Burkina/IUTS : Le Syntef dénonce une « dérive totalitaire »

Ceci est une lettre ouverte du Syndicat national des Travailleurs de l’Éducation du Faso (SYNTEF) au Président du Faso, consécutive à l’annonce du gouvernement d’appliquer l’impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS) à partir de ce mois de février 2020. Selon le Syntef, cette décision malgré la fronde sociale est une « dérive totalitaire ».


Monsieur le Président du Faso

Le conseil de ministres de ce mercredi 19 février 2020, a confirmé le maintien et l’entrée en vigueur dès fin février de l’IUTS sur les indemnités; comme vous pouvez l’imaginer, c’est avec consternation que le monde des travailleurs, et particulièrement le Syndicat National des Travailleurs de l’Education du Faso (SYNTEF) a accueilli cette décision qu’il rejette avec la dernière énergie.

Monsieur le Président, nous faisons le constat que votre politique de gouvernance ne cesse de s’attaquer aux intérêts vitaux des travailleurs à travers des reformes anti-sociales qui n’ont d’autre but que de nous mener à la clochardisation, sans égard pour la qualité du service public. Depuis quatre ans, en effet, cette politique faite de mesures impopulaires aveuglément conduites par votre gouvernement qui méprise les exigences du dialogue social et la recherche du consensus a entraîné le monde des travailleurs dans un état permanent de fronde sociale, avec pour conséquences majeures de :

  • Mettre des vies humaines en péril (grève des agents de la santé),
  • Provoquer des pertes considérables des ressources financières (grève des agents des impôts),
  • Compromettre la qualité de l’éducation des enfants (grève des enseignants)
  • Banaliser la sécurité des Burkinabè (grève des agents de police).

Monsieur le président, pendant que vous harcelez les salariés outre mesure pour renflouer les caisses de l’Etat, des soupçons de corruption et de crimes économiques perdurent au Burkina Faso, en témoigne le feuilleton judiciaire en cours sur l’affaire dite de charbon fin et des institutions budgétivores sont dénoncées.

C’est le lieu de rappeler à votre bon souvenir, Monsieur le Président, que le monde des travailleurs s’est toujours invité à toutes les luttes de libération et de défense de notre patrie. Le sens du sacrifice en faveur des intérêts des masses populaires a toujours nourri et guidé notre militantisme syndical, flambeau que nous tenons de nos devanciers et que nous porterons dignement, sans jamais courber l’échine devant toutes formes d’exploitations, d’injustices sociales et d’impunité.

C’est pourquoi notre Syndicat invite votre gouvernement à surseoir et restituer les retenues de l’IUTS opérées de façon unilatérale et que nous considérons comme une dérive totalitaire qui marque un véritable recul dans la préservation et la consolidation des acquis sociaux, gage d’un accroissement de la productivité du travail humain. L’homme étant le principal facteur de production, sa précarisation compromet irrémédiablement toute dynamique de développement et de croissance. Dès lors, nous en appelons au bon sens du gouvernement en lui réitérant d’arrêter cette forfaiture, à annuler cette décision impopulaire et non consensuelle. Si les finances publiques sont en crise, il faut rechercher les causes ailleurs, prioritairement en réexaminant de façon responsable le mode de gouvernance et de fonctionnement des institutions et prendre des décisions radicales pour supprimer des poches de dépenses inutilement onéreuses et sans réelle plus-value.

Tout en vous souhaitant bonne réception, le SYNTEF, espérant compter sur votre discernement et votre sens élevé de responsabilité et de patriotisme, vous adresse ses salutations distinguées.

Vive le Burkina Faso

Vive les Travailleurs

La lutte continue !!!

Ouagadougou, le 20 février 2020

Le Secrétaire Général

SAWADOGO P. Bernard


Infowakat.net

Related posts

Leave a Comment