Contrôle Citoyen : Trois projets routiers à la loupe du REN-LAC

Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a organisé un atelier de restitution des travaux de suivi citoyen des projets routiers de l’Etat le 21 février 2020. Deuxième du genre, cette activité menée en collaboration avec le ministère en charge des transports s’inscrit dans le cadre du projet de gouvernance économique et de participation citoyenne. Pour la présente étude, ce sont trois projets routiers qui ont été passés à la loupe des fins limiers du REN-LAC. Tous présentent des manquements.

Au-delà des lancements en grande pompe des projets de construction de route, des promesses de respect des délais, la réalité est tout autre. Si les travaux ne tardent pas à démarrer, ils sont souvent exécutés sans respects des engagements, avec des préjudices pour les citoyens. C’est le cas des projets qui ont fait l’objet de cette étude, la RN4 passant devant l’hôpital Yalgado Ouédraogo, la route Manga-Zabré et le tronçon Kantchari-Diapaga-Tansarga-frontière du Bénin. Il faut donc un œil extérieur pour jouer les vigies. Et c’est là que se justifie l’initiative du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) dans le cadre du projet de gouvernance économique et de participation citoyenne, soutenu par la banque mondiale.

Elle se tient « dans la conviction que le citoyen a intérêt à savoir ce que le gouvernant a prévu pour lui. Et le gouvernant a intérêt à ce que le citoyen sache et suive ce qui a été programmé et ce qui est fait dans son intérêt. Ce n’est pas un travail de défiance, mais un simple travail de regard critique citoyen pour voir si ce qui est prévu est fait », a expliqué le secrétaire exécutif du REN-LAC, Sagado Nacanabo.

Ce travail de veille, n’est pas souvent du gout de certains acteurs qui ont des choses à se reprocher, reconnait le secrétaire exécutif qui se réjoui d’ailleurs de ce fait. « Cela ne fait pas sans grincement de dents pour ceux qui veulent pécher en eau trouble qui sont tout temps à l’affut des ‘’gombo’’ pour racketter ou faire la corruption. Nous faisons un travail peut ne pas plaire à ces gens-là, mais ça ne nous dit rien que ça ne les plaise, parce que si ça leur plait, ça veut dire que nous n’avons pas bien fait notre travail ».

Habibou Tapsoba, experte en gouvernance représentante du coordonnateur du projet précise par contre que les rapports produits ne sont pas « un bras de fer » entre l’organisme de lutte contre la corruption et les autorités en charge des infrastructures. Il s’agit de déceler les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des projets routiers, et travailler de concert à trouver des solutions pour le bien des citoyens. Vincent de Paul Dabiré, conseiller technique du ministre des infrastructures ne la contredit. « C’est toute une dynamique qu’il faut. Il faut qu’on puisse se retrouver, préparer les projets, lancer les travaux pour que ça puisse être bien fait dans les règles de l’art ». Mais en attendant, les projets routiers concernés par le suivi citoyen révèlent tous des manquements.

Ces routes qui peinent à se mettre en route…

« Parmi tous les chantiers, il n’y a pas un seul qui est en règle aujourd’hui », tranche Mafing Kondé, ancien trésorier du REN-LAC. La RN4 passant devant l’hôpital Yalgado Ouédraogo, la route Manga-Zabré et le tronçon Kantchari-Diapaga-Tansarga-frontière du Bénin connaissent tous des difficultés, il y a bien longtemps qu’ils devraient tous être terminés. Des retards imputatifs aux problèmes d’indemnisation des personnes affectées, de déplacement des réseaux (ONEA, SONABEL)…

Pour les indemnisations des personnes affectées, Mafing Kondé note que chaque partenaire technique et financier a sa technique d’approche. « En principe, les personnes doivent être dédommagées avant le démarrage des travaux. Sur le terrain, il y a des problèmes sérieux, mais on travaille à les résoudre », note-il. Il regrette par ailleurs la non prise des préoccupations et des intérêts des populations qui subissent la poussière, et ne bénéficient pas de déviations.

Pour la route, Kantchari-Diapaga-Tansarga-frontière du Bénin, il y a deux lots. Le deuxième, celui qui va de Diapaga à la frontière du Bénin, « c’est 0% de démarrage et on évoque le problème d’insécurité », regrette Mafing Kondé.

Vincent de Paul Dabiré, conseiller technique du ministre des infrastructures, tout en reconnaissant les couacs décelés par l’étude, note que le ministère n’est qu’un acteur parmi tant d’autres et il ne maitrise pas tout. « Un chantier de route qui pèse plus de 20 milliards, ce sont des gros chantiers, et tout ne peut être fait sans difficultés, mais il faut que les gens se disent qu’il y a beaucoup d’acteurs dans la construction de infrastructures routières. Il y a des éléments qui peuvent être maitrisés par le ministère des infrastructures, il y a des éléments aussi qu’on ne maitrise pas », explique-t-il. Parmi ces facteurs non maitrisés, il y a ceux des réseaux, ONEA, SONABEL, qui ne relèvent pas du ministère. « Souvent on n’arrive pas à avoir une bonne coordination avec ces propriétaires des réseaux et cela rallonge les délais qui retardent les chantiers », reconnait-il.

Le conseiller technique du ministre des infrastructures a promis que les recommandations issues de l’atelier de restitution feront l’objet d’un examen sérieux par le ministère afin d’améliorer l’exécution des projets routiers.

Dans ses prochains suivis citoyens des projets de l’Etat, le REN-LAC s’intéressera à d’autres infrastructures publiques comme les écoles et les centres de santé.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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