Burkina : « La crise humanitaire prend de l’ampleur plus vite que la réponse », constate Ramesh Rajasingham (Nations-Unies)

Ramesh Rajasingham, sous-secrétaire général des Nations-Unies aux affaires humanitaires, a été reçu ce jeudi 11 février 2021, par le Premier ministre Christophe Dabiré. A sa sortie d’audience, il s’est exprimé devant la presse. Il est venu échanger avec le chef du gouvernement burkinabè sur les défis auxquels le Burkina est confronté. Ramesh Rajasingham dit être touché par la résilience des déplacés internes, mais fait remarquer : « Nous ne devons pas considérer la résilience comme acquise ». Malgré tous les efforts consentis, il constate que « la crise prend de l’ampleur plus vite que la réponse ».

Ma discussion avec le Premier ministre a été très constructive. Nous avons discuté des différents défis auxquels le Burkina Faso est confronté et de leur impact sur le bien-être de la population. Depuis deux ans la violence et les conflits ont poussé des millions de personnes à quitter leurs foyers laissant tout derrière eux. En 2021, les besoins continuent d’augmenter : 3,5 millions de personnes ont besoin d’une assistance urgente dans six régions prioritaires ; une augmentation de 21 000 personnes par rapport aux 2,2 millions en juillet 2020.

Pour ma visite au Burkina Faso, je me suis rendu à Djibo ainsi qu’à Kaya pour y rencontrer des personnes affectées par la crise (…). J’ai été touché par la solidarité des communautés hôtes et la résilience de ces personnes déplacées. J’ai pu constater les conditions de vie difficile et le manque de moyens de subsistance des communautés affectées. Elles ne rêvent que d’une chose : une paix durable qui leur permettra de reprendre les activités. Nous ne devons pas considérer la résilience comme acquise. Car, elle diminue chaque année avec chaque période de soudure. Cela a un impact dévastateur sur l’espoir et l’agriculture.

Nous avons également parlé des ressources et jusqu’à présent elles sont extrêmement limitées. Malgré les difficultés en 2020, les Nations-Unies et les partenaires ont réussi à mobiliser plus de 250 millions de dollars américains (soit 37 milliards de F CFA), permettant d’accroitre l’aide humanitaire. Grâce au soutien de la communauté nationale et internationale, les agences des Nations-Unies et les autres ONG ont tenu bon tout au long de cette crise qui intensifie, en finançant une aide vitale à plus de 2,4 millions de personnes en 2020 ; 1,4 millions de personnes ont reçu une aide alimentaire et des services de santé ; plus de 56 000 enfants ont reçu des traitements contre la malnutrition sévère ; plus de 28 000 survivants de la violence sexiste ont reçu un soutien ; plus de 270 000 enfants ont bénéficié d’une éducation d’urgence.

Aujourd’hui, la crise prend de l’ampleur plus vite que la réponse. La présence humanitaire doit être encore renforcée pour faire face à la situation volatile et à la détérioration de la situation ainsi que l’augmentation rapide des besoins. Le plan de réponse militaire 2021 au Burkina Faso vise à aider 2,8 millions de personnes et nécessite 607 millions de dollars.

L’action vitale doit également être accompagnée d’une action de développement pour renforcer la résilience des populations et réduire les besoins futurs. Cela signifie qu’il faudrait investir dans les services sociaux de base en particulier dans le Nord et l’Est du Burkina Faso ainsi qu’à améliorer les infrastructures, l’éducation, lutter contre l’impact du changement climatique et créer des modèles de moyens de subsistance durable pour les générations futures.

Retranscription : Laure Sidibé /Lefaso.net

Related posts

Leave a Comment