Burkina Faso : Trois structures françaises apportent leur soutien à l’opérationnalisation de la Caisse de dépôt et de consignation

La Caisse de dépôt et de consignation du Burkina Faso (CDC-BF) a eu une rencontre d’échange virtuelle, le vendredi 26 mars 2021, avec l’Agence française du développement (AFD), la Caisse de dépôt et de consignation de France (CDC-France) et Expertise France. Ces trois structures françaises appuient l’opérationnalisation de la CDC-BF à travers un plan d’appui triennal 2021-2024. C’est le ministre de l’Economie, des Finances et du Développement, Lassané Kaboré, qui a présidé la cérémonie.

Accompagner la structuration de la CDC-BF, l’appuyer dans l’élaboration de sa stratégie d’investissement et de son plan d’affaires, renforcer les capacités des agents et des membres de la commission de surveillance de la CDC-BF et enfin contribuer à la réalisation d’études de faisabilité et à la mise en œuvre de projets d’investissements pilotes prioritaires. Tels sont les aspects sur lesquels les trois structures françaises appuieront la CDC-BF.

Ces aspects sont définis dans le plan d’appui triennal, au sujet duquel les quatre structures se sont réunies le 26 mars 2021. Il s’est agi au cours de la réunion virtuelle, d’évaluer la mise en œuvre de ce programme d’appui triennal afin de prendre les mesures appropriées pour réaliser toutes les activités prévues, mais également pour envisager les perspectives d’avenir de la coopération bilatérale entre la CDC-France et la CDC-BF conformément à l’esprit et aux dispositions du mémorandum d’entente.

Paul Kaba Thieba, directeur général de la CDC-BF, au micro des journalistes

A l’issue de la rencontre, le communiqué final signale qu’il a été essentiellement question dans le cadre de l’évaluation de la mise en œuvre de ce programme d’appui triennal 2021-2024, des actions déjà réalisées, celles en cours de réalisation et les diligences qui restent à réaliser. Dans le cadre des perspectives de la coopération entre les parties, il a été convenu de finaliser le mémorandum d’entente quadripartite entre l’AFD, la CDC-France, la CDC-BF et Expertise France, et envisager un projet de protocole d’accord bilatéral entre les deux CDC (France et Burkina Faso).

La partie burkinabè a également souhaité que la CDC-BF et l’AFD puissent étudier la possibilité d’un accord de partenariat en vue de financements conjoints sur des projets structurants d’intérêt général. Selon le directeur de l’AFD, Gilles Chausse, sa structure apporte sa connaissance du terrain et le soutien financier, et aide à projeter sur des financements structurants. Expertise France, quant à elle, identifie et formalise les expertises nécessaires et ce qui va permettre de les canaliser vers les besoins exprimés par la CDC-BF, et enfin la CDC-France apporte son expérience, riche de 200 ans, à la CDC-BF.

La CDC-BF vise l’épargne populaire pour le réinvestir

Selon Paul Kaba Thiéba, directeur général de la CDC-BF, le législateur burkinabè a créé une loi en 2017 (la loi n°24-2017/AN du 9 mai 2017) qui définit les dépôts et consignations. Selon cette loi, tous les organismes qui gèrent des dépôts et consignations doivent centraliser ces fonds auprès de la CDC-BF. Il s’agit de l’épargne populaire, celle qui est protégée par l’Etat. Premièrement, c’est l’épargne gérée par la Poste Burkina notamment des chèques postaux (CCP) et livrets d’épargne, explique Paul Kaba Thiéba. Ensuite ce sont les fonds de retraite cotisés par les travailleurs auprès de la CNSS et de la CARFO.

Le ministre en charge de l’Economie, Lassané Kaboré

Il explique que ces cotisations versées chaque mois sont utilisées pour faire des dépôts au niveau des banques commerciales. Une fois qu’elles sont déposées au niveau desdites banques, elles rentrent dans le bilan de ces banques, qui les utilisent pour financer les affaires et reverser des intérêts à la CNSS et à la CARFO. C’est pourquoi, dit-il, la loi dispose désormais que ces font soient centralisées au sein de la CDC qui est un établissement public à statut spécial que l’Etat a créé pour les protéger et gérer selon des principes simples, la sécurité, la liquidité et la rentabilité. « On peut ajouter d’autres fonds tels que les fonds de notaires, les fonds gérés par les greffes des tribunaux qui sont des fonds de tiers », ajoute-t-il.

La CDC-BF et les Banque commerciales n’ont pas le même rôle

A la question de savoir s’il n’y aura pas conflit d’intérêt entre les banques commerciales et la CDC-BF, le directeur général de la CDC-BF répond par la négative. Selon lui, c’est une équivoque entretenue depuis le lancement du projet. Pour le directeur général, Paul Kaba Thieba, la CDC vient compléter le paysage bancaire et financier au Burkina Faso. Les Banques commerciales du Burkina n’ont pas les capacités pour financer le développement, a-t-il déclaré. Leur modèle économique c’est de générer des profits à court terme. Leurs ressources qui sont essentiellement des dépôts à terme et des dépôts à vue, ne peuvent pas financer le développement économique, d’où le recours du pays à des financements extérieurs.

Les participants au Burkina à la rencontre virtuelle

Il explique que lorsqu’un particulier veut des prêts pour financer une acquisition de logement il lui serait impossible d’obtenir un prêt financier qui dépasse dix ans. Pourtant pour lui, la politique de logement au Burkina Faso par exemple a besoin de ressources à long terme, c’est-à-dire des institutions qui sont capables de financer des investissements sur 20 à 30 ans au moins.

Par ailleurs, il affirme que la CDC n’est pas une banque commerciale parce qu’elle ne reçoit pas des dépôts du public. Ensuite elle ne peut pas faire des crédits directement à des particuliers et à des entreprises. De ce faite, elles n’ont pas les mêmes domaines d’intervention. Il s’agit, précise-t-il, de doter le pays d’une institution capable de centraliser les ressources financières à long terme, pour pouvoir satisfaire les besoins de financement du pays. C’est un impératif économique, selon lui, et il en appelle à toutes les personnes qui entretiennent la polémique à savoir raison garder et se dit prêt à des discussions avec les institutions bancaires afin de lever le voile.

Le représentant de la CDC-France ajoute que les institutions financières publiques se développent depuis une dizaine d’années pour deux raisons. La première est qu’elles ont pu résister à la crise financière de 2009 par la pertinence à la fois pour leur modèle financier et les investissements qu’elles faisaient. La deuxième raison est liée à la crise du covid-19. Avec cette crise, c’est vers les institutions financières publiques qu’on se tourne pour maintenir et développer l’économie. D’où la nécessité pour un pays en forte croissance comme le Burkina Faso, d’avoir une institution financière du genre.

Etienne Lankoandé
Lefaso.net

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