Burkina: manifester oui, mais ne pas se tromper de combat!

Une vue des manifestants durant une marche

Le Burkina de nouveau à la croisée des chemins. C’est bien le cas de le dire face à ces manifestations groupées contre l’insécurité, le passage d’un convoi militaire français vers Gao au Mali, via le Niger, et le président du Faso accusé d’être incapable de protéger son peuple contre les attaques armées qui endeuillent constamment le pays. Certes, trop de sang a coulé dans ces assauts menés au quotidien contre les militaires et les populations civiles qui n’arrêtent pas de compter leurs morts! Certes le sentiment anti-français n’a cessé de monter, surtout au Sahel, parfois à raison, la France portant le péché indélébile d’ancien colonisateur, mais le plus souvent entretenu par des dirigeants cherchant à masquer leur incurie en désignant un bouc-émissaire et des activistes manipulés par des individus ou pays étrangers aux desseins cachés.

Certes, le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré, après une «insurrection populaire» n’a pas répondu aux attentes des Burkinabè épris de paix, de justice et d’intégrité, versant plutôt dans les tares séculaires de mal gouvernance, de chasse aux sorcières et surtout d’absence de vision de développement équitable pour tous et partout sur le territoire. Toutes choses qui sont à l’origine de ce déficit criard de confiance entre les gouvernants et des gouvernés contraints aux deuils, à l’exil dans leur propre pays et aux lendemains incertains.

C’est donc tout à fait normal que le peuple use de son droit constitutionnel pour manifester et crier son ras-le-bol. Mais ce n’est sans doute pas une opportunité pour bloquer un convoi de logistique destinée à la lutte contre le terrorisme dans un Sahel où les djihadistes et bandits se sont enkystés et sèment malheur et désolation. La France en plein redéploiement de Barkhane qui, malgré les griefs qui sont portés contre cette force, a pu accompagner les armées africaines, et singulièrement celles du Sahel, à freiner les ardeurs des terroristes, ne saurait porter tous les péchés capitaux dont elle est affublée par des mains invisibles dont le but est d’asservir, de nouveau, un continent en plein doute.

Il ne faut pas se tromper d’adversaire, si après des décennies d’indépendance, ceux qui nous gouvernent ne sont toujours pas en mesure d’assurer gîte, couvert et sécurité à leurs concitoyens. La lutte contre le CFA et les pratiques néo-colonialistes doivent se mener sans passion et avec méthode, qui ne doivent pas qu’être l’apanage des anciens ou futurs maîtres.

C’est aussi normal que les Burkinabè demandent la démission de leur président. Mais le tempo est-il le meilleur pour le faire? Non, peut-on répondre sans hésitation, car ce serait favoriser le chaos qui guette le Burkina qui fait face à une crise sécuritaire inédite. Par contre, le chef de l’Etat doit se débarrasser des poids morts et autres esprits clivants qui empêchent la marche indispensable vers la réconciliation et la cohésion nationale dont le Burkina a, plus que jamais, besoin. A ce titre, Roch Marc Christian doit faire preuve de courage et de fermeté pour favoriser le retour de la paix qui passe par des mesures fortes.

Le Burkina doit être en mesure de réunir tous ses enfants, qui, pour une raison ou une autre, ont dû partir de ce pays, où sont mis, ou se sont mis, en retrait de la vie civile ou militaire. Le pardon est au-dessus de tout et constitue le passage obligé pour parvenir à la paix dans un Burkina où le dicton du «mauvais arrangement» qui «vaut mieux qu’un bon procès» est bien connu. La justice doit être la boussole qui conduit le pays, mais elle peut bien passer par des formules qui ont fait leur preuve ailleurs.

Le Burkina se trouve à un tournant décisif de son avenir et mal négocié, ce passage charnière peut être fatal pour le pays. Ce n’est dans l’intérêt d’aucun Burkinabè que ce pays brûle. Alors, pour les manifestants à qui l’on ne saurait dénier le droit de battre le pavé, il est important pour eux de le faire dans l’ordre, sachant que c’est dans l’union et l’unité que le Burkina se construira dans la paix. En attendant, il faut que les autorités mettent fin aux mesures liberticides comme la coupure de l’Internet mobile qui porte énormément préjudice au Burkinabè lambda. Le salut du Burkina passe par tous les Burkinabè.

Par Wakat Séra

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