépendante (CEI), une totale indépendance. Comme toute compétition, les élections ont besoin d’un arbitre (…) Or, la question de l’indépendance des structures devant arbitrer ces joutes électorales, comme la CEI, divise et cristallise encore les tensions», fait remarquer le clergé catholique.  Or à ce niveau, le président Ouattara reste ferme sur «sa» reforme de la commission électorale mise en place après le retrait du PDCI et du FPI qui ont claqué la porte des négociations engagées par le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. L’opposition ivoirienne rejette en bloc la composition de la nouvelle CEI qu’elle juge inféodée au pouvoir en place. Pour Ouattara, pas question de remettre en cause « l’arbitre» des élections qui, à ses yeux, est la plus équilibrée de l’histoire de la Côte d’Ivoire et répond aux injonctions de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).

L’autre point de désaccord entre l’Eglise catholique et Alassane Ouattara reste la reforme constitutionnelle annoncée par le chef de l’Etat dont aucun Ivoirien ne connait le contenu. Les chrétiens catholiques demandent «l’instauration et la consolidation de l’Etat de droit qui implique le respect de la Constitution, afin que personne ne nourrisse l’intention ou la volonté de manipuler les personnes, les textes, ni les institutions qui seront impliquées dans le processus électoral». Une manière de dire non à un quelconque tripatouillage de la Loi fondamentale dont s’est fait l’écho le président du PDCI, Henri Konan Bédié, qui a lancé une véritable «fatwa» contre le projet de son ancien allié. La réconciliation nationale, aux yeux des Evêques, «exige le retour des exilés avec des garanties de sécurité et de réintégration, la libération de tous les prisonniers politiques et d’opinion, sans exception et le dégel des avoirs». On croirait entendre une revendication des «Gbagbo ou rien», les GOR, dont de nombreux militants sont encore en exil malgré les appels du pied du régime Ouattara qui les invite à rentrer au bercail. Cette prise de position de l’Eglise catholique est la suite logique de la sortie de l’Archevêque,  Mgr Jean-Pierre Kutwa qui, le 30 décembre 2019 à la cathédrale Saint Paul du Plateau, a demandé la libération des pro-Soro accusés par le pouvoir, de tentative de déstabilisation. «Comment briser la dynamique de défiance qui prévaut actuellement? Ne te laisse pas ronger par le désir de vengeance. Ne te laisses pas déstabiliser par la rancune. Sinon tu y laisseras ton âme. Comprends tes ennemis. Aimes-les. Un petit geste de solidarité peut rallumer une espérance. Je rêve d’un moment où nos grands leaders s’asseyent et s’écoutent. Monsieur le Président de la République, je vous supplie de faire sortir de prison ceux qui ont été arrêtés dernièrement. La paix est chemin d’espérance, chemin d’écoute, chemin de réconciliation», a prêché le chef de l’Eglise catholique ivoirienne.

On peut le dire, sans risque de se tromper, que le président Ouattara va sortir ses griffes contre les prêtres qui veulent jeter du sable dans son attiéké.

Mahamadou Doumbia, Correspondant Wakat Séra en Côte d’Ivoire

*Spécialité culinaire ivoirienne à base de manioc

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