Côte d’Ivoire : « Je vous rassure que Ouattara ne sera pas le futur Président », déclare Boubaker SY, porte-parole de la jeunesse du parti de Guillaume Soro

Dans une interview en ligne accordée à Lefaso.net le 11 octobre 2020, Boubaker SY, porte-parole de la jeunesse du parti Générations et peuples solidaires (GPR) a donné sa lecture du bras de fer politique entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro. Selon lui, « Les Ivoiriens aspirent à vivre en toute harmonie loin des manipulations ethnico-religieuses ».

Lefaso.net : Selon vous, que veulent les Ivoiriens aujourd’hui ?

Boubaker SY : Georges Clemenceau aimait dire, et je cite : Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. Aujourd’hui, après une décennie de désillusions portée par le président Alassane Dramane Ouattara, l’image de la Côte d’Ivoire est devenue bien plus terne, depuis son libre choix d’inscrire le nom de notre pays dans la liste peu prestigieuse des États voyous qui ne respectent pas les traités internationaux auxquelles ils ont souscrit. Je veux faire cas ici du mépris qu’il affiche face au verdict de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

L’espoir porté en lui par bon nombre d’Africains et les Ivoiriens laisse désormais place au regret. Les Ivoiriens savent qu’ils ont été dupés par l’homme venu du Fonds monétaire international. Il prétendait avoir toutes les solutions, mais aura fini par créer plus de soucis à ce pays que n’importe quel autre chef d’État avant lui.
Les Ivoiriens veulent aujourd’hui sortir de cette gouvernance clanique, d’une justice aux ordres cautionnant les arrestations arbitraires. Ils veulent rompre avec 10 ans de corruption et de mauvaise gouvernance.

Les Ivoiriens aspirent à vivre en toute harmonie, loin des manipulations ethnico-religieuses comme on le constate malheureusement depuis l’arrivée au pouvoir du clan Ouattara. Ce sont des Ivoiriens issus de toutes les 31 régions de notre pays qui aspirent à vivre dans un État soucieux de leur quotidien, soucieux du respect de leur liberté. Pour les jeunes qui constituent 77% de la population, ils veulent de meilleures conditions d’études en amphi, avoir des universités dignes de ce nom comme l’avait d’ailleurs promis le président Ouattara.

Il dit avoir aujourd’hui construit huit nouvelles universités ; ce qui, évidemment, n’est que de l’affabulation grotesque. Ces jeunes veulent avoir un emploi décent. D’aucuns diront que la Côte d’Ivoire détient un faible taux de chômage record, mais ceci encore c’est de l’enfumage et une grosse escobarderie comme sait si bien le faire Mamadou Touré, le ministre de l’Emploi. Je le mets au défi de nous sortir le nombre de jeunes ivoiriens titulaires d’un simple BTS qui ont bénéficié d’un premier emploi depuis l’arrivée du RDR au pouvoir.

Les jeunes entrepreneurs ivoiriens veulent compétir dans un environnement saint et avoir accès aux différents marchés publics qui, hélas, sont tous octroyés aux cousins, fils et autres membres du clan au pouvoir. Les Ivoiriens veulent vivre décemment et non survivre au quotidien. Ils veulent bénéficier des retombées de cette embellie économique qui leur est chanté au quotidien. Soit il s’agit d’une croissance appauvrissante, soit cette croissance existe mais ne profite qu’au clan Ouattara. En tout cas, l’Ivoirien lambda ne voit rien. Les Ivoiriens veulent tourner définitivement la page d’une décennie faite de mensonge et de division.

Les plus courageux sous ce régime à avoir dit et exprimé leur ras-le-bol face à ces injustices sociales se trouvent incarcérés à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, ou même tout simplement assassinés comme notre ami Soro Kongon, ce jeune militant arraché à l’affection de ses parents et de sa famille politique alors qu’il ne participait qu’à une simple réunion politique.

Ces intimidations et menaces n’entament en rien notre engagement et celui du peuple de Côte d’Ivoire. Les plus chanceux, eux, sont contraints à l’exil. Aujourd’hui, face à l’isolement politique et diplomatique du régime en place, le peuple ivoirien se tient débout en n’entend pas reculer. Les dernières manifestations sont la preuve du courage et de la détermination d’un peuple souverain qui a décidé de prendre son destin en main après cette énième forfaiture, ce coup d’Etat civil caractérisé par le viol de la Constitution. Les Ivoiriens veulent de la démocratie, de la justice sociale, une égalité des chances et des élections présidentielles inclusives. Ce samedi 10 octobre restera marqué en lettre d’or dans nos esprits et celle des futures générations comme un date symbolique. Ce jour où les ivoiriens, ensemble au Stade Félix Houphouët Boigny ont décider par milliers, de dire non à la politique de division et d’exclusion. Ils l’ont voulu, ils l’ont dit et ils ont eu le courage de le faire et celà continuera.

Au sein de Générations et peuples solidaires (GPR), était-il envisageable, lors de la démission de Guillaume Soro du parlement ivoirien, de prévoir que l’annonce du président Ouattara de ne pas briguer un 3e mandat n’était autre qu’une diversion ?

Avant de répondre à cette question, je veux bien faire cette clarification. Certains militants et même des cadres du parti de M. Ouattara, affirment que Guillaume Soro est en désaccord avec Ouattara parce qu’ayant compris qu’il ne serait pas désigné comme son successeur. C’est archi-faux ! Dès lors que le président Soro, au lendemain de la réélection d’Alassane Ouattara en 2015, s’est encore fait chantre de la réconciliation en demandant en interne à ce que le dernier quinquennat puisse être consacré à œuvrer concrètement pour la réconciliation et la libération des prisonniers politiques, des voix se sont dressées contre ce projet.

Le bras de fer s’est bien évidemment accentué quand, du haut du perchoir du parlement, il a porté cette idée et a proposé que le projet du RHDP parti unifié se fasse dans la négociation, l’inclusion et non sous les contraintes et les intimidations. Naissaient ainsi les soucis et la cabale contre Guillaume Soro et ses proches.

Forcé à la démission par le président de la République lui-même, il a donc décider de libérer « le tabouret » pour éviter une crise institutionnelle à notre pays. Nous sommes donc partis pour l’amour de la Côte d’Ivoire parce que le projet politique et social basé sur le rassemblement s’est trouvé dénaturé. Il était important pour nous de réconcilier les Ivoiriens avec un organe politique lui-même rassemblé. Voir le projet de la réconciliation être rangé au placard après tant d’années de fractures, nous ne pouvions l’accepter.

Pour revenir à la question du troisième mandat, ceux qui ont suivi l’actualité politique en Côte d’Ivoire depuis ces deux ou trois dernières années ne sont foncièrement pas surpris de voir monsieur Ouattara jouer ainsi avec la vie de la nation et notre loi fondamentale. Oui, clairement, ce troisième mandat ne nous surprend point, d’autant plus que sa déclaration devant le congrès annonçant qu’il passerait le relais à la nouvelle génération ne visait d’une part qu’à détourner le regard de la communauté internationale sur les graves violations des droits de l’homme et l’emprisonnement illégale des députés ; et d’autre part, séduire l’international en se présentant comme un homme de parole respectueux de la Constitution. Le président Macron (et beaucoup d’Africains) se trouve bien gêné et humilié aujourd’hui, lui qui s’était empressé de le féliciter.

Le président Ouattara affichait ses intentions d’être candidat et, ce, même avant la disparition de son Premier ministre. Le choix de désigner feu Amadou Gon malgré les velléités internes, n’était en réalité qu’une mascarade visant à couvrir la future gestion souterraine. Amadou Gon Coulibaly élu, si ce fut le cas, Ouattara aurait tout bonnement continuer de gérer le pays. Pour un homme qui n’apprécie positivement ses collaborateurs que par leur degré de soumission à lui, il a fini par pousser à bout et exiler tous ceux qui osaient lui tenir le discours de vérité et marquaient leur désapprobation quant à son projet de troisième mandat. Le président Ouattara est de la race des politiciens avides de pouvoir qui veulent être présidents à vie pour juste préserver leurs intérêts. L’Afrique de l’Ouest et les Ivoiriens refusent ce genre de bond en arrière.

Comment convaincre le peuple africain que le combat du président Soro contre les mandats de trop des présidents africains reste sincère, alors que le président Soro himself a soulevé son maillet (alors qu’il était président de l’Assemblée nationale) pour avaliser l’adoption d’une nouvelle Constitution sautant les verrous de la limitation d’âge (qui favorise Bédié) et de nombre de mandats présidentiels (qui remet le compteur à zéro pour le président Ouattara) ?

Le président Guillaume Soro est un homme de principes. S’il était homme à se laisser corrompre par le pouvoir et les titres honorifiques au mépris de ses convictions, surtout avec une si cette belle carrière politique qui d’ailleurs ne fait que commencer, ne pensez-vous pas qu’il aurait certainement fait l’aveugle, le sourd et muet face à ce qui se trame dans notre pays ? L’homme, depuis l’époque de la lutte syndicale menée avec brio auprès de ses amis étudiants, s’est toujours rangé du côté des opprimés et s’est constamment dressé contre l’injustice et l’exclusion. Ce point déjà rassure bien des Africains qui lui portent une grande estime et fondent de réels espoirs. La question des présidences à vie ne concerne pas uniquement la Côte d’Ivoire. Si le coup d’État civile de Ouattara passe, les Ivoiriens et les peuples africains auront ouvert la boîte de pandore par leur inaction.

On pourra donc voir demain des chefs d’État manipuler à leur guise la Constitution de leur pays pour se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir. Ce combat mérite d’être mené et nous y croyons. Nos aïeux qui, hier, se sont battus pour avoir l’indépendance puis le multipartisme, doivent d’être fiers de notre génération. Une génération qui veut rompre avec les présidences à vie et les manipulations constitutionnelles. Le message est déjà entendu car 19 organisations de la société civile africaine, et non des moindres, se sont réunies récemment à Dakar et ont abondé dans le même sens que nous. Ça augure de bonnes choses, et le résultat escompté sera à la hauteur des attentes des Africains. J’en suis persuadé.

Aujourd’hui, cette génération de jeunes africains a compris que nouvelle Afrique se fera avec elle et plus sans elle. Il s’agit d’une génération engagée et déterminée.
Parlant de la réforme constitutionnelle, le président Soro a en effet participé à l’adoption de cette Constitution qui, en elle-même, n’est pas aussi mauvaise. Le souci, ce n’est pas la Constitution qui est pourtant claire. Elle dit que le président de la République est élu pour cinq ans renouvelables une seule fois. Elle interdit donc à monsieur Ouattara d’être candidat à un nouveau mandat. Tous les juristes et constitutionnalistes qui ont participé à la rédaction de cette Constitution l’ont affirmé depuis 2016 et ont rassuré les Ivoiriens durant la campagne du référendum.

Le ministre de la Justice lui-même, très proche du président Ouattara, devant le parlement, avait prouvé, sur des bases juridiques, l’inéligibilité de Ouattara. Le président Guillaume Soro, en son temps président de l’Assemblée nationale, en adoptant cette Constitution, pouvait tout imaginer sauf voir monsieur Ouattara oser violer cette Constitution et renier sa propre parole donnée devant le congrès. Nous avons en effet appelé à voter cette Constitution mais cela ne donne pas caution morale au viol qui est perpétré.

Concernant le plafonnage de l’âge qui saute, je pense personnellement qu’avoir 80 ans et être candidat, ce n’est pas faire de la présidence à vie. La présidence à vie, c’et s’accrocher au pouvoir par des magouilles politiques visant à exclure des adversaires, et user de tripatouillages juridiques pour se maintenir sous couvert de simulacres d’élections. Le souci en Côte d’Ivoire, ce n’est pas la Constitution, bien que n’étant pas parfaite. On entend çà et là des ministres oser parler d’une prétendue remise à zéro des compteurs. Le président du Conseil constitutionnel, dans un fétichisme juridique, s’en est même fait l’écho. Cet argument est d’un ridicule qui ne dit pas son nom. C’est une escroquerie morale et une insulte aux Ivoiriens. Le souci, je le répète, c’est Ouattara qui n’a aucune parole et pire qui ne respecte pas cette Constitution. Voilà le problème de la Côte d’Ivoire. C’est Ouattara et rien d’autre ! Il faut donc le stopper dans son projet dès maintenant.

En quoi la remise à zéro d’un compteur dans le cadre d’adoption d’une nouvelle Constitution consentie par le peuple ivoirien pour permettre au président Ouattara de briguer deux mandats de plus reste-t-il une violation de la loi ?

La Constitution est la vitrine d’un pays. C’est l’aspect politique le plus important d’un État et sa mauvaise interprétation peut porter préjudice à la bonne marche de cet État. En Côte d’Ivoire, l’heure est grave et c’est vraiment dommage qu’un si grand pays aille vers le gouffre à cause de la mauvaise application des textes.
Les textes sont clairs et leur compréhension ne devrait logiquement souffrir d’aucune ambiguïté. L’article 183 stipule que la législation actuellement en vigueur en Côte d’Ivoire reste applicable, sauf l’intervention de textes nouveaux, en ce qu’elle n’a rien de contraire à la présente. En effet, la limitation du nombre de mandats à deux restes inchangés dans l’ancienne comme dans la nouvelle Constitution car aucune nouvelle législation ne la contredit. L’article 55, lui, stipule clairement que le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois. Si on s’en tient à cet article, le président de la République ne peut que faire deux mandats, donc 10 ans maximum.

En quoi la sentence de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) pourrait-elle contraindre Ouattara d’une part à quitter le pouvoir, et d’autre part les pays africains à apporter leur soutien au président Soro ?

Pour l’heure, nous ne sommes pas à l’étape de demander à Alassane Ouattara de quitter le pouvoir. Il s’agit tout d’abord pour nous, peuple souverain de Côte d’Ivoire, d’exiger que le président Ouattara se conforme simplement à ce que dit la Constitution ivoirienne. Il doit donc se retirer de cette élection, procéder à une réforme de la Commission électorale inféodée par le clan Ouattara, sans oublier la dissolution de ce Conseil constitutionnel qui a décidé de trahir le peuple. Nous exigeons que le droit soit dit. En effet, au regard du droit et conformément aux dernières décisions de la Cour africaine qui nous donne raison et estime que notre candidat est bien éligible, les Ivoiriens attendent de voir le président Soro, y compris le président Gbagbo, être réintégré dans leur droit et dans le processus électoral comme l’ont signifié les juges à Arusha. Des juges dont la crédibilité et l’impartialité ne souffrent d’aucun doute, contrairement à la justice manipulée et aux ordres en Côte d’Ivoire.

La CADHP étant une juridiction supranationale, ses décisions sont exécutoires et sont frappées du principe du droit communautaire qui prime sur les décisions des pays membres. Alassane Ouattara tente de se débiner et veut se présenter comme un souverainiste auprès de ses partisans. Cette attitude est le propre de tous les dictateurs en perte de vitesse. Ils enclenchent tous désespérément un bras de fer avec leur peuple et la communauté internationale.

Le monde aujourd’hui évoluant avec le droit et sa stricte application, la communauté internationale, par la voix de certaines instances comme l’Union européenne et les Nations unies, s’est déjà signalée, rappelant à l’État de Côte d’Ivoire qu’elle se doit de respecter ses accords internationaux et tenir des élections inclusives. Si par la diplomatie Ouattara refuse d’obéir et de se conformer, nous savons tous comment la communauté internationale peut et sait jouer de son influence pour enclencher des sanctions ciblées contre les pires dictatures. Les mentalités ont évolué. Le président Embalo de la Guinée-Bissau, pour ce que je sais, est contre ce coup d’État civil en Côte d’Ivoire. Le président du Nigeria, Buhari, a clairement invité ses pairs à rompre avec les vieilles pratiques de présidence à vie et de confiscation du pouvoir. Le président Mahamadou Issoufou du Niger, qui part la tête haute, ce n’est certainement pas ce grand homme qui cautionnera les agissements de monsieur Dramane Ouattara.

La Fondation Koffi-Annan, dans une déclaration adressée à l’ONU et à l’État de Côte d’Ivoire, a demandé que les prisonniers politiques soient libérés et aussi mis l’accent sur l’importance d’une élection inclusive. Alors, voyez-vous, aucun pays africain de la sous-région ne veut voir leur principal partenaire économique être le porte-flambeau du recul drastique de la démocratie. Nous avons le droit avec nous, et l’Afrique également est avec les Ivoiriens. Une grande manifestation est prévue pour ce samedi.

Le peuple de Côte d’Ivoire prendra son destin en main car aucune dictature n’a jamais résisté face à la détermination d’un peuple. Je vous assure et vous rassure que Ouattara ne sera pas le futur président en Côte d’Ivoire. Il est isolé diplomatiquement et affaibli, même au sein de son parti, avec ces nombreuses défections. L’épisode Alassane Ouattara sera conjugué au passé dans quelques semaines grâce à Dieu, la justice et au peuple de Côte d’Ivoire.

Pourquoi soutenez-vous que l’ambition des présidents Ouattara, Condé (Guinée) et d’autres présidents africains de poursuivre les chantiers entamés dans le développement de leurs pays à travers un 3e mandat ne pourrait-être soutenue ?

Il appartient à chaque peuple de prendre ses responsabilités devant l’histoire, et les Ivoiriens le font de fort belle manière après avoir passé une décennie sous le joug de la dictature du président Ouattara. Je parlerai donc de la Côte d’Ivoire, mon pays. Vous le savez aussi bien que moi, le développement, ce n’est pas uniquement s’endetter pour la réalisation de chantiers pharaoniques. Nulle part dans la Constitution, il est mentionné qu’on a obligation de violer la Constitution parce qu’on a entamé la construction d’un pont. L’État est une continuité. Les grands chantiers en exécution aujourd’hui ont été pensés depuis les années 90 et 2000. Cependant, c’est le président Alassane qui les a mis en œuvre. Le même Ouattara, hier opposant, traitait tous les régimes des pires noms d’oiseaux. Ouattara a certainement parachevé les projets de construction des infrastructures initiés par ses prédécesseurs. Mais au nom de cela, il ne peut, en aucun cas, se permettre de violer la Constitution comme si le pays lui appartenait.

D’ailleurs, de quel réel développement parle-t-on ? Faites un tour à Kong, dans la ville même du président Ouattara. Le programme PPTE dont a bénéficié la Côte d’Ivoire devait aussi servir à la construction de l’hôpital général de Kong. Le chantier censé être livré au plus grand tard en janvier 2014 est abandonné et est laissé sans surveillance.

Visitez des localités comme Dabakala, Niakara dans le nord. Allez-y dans l’ouest et sur le littoral. Les paysans peinent à écouler le vivrier par manque de bitume. Tout est concentré sur Abidjan juste pour séduire le monde. Sillonnez la Côte d’Ivoire profonde et vous verrez encore des villes sans électricité, des enfants qui prennent leurs leçons sous des hangars de fortune. Les Ivoiriens souffrent au quotidien. La croissance n’existe que de nom, ou elle ne profite qu’au clan au pouvoir. Les pauvres Ivoiriens qui ont souscrit au projet du logement social sont aujourd’hui dans le désarroi car rien n’a été fait. La santé, l’éducation, la sécurité et la justice sont de grands chantiers qui n’ont jamais êtes au cœur du programme social. Vous voulez que les Ivoiriens continuent dans cette misère ? Non, il n’y aura pas de troisième mandat en Côte d’ivoire.

Quel héritage voulons-nous laisser aux futures générations ? Celle qui consiste à dire que la politique ne repose que sur la roublardise ? La politique nécessite aussi le strict respect des normes établies. Avoir de l’intégrité et surtout ne pas baigner dans le sectarisme et la catégorisation des citoyens.

Nous, nous voulons inculquer de nouvelles valeurs aux Ivoiriens. Des valeurs citoyennes surtout, et c’est ce à quoi nous aspirons avec Générations et peuples solidaires.

Le progrès c’est aussi faire en sorte que l’indice de développement humain ne soit plus au rouge. Nous envisageons de mettre les Ivoiriens au cœur d’une stratégie politique et de développement qui se veut participative et inclusive. Nous voulons être le pont entre les générations pour bâtir la nation ivoirienne réconciliée et prospère.

Le dernier mot est à vous.

Aux Africains et à mes concitoyens ivoiriens en particulier, je réitère notre ferme engagement et celui du président Guillaume Soro de bâtir une Afrique nouvelle basée sur la solidarité entre les peuples, sans injustice ni exclusion. Une Afrique solidaire et prospère.

L’éducation sera la clé et la justice sociale le moteur de cette vision. Notre génération se doit de marquer l’histoire de façon quantitative et qualitative. Nous y parviendrons, et j’en suis persuadé au regard du puissant leadership de cette nouvelle race de jeunes africains. Oui je suis confiant.

Je terminerai avec cette citation de Thomas Sankara qui dit que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère. Que l’Afrique se réveille et mette fin aux présidences à vie qui ont assez plongé le continent dans le cycle de violences et d’instabilité. Que Dieu bénisse les peuples frères du Burkina et de la Côte d’ivoire !

Interview réalisée par Edouard Samboé
Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment