Cameroun – Crise anglophone : enfin le message du Graal ?

Dans son adresse à la Nation, le président camerounais Paul Biya a promis mardi un « grand » dialogue afin de trouver des solutions idoines et durables à la crise anglophone. Une grande annonce certes, mais qui pourrait ne pas produire les résultats escomptés.

Yaoundé, Douala, Buea, Bamenda, Bertoua, Maroua, …. En cette soirée du mardi 10 septembre 2019, c’est tout le Cameroun ou presque qui était devant le petit écran pour écouter en direct du Palais présidentiel d’Etoudi à Yaoundé, le message à la Nation de Paul Biya.

Avare de ce genre d’exercice, le chef de l‘État camerounais a toujours donné à son peuple l’image d’un lion qui ne rugit que devant une proie. Surtout face à une menace. La menace, c’est celle qui pèse sur l’unité nationale depuis 2017, date à laquelle ont débuté les affrontements armés entre les forces de sécurité et les groupes armés proches des séparatistes anglophones déterminés à faire sécession.

Mais Paul Biya voudrait changer de stratégie pour obtenir par le dialogue ce qu’il n’a pas pu obtenir par les armes. « J’ai décidé de convoquer, dès la fin du mois en cours, un grand dialogue national qui nous permettra (…) d’examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-ouest et du Sud-ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de notre Nation », a déclaré le président camerounais.

Attendu par de nombreux observateurs dès l’annonce par la télévision nationale dans la mi-journée, ce message était censé être celui de l’espoir. Tant de nombreux observateurs s’attendaient à beaucoup d’annonces.

Mais « il n’a rien dit de concret », a lancé un internaute sur Twitter. Et à peine venait-il de clore son propos que la toile s’est inondée de réactions similaires. « Il n’a toujours pas compris le problème. Donc, je n’attendais pas mieux de lui », a tweeté un autre internaute.

Le concret, c’est vraisemblament aussi l’ensemble des sujets politico-judiciaires ayant un lien direct avec la question anglophone. Le cas de la condamnation des leaders séparatistes dont Julius Sisiku Ayuk Tabe qui avait écopé en août dernier d’une réclusion perpétuelle pour « terrorisme » et « sécession ».

Si des Camerounais espéraient une sorte de grâce présidentielle sur le dossier d’Ayuk Tabe, leur espoir a dû se sucrer dans l’implacabilité de M. Biya. En effet, si l’homme fort de Yaoundé est disposé à dialoguer avec ceux qui « déposent volontairement les armes », il promet « toute la rigueur de la loi » aux séparatistes jugés impénitents.

Ce qui laisse augurer que le dégel dans cette crise n’est pas encore proche. « Condamner ces dirigeants est pour moi une façon de mettre un frein, une barrière et de dire que ce dialogue n’aura jamais vraiment lieu, n’aura jamais lieu pour eux. Je pense donc que, vu la façon dont le gouvernement se comporte, le dialogue n’est pas à l’ordre du jour », analysait Ephraim Tamfu, un enseignant de Douala, capitale économique. C‘était en réponse à l’annonce faite en mai-dernier par le Premier ministre Joseph Dion Ngute à l’occasion d’une tournée en zone anglophone.

Mais au Cameroun, il n’y a pas que la crise anglophone. Du sommet à la base du triangle national, les sujets sensibles et susceptibles d’affecter l’unité nationale, mieux l’avenir du pays, semblent légion.

Le cas Maurice Kamto qui risque une peine capitale notamment pour « insurrection » et « trahison ». Alors que tout le monde pensait que Biya prononcerait une grâce présidentielle au bénéfice de l’opposant arrivé deuxième à la présidentielle d’octobre dernier, le président n’a pas daigné parler de ce sujet. Sans doute au nom de l’indépendance de la justice.

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