Coopération militaire : Simon Compaoré rappelle au chef d’Etat-major des armées françaises que « nos parents » ont aussi aidé la France à vaincre l’ennemi

Les propos de l’ambassadeur de France au Burkina, Xavier Lapeyre de Cabanes (en fin de mission) et du chef d’Etat-major des armées françaises sur la lutte contre le terrorisme dans le Sahel ne passent pas du tout du côté de la majorité présidentielle (l’Alliance des partis et formations politiques de la majorité présidentielle (APMP). En conférence de presse ce jeudi, 25 juillet 2019 à Ouagadougou, pour faire le point des travaux du dialogue politique national (15-22 juillet 2019), le président de cette coalition politique, Simon Compaoré, par ailleurs président du parti au pouvoir, a envoyé une réplique.

« Il (l’ambassadeur) représente son pays, il a parlé. Mais si vous voulez, vous aussi, vous parlez ! Est-ce qu’il y a quelqu’un qui vous a interdit de parler ? », rétorque-t-il d’abord à cette préoccupation d’un confrère sur les propos de l’ambassadeur de France au Burkina, Xavier Lapeyre de Cabanes, à travers des médias. Simon Compaoré poursuit : « Il a exprimé son point de vue et vous êtes libres aussi d’exprimer votre point de vue, comme nous allons le faire tout à l’heure ».

Les salamalecs lancés, Simon Compaoré va aussi donner son point de vue, dans un langage simple et un style propre à lui. « Non, nous on gère le pouvoir d’Etat. Donc, on doit faire beaucoup attention dans nos propos. Quand on gère le pouvoir, on évite des légèretés dans notre façon de faire », aborde-t-il, précisant toutefois qu’il serait « irresponsable » de dire que, parce qu’on est indépendant, on n’a besoin de personne. En clair, l’indépendance ne veut pas dire qu’on se suffit à soi, souligne M. Compaoré.

« Ceci dit, nous avons notre amour propre », brandit le premier responsable du MPP avant d’amorcer : « Peut-être qu’il aurait pu faire comme le général De Gaulle qui disait : il faut y penser, mais ne jamais en parler. Et comme il a parlé, on est obligé de réagir. Ce n’est pas bon. Si c’était avant 1960 qu’il disait ça, on pouvait comprendre. Aujourd’hui, nous sommes en 2019 ; donc, a acquis notre indépendance politique, depuis 1960, et ce n’est pas bon qu’on nous traite de cette façon-là ». Simon Compaoré ne nie pas à l’ambassadeur, le droit de réagir à certains propos contre son pays, mais estime que cela doit se faire dans le respect des autres.

Cette sortie de l’ambassadeur est perçue dans le même registre que ces propos du chef d’Etat-major des armées françaises, qui, au sujet de la lutte contre le terrorisme au sahel, affirmait : « Si on n’est pas là, ces pays s’effondreront sur eux-mêmes ». Une déclaration que Simon Compaoré bat en brèches. « On a des problèmes (peut-être, on peut avoir d’autres problèmes), la situation peut devenir beaucoup plus intense, mais on ne va pas disparaître. Ce n’est pas vrai. Le Burkina existe depuis. Les autres pays aussi. Donc, ses propos sont choquants. Quand on est un patriote, et quand on se réfère à ce que nous chérissions pendant la Révolution, on ne peut pas ne pas réagir par rapport à de tels propos », fustige-t-il avec verve, qualifiant ces propos de « déplacés ».

« Je ne suis pas content des propos de ce général qui pense que si les forces qui sont au Mali, au Niger et un peu au Burkina (parce que ce n’est pas la même chose), on va disparaître. C’est une insulte à notre peuple, à notre intelligence », défend l’ex-ministre d’Etat auprès de la présidence.

Sur cette question de terrorisme, Simon Compaoré situe : « Nous avons plutôt des problèmes liés au manque de moyens ; parce que nous ne fabriquons pas d’armes, on ne fabrique pas les véhicules qui peuvent résister aux mines, nous ne fabriquons pas les mines. Tout ça, c’est de l’autre côté ! C’est ce dont nous avons besoin pour nous armer. D’autant que ceux qui nous attaquent ont ces moyens-là et ces moyens sont fabriqués de l’autre côté. Donc, au moins, qu’on nous mette sur un pied d’égalité pour voir maintenant notre patriotisme, notre combativité ».

Pour illustrer ses propos, et en guise de devoir de mémoire, le principal orateur à la conférence de presse rappelle à ces deux autorités françaises : « Nous avons des hommes et nos parents même sont partis combattre chez eux ! C’est cela qu’il ne faut pas oublier aussi. Il y a des anciens combattants qui vivent toujours (il y en a qui sont morts, malheureusement) ; il ne faut pas oublier cela. (…). L’Europe, la France ont eu besoin de nous. C’est pour cela on a pris nos parents ici pour aller combattre contre l’ennemi. Pourtant, on n’était pas au même niveau ! Elles ont eu besoin de bras valides. La sagesse commande donc que nous ayons les pieds sur terre ».

L’ancien ministre de la Sécurité reste donc convaincu que la lutte contre le terrorisme est d’abord l’affaire de chaque pays, l’appui externe étant un plus, qu’on ne refuse pas. « Nous sommes les artisans de notre propre victoire ou de notre propre défaite. Ça au moins, c’est clair. Il faut savoir compter sur ses propres forces d’abord », a conclu Simon Compaoré, en guise d’invite aux Burkinabè à resserrer les rangs.
Lefaso.net

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