Centenaire du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) : « C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta », décrypte le Pr Magloire Somé

1919-2019. Voilà 100 ans que la France a créé la colonie de Haute-Volta devenue Burkina Faso en 1984 sous la Révolution démocratique et populaire dirigée par Thomas Sankara. Dans le cadre de la commémoration du centenaire, cet entretien avec le Pr Magloire Somé, enseignant de littérature orale africaine à l’Université Joseph Ki-Zerbo, a permis de revisiter les grandes périodes qui ont rythmé l’évolution de la Haute-Volta coloniale, pour une meilleure compréhension de l’histoire de notre pays.

Lefaso.net : Dans quelles circonstances la colonie de Haute-Volta a-t-elle été créée ?

Pr Magloire Somé : Les circonstances de la création de la Haute-Volta sont liées à la situation du Haut-Sénégal-Niger pendant et au lendemain de la première Guerre mondiale. En effet, pendant cette période, il y a eu une série de révoltes. Il s’agit d’abord de la révolte des Toussian, à l’Ouest de Bobo-Dioulasso, débutée au quatrième trimestre de l’année 1913, et qui s’est poursuivie en 1914. Cette révolte a été réprimée dans le sang par Henri Maubert, administrateur commandant le Cercle de Bobo-Dioulasso. Puis s’en est suivie, en 1916, la révolte des Touaregs dans l’Oudalan actuel.

En 1915 et 1916, il y a eu la révolte de l’ensemble des populations de la Boucle de la Volta noire, l’actuelle Boucle du Mouhoun. Cette dernière révolte est plus connue parce que Nazi Boni, en tant qu’écrivain, en a fait une esquisse dans « Crépuscule des temps anciens ».

Cette révolte est aussi celle qui a le plus duré dans le temps et a concerné un territoire plus vaste. Le cercle de Koudougou fait partie de la zone de révolte. Il a fallu au colonisateur français deux ans pour arriver à l’endiguer. Commencée en 1915, c’est seulement en 1916 que le colonisateur a pu la maîtriser.

Toujours pendant la guerre, en 1917, le gouverneur général de l’Afrique occidentale française, Joost Van Vollenhoven, avait essayé de réviser la politique coloniale de la France qui était fondée sur le principe de l’assimilation. Ce principe était lié aux idées politiques françaises de depuis la révolution de 1789. Les révolutionnaires français avaient pensé que la meilleure manière d’avoir une France où les populations sont intégrées, c’était d’assimiler les minorités ethniques du royaume de France qui venait de passer sous le régime de la république.

La politique en vigueur sous la Révolution et pendant tout le XIXe siècle était donc l’assimilation. La conséquence de ce principe politique était la centralisation administrative. Ce principe d’administration du territoire français fut transposé dans l’empire colonial. C’est ainsi que le colonisateur français avait nommé un gouverneur général qui, de Saint-Louis d’abord, puis ensuite de Dakar, devait diriger la Fédération des territoires de l’Afrique occidentale française, plus communément appelée l’AOF.

À la tête des territoires de l’AOF, il y avait des lieutenant-gouverneurs qui répondaient du gouverneur général. Joost Van Vollenhoven avait trouvé que ce système politique ne permettait pas à la France de bien administrer les colonies. Et il avait proposé qu’on rompe avec le système de l’assimilation pour nouer avec un nouveau système qu’il proposait : celui de l’association. Dans le système de l’assimilation, la France niait les autorités traditionnelles africaines.

Les chefs africains étaient des sujets au même titre que leurs sujets. Par contre, dans le principe d’association proposé par Van Vollenhoven, les autorités traditionnelles devaient être reconnues et la France devait les associer à l’administration des territoires. Se fondant sur ce principe, en AOF, les lieutenant-gouverneurs prescrivaient aux administrateurs commandant les cercles de créer des Conseils de notables.

Ce conseil était un organe de décision regroupant autour du commandant du Cercle, les chefs de canton et un certain nombre de notabilités africaines du Cercle, c’est-à-dire les figures les plus respectées dans la société. Lorsque le commandant de Cercle voulait prendre une décision, il informait le Conseil des notables de ce que veut l’autorité française et s’appuyait sur lui pour la faire exécuter.

Par exemple, quand il s’agissait de mobiliser la main-d’œuvre sur un chantier colonial, il demandait aux notables de mobiliser parmi la population les hommes et les femmes les plus valides. Cela avait permis de redonner une certaine reconnaissance aux chefs africains, surtout aux chefs de canton qui étaient désormais contents de pouvoir s’asseoir avec le commandant de Cercle, de l’écouter, et fiers de lui rendre service, contrairement à la période précédente où le commandant de Cercle n’était pas aussi accessible que cela.

Quand en 1917, Joost Van Vollenhoven décide de changer de système politique, il fallait aussi trouver une solution à la question de l’administration des territoires coloniaux. Le Pr Georges Madiéga (1981) a montré dans « Esquisse de la conquête et de la formation territoriale de la colonie de Haute-Volta » qu’il y avait une difficulté à ce niveau : l’encadrement du territoire.

Il y avait très peu d’administrateurs pour un vaste ensemble territorial. C’est pour pallier cette situation que le colonisateur français a décidé de créer la Haute-Volta. Mais les grandes révoltes de 1913 à 1916 ont été un élément déterminant dans cette décision de subdivision territoriale.

Quels ont été les grands acteurs de cette création de la Haute-Volta ?

Les acteurs, ce sont les Français. C’est le gouvernement français qui a décidé de créer la Haute-Volta, parce qu’on a fait le constat que l’administration était trop éloignée des administrés et qu’il fallait la rapprocher de l’administré.

La parenthèse de la dislocation de la Haute-Volta après sa création est porteuse de quel message ?

La dislocation de la Haute-Volta relève de la politique de la France en Afrique occidentale. La France a créé la Haute-Volta à un moment donné où elle a estimé qu’il le fallait pour résoudre la difficulté de l’administration de l’AOF, mais aussi en fonction de ses propres intérêts. En 1932, c’est toujours en fonction de ses intérêts du moment que la France a estimé qu’il fallait supprimer la Haute-Volta. Comprenez que la France a conquis un empire et puis elle l’organise et le réorganise comme elle veut au gré des intérêts du moment.

Est-ce qu’au moment de la dislocation de la Haute-Volta, il y avait des élites intellectuelles ?

Selon le système éducatif mis en place à cette époque, la France n’avait ni la volonté, ni l’ambition de créer des élites. La classe politique française de cette époque était consciente qu’en formant des intellectuels aux colonies, on créait les germes de la contestation de la domination coloniale.

La France avait besoin d’envoyer des gens à l’école, ou plus exactement, de prendre en otage les enfants des colonisés pour leur apprendre à l’école le b.a.-ba des connaissances littéraires et scientifiques. L’essentiel était qu’ils sachent lire et écrire et que l’on puisse les utiliser dans l’administration. Dans l’entre-deux-guerres, le niveau le plus élevé de la formation scolaire était le primaire supérieur qui conduisait au BEPC.

Le 5 août 1960, le président Maurice Yaméogo a proclamé l’indépendance de la Haute-Volta (devenue Burkina Faso en 1984, avec l’avènement de la Révolution). D’aucuns disent qu’il a pris cette décision sans au préalable conclure une quelconque entente de coopération avec la France. Quel est votre opinion sur la question ?

C’est trop réducteur de dire qu’il n’y avait pas eu d’entente préalable avec la France. La France de De Gaulle, en 1958, avait proposé un processus pour aller à l’indépendance. De Gaulle avait demandé que la France fasse une communauté avec ses anciennes colonies : la Communauté franco-africaine.

Et pour cette communauté, il a proposé un référendum qui a eu lieu le 28 septembre 1958. Il a battu campagne pour cela à travers toute l’Afrique française de l’époque. La plupart des Africains étaient d’accord avec la Communauté franco-africaine, à l’exception de la Guinée-Conakry.

Et elle prit immédiatement son indépendance. Pour tous les autres pays qui ont accepté d’appartenir à cette communauté, c’est progressivement qu’ils ont accédé à l’indépendance ; et c’est progressivement qu’un certain nombre d’accords ont été signés. Sur les accords de défense par exemple, la Haute-Volta de Maurice Yaméogo fut le pays de la Communauté franco-africaine qui refusa les accords de défense proposés par la France et dont un des termes était le maintien de l’armée française sur notre territoire.

L’euphorie de l’indépendance n’a-t-elle pas eu des conséquences lourdes pour « le jeune État » ?

L’euphorie des indépendances a voulu peut-être qu’on se sépare de la France, mais les Français ont dit : « Si vous nous chasser, vous êtes les grands perdants. Vous avez encore besoin de techniciens, y compris les militaires pour vous accompagner dans l’élaboration et la mise en œuvre de vos politiques de développement ».

Sous la présidence du général Aboubakar Sangoulé Lamizana (1966 à 1980), les autorités voltaïques ont compris que c’était toujours nécessaire d’avoir ces techniciens-là comme soutiens. Donc, elles ne les ont pas chassés. Dans les années 1980, il y avait toujours de nombreux coopérants français dans notre pays. C’est par ce système que la France a gardé des liens avec ses anciens territoires.

Toutefois, sous la Révolution démocratique et populaire, avec Thomas Sankara, les accords de coopération ont été révisés. Les révolutionnaires ont fait comprendre à la France, que le Burkina Faso a désormais suffisamment d’élites dans divers domaines, donc ils n’ont plus besoin de l’assistance dans tous les domaines. Une assistance qui coûtait cher au budget de l’État…

Quels qualificatifs peut-on attribuer aux premiers moments de la gestion du pouvoir d’État après cette indépendance ?

La gestion du pouvoir sous la première République, du point de vue de la gestion de l’administration, se faisait dans la continuité de la colonisation avec tantôt des Africains à la tête des institutions, tantôt des Français maintenus à la tête de certaines institutions lorsqu’on n’avait pas de Voltaïque qualifié pour occuper le poste.

La Constitution de la première République rédigée en 1958, et promulguée le 11 décembre 1958 (ce qui explique notre 11-Décembre), avait donné le plein pouvoir au président Maurice Yaméogo. Celui-ci était omnipotent. Et comme il était omnipotent, il avait abusé de son pouvoir.

Les abus du pouvoir l’amenaient à remanier très fréquemment le gouvernement, de sorte qu’on avait l’impression qu’il y avait des crises qui justifiaient les changements fréquents de l’équipe gouvernementale. Dans sa volonté de créer un parti unique, il rencontrait la résistance de l’opposition et n’hésitait à jeter les opposants les plus radicaux en prison. Il y eut beaucoup de prisonniers politiques.

La Constitution, qui avait mis en place un régime présidentiel fort, n’était pas au bénéfice de la stabilité du pouvoir. C’est là une des raisons de la faillite de la première République où le président Yaméogo prenait pratiquement tout seul les décisions et, par conséquent, mettait l’Assemblée nationale et ses collaborateurs sur le fait accompli.

Quelles ont été les expériences démocratiques que le pays a connues ?

La première République est une expérience démocratique parce qu’elle était fondée sur une Constitution où des élections avaient lieu régulièrement, même si ces élections n’étaient pas très transparentes. Après cela, il y a eu l’expérience de la deuxième République à partir 1970 où le président Sangoulé Lamizana avait fait voter la Constitution de la deuxième République qui était semi-présidentielle. Cela veut dire qu’on avait diminué un peu le pouvoir du président.

L’Assemblée nationale contrôlait l’exécutif. Cette expérience a fait long feu jusqu’en 1974. En effet, les élections étaient prévues pour 1975, mais les partis politiques étaient encore dans des déchirements internes, des affrontements, à tel point que le président de la République avait estimé que si on organisait des élections dans un climat de désordre, on ne gagnerait pas en stabilité dans le pays ; donc il a renvoyé les civils et fait appel aux militaires.

Il eut, lui aussi, par la suite, la tentation de créer un parti unique un peu comme ce qui se passait en Côte d’Ivoire, en Tanzanie (…). Les partis politiques, qui s’étaient réfugiés dans les syndicats, y avaient brandit l’argument des libertés que le régime militaire voulait limiter par le biais du parti unique. Les syndicats organisèrent alors la résistance.

Et c’est pour cela que le général Lamizana avait été obligé de faire voter la Constitution de 1977 qui avait permis les élections de 1978. La troisième République était également une expérience démocratique. Elle fut de très courte durée. Elle échoua, avec le coup d’État du 25 novembre 1980 du colonel Saye Zerbo. La dernière expérience démocratique est celle de la quatrième République dans laquelle nous sommes.

Parmi ces expériences, lesquelles sont porteuses d’enseignements positifs pour notre pays ?

Toutes les expériences citées ci-dessus sont porteuses d’enseignements. Relativement à la quatrième République, le président Blaise Compaoré avait les pleins pouvoirs. C’est une quatrième République qui a duré des décennies. Le président Compaoré avait mis en place un système qui lui permettait d’être toujours réélu, jusqu’à ce que le peuple soit lassé de cette gouvernance faite de turbulences et n’en voulait plus, surtout lorsqu’il a voulu modifier l’article 37 de la Constitution.

À cause du régime fort de la IVe République, le Conseil national de la transition avait jeté les bases pour une cinquième République. Le régime du président Roch Kaboré a mis en place une commission constitutionnelle qui a élaboré une nouvelle Constitution devant faire l’objet d’un référendum pour son adoption.

Là aussi, on a tiré les leçons du pouvoir présidentiel trop fort et on est revenu à l’idée d’un pouvoir semi-présidentiel. La nouvelle Constitution, qui va faire l’objet d’un référendum, limite les pouvoirs du président. Toute expérience du pouvoir, quelle que soit sa durée dans le temps, offre des possibilités de tirer des leçons de la gestion du pouvoir.

Est-ce qu’une meilleure connaissance de l’histoire de notre pays pourrait contribuer à forger une citoyenneté responsable et cultiver le patriotisme ?

Oui. L’histoire permet de forger quelque part la citoyenneté en rappelant que par le passé, les différents peuples qui composent la nation d’aujourd’hui se sont soit affrontés entre eux dans le temps, soit se sont unis contre un ennemi extérieur commun. Et qu’à force de vivre ensemble dans le même espace territorial, à force de travailler, ont fait naître la volonté commune de construire l’État-nation, d’en faire une nation. On prend alors conscience qu’on a un destin commun.

Donc, on a intérêt à consolider cette nation qu’on est en train de créer. De ce point de vue, l’histoire est un facteur puissant de réalisation de la citoyenneté. On peut s’appuyer sur l’histoire pour enseigner la citoyenneté aux gens. Ce n’est pas parce que, par le passé, on s’est bagarré qu’on continuera à se bagarrer. On tait les antagonismes pour tisser des liens de solidarité sur la base de l’appartenance commune au même ensemble territorial, sur lequel nous construisons ensemble, avec un nécessaire élan de patriotisme, l’État-nation.

Quel est l’héritage légué par le centenaire de la Haute-Volta dont ce pays peut s’enorgueillir ?

On a noté, sous la colonisation, une valeur qui était la valeur au travail. Cette valeur a caractérisé le Voltaïque. On a également noté, pour la Haute-Volta, l’attachement de l’ensemble des peuples voltaïques à leur liberté. À titre d’exemple, les soulèvements successifs des peuples voltaïques, d’abord pour secouer le joug de la colonisation, puis pour contester les abus du pouvoir dans la période postcoloniale : le 3 janvier 1966. On peut aussi parler de la Révolution comme un mouvement qui a canalisé beaucoup d’énergie chez des Burkinabè.

Enfin, l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, qui a montré que le peuple burkinabè est attaché à la valeur de la liberté. Il y a aussi la valeur de tolérance, parce qu’au Burkina Faso, on a vu quand même que comparativement à ce qui se passe ailleurs, le vivre-ensemble était quelque chose de sacré où il y a eu des brassages, qui se poursuivent encore aujourd’hui. L’esprit de tolérance a beaucoup caractérisé le Voltaïque. Voilà donc trois valeurs essentielles que l’on peut considérer comme héritage du passé.

Au regard de cet héritage, quels sont les défis du moment qui restent à relever ?

Les défis sont nombreux. Même si j’ai parlé de tolérance, avec ce qui se passe dans le monde, dans la sous-région, le vivre-ensemble est en train de s’effriter. Même la valeur du travail s’affaiblit. L’esprit de tolérance est en train de s’évanouir comme un vivant en agonie. Et de plus en plus, des gens affichent des idées radicales qui ont tendance à confronter les différentes composantes de la population.

Vous voyez que le gouvernement insiste sur la cohésion sociale jusqu’à en faire une mission de gestion du pouvoir d’État confiée au ministère de l’Administration territoriale. Pour que nous puissions relever le défi du développement, il faudrait que nous puissions d’abord relever le défi de la cohésion sociale. Il y a aussi la question de l’incivisme. Comment renouer avec le civisme dans notre pays ? S’il n’y a pas de cohésion sociale, de civisme, de patriotisme (…), le développement devient impossible.

Cent ans après son existence, quel avenir envisagez-vous pour le Burkina Faso ?

L’historien n’est pas un prophète pour dire que telle chose va se passer de telle manière dans tel espace-temps, mais il peut esquisser des perspectives. Dans ce que j’appellerai perspectives, c’est qu’au jour d’aujourd’hui, nous sommes confrontés à la question de l’insécurité. Ce problème est à prendre très au sérieux parce qu’il menace notre vivre-ensemble et notre stabilité.

Y-a-t-il une fondation solide de l’esprit de la nation burkinabè, au regard des affrontements entre communautés pour une sorte d’affirmation identitaire ?

Une nation est toujours une construction permanente. Nulle part dans les pays développés, vous n’allez entendre des gens dire qu’ils ont fini de construire leur nation. Il y a toujours des menaces contre l’esprit national. Surtout que nous, nous sommes une jeune nation en construction. Les fondements de ce jeune État restent encore fragiles. Et par conséquent, nous avons besoin de cette cohésion sociale pour nous mettre dans une union sacrée et consolider l’État-nation. Même en Europe, aux États-Unis, en Chine, l’État-nation est menacé.

Est-ce que vous pouvez nous apporter des éclairages sur le Cercle de Saye rattaché au Niger en 1927 ?

Il y a eu le Haut-Sénégal-Niger créé en 1904. En 1911, on a détaché le Niger et on a constitué le territoire militaire du Niger. En 1919, quand on a créé la Haute-Volta, le Haut-Sénégal-Niger dont il s’agissait, c’était un territoire qui regroupait le Mali actuel et le Burkina Faso actuel. Quand on a détaché la Haute-Volta en 1919, sa limite orientale était le fleuve Niger. On a créé plus tard, en 1920, le Soudan français. Et en 1921, le colonisateur français a créé le territoire du Niger dont la capitale était à Zinder, pratiquement dans le désert.

En 1926, comme des problèmes d’eau se posaient à Zinder, il a décidé de déplacer la capitale du Niger au bord du fleuve, à Niamey. Si on gardait le Cercle de Saye dans la Haute-Volta, la capitale du Niger serait situé au bord d’une frontière. C’est ainsi que le colonisateur français a décidé de détacher le Cercle de Saye et de le rattacher au Niger. Cette décision fut prise en 1926. Quand la France a disloqué la Haute-Volta en 1932, pour la reconstituer en 1947, elle a dit que la Haute-Volta est reconstituée dans ses frontières de 1932.

Il faut que les Burkinabè comprennent que le Cercle de Saye n’est pas mis en débat. Ce n’était pas une partie de notre territoire que le territoire voisin aurait conquis par l’épreuve de force. Le colonisateur français avait conquis l’ensemble de ces pays ; puis il les organisait et les réorganisait comme il le voulait. En d’autres termes, il n’y a pas de sort, pour ce qui nous concerne, nous Burkinabè, du Cercle de Saye.

Quelle analyse faites-vous de la situation nationale rythmée, entre autres, par des mouvements d’humeur tous azimuts ? 

Malgré nos différences, nous sommes les mêmes et nous avons le devoir de construire ensemble un Burkina Faso prospère. C’est cette prise de conscience qui, quelquefois, nous fait gravement défaut. Les questions de conquête et de gestion du pouvoir donnent à voir que nous sommes en train de nous bagarrer et que plus rien n’est possible.

Un autre fait est aussi remarquable : le fait des égoïsmes qui émergent et qui font oublier l’essentiel. Les égoïsmes, c’est au niveau, par exemple, des multiples revendications où les gens pensent qu’il faut tout conquérir ici et maintenant, qu’il faut tout gagner dans le court terme, en oubliant que nous avons le devoir de construire le Burkina Faso pour la postérité, le Burkina Faso de demain, pacifique et émergent. Ce n’est pas à travers l’égoïsme que nous allons pouvoir le faire.
Lefaso.net

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