Burkina Faso : L’Opposition dénonce une « ingérence » de la République populaire de Chine dans les affaires politiques

L’opposition politique, regroupée au sein du Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF), a animé sa conférence de presse hebdomadaire, ce mardi, 24 décembre 2019 à Ouagadougou. A l’ordre du jour, le financement de l’école politique du parti au pouvoir par le Parti communiste chinois, la question de l’Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS), l’arrestation de Kémi Séba.

« Depuis un an, le Parti communiste chinois a fait un investissement à hauteur de près de 300 millions de francs CFA qui nous permet aujourd’hui d’avoir un centre qui fonctionne de façon permanente », annonçait, le 14 décembre 2019, Dr Émile Paré, au sujet du Centre international de formation politique Kwamé Nkrumah (CIFP/KNK) du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), dont il est le directeur général.

Le secrétaire à la formation politique et civique du MPP qui a fait cette déclaration à l’occasion de la rentrée académique 2019-2020 dudit Centre, ajoutait que grâce au soutien du Parti communiste chinois (PCC) et de la République populaire de Chine, le CIFP/KNK est à ce jour doté de moyens roulants (notamment, deux véhicules tout terrain et deux mini-cars de quinze places.

Cette révélation semble être une pilule qui ne passe pas pour le Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF). Il condamne ce qu’il qualifie de « patrimonialisation » des liens diplomatiques entre le Burkina et la Chine populaire.

« En vertu de quoi, la République populaire de Chine, et son parti communiste décident-ils d’aider un parti politique, fût-il au pouvoir ? », posent les conférenciers, rappelant « avec vigueur » que ce sont les deux peuples (chinois et burkinabè) qui entretiennent des relations diplomatiques.

« L’opposition politique exhorte la Chine populaire à orienter ses soutiens au bien-être des Burkinabè et au développement du Burkina tout entier, au lieu de soutenir un parti politique. (…). Notre souhait est que ces relations diplomatiques survivent à leurs signataires, dans l’intérêt supérieur de nos deux peuples », lance le CFOP-BF à la République populaire de Chine, qui aurait également donné des véhicules tout terrain au MPP.

Selon l’opposition, c’est la nature même du parti-Etat du parti communiste chinois qui pose ici problème face à un pays (Burkina) où le multipartisme est en vigueur, avec un parti temporairement au pouvoir. « C’est finalement le gouvernement chinois qui aide le MPP. C’est une ingérence dans les affaires politiques du Burkina », qualifie l’opposition, révélant avoir exprimé sa réaction à la représentation diplomatique de ce pays au Burkina.

Le montant des « caisses noires » s’élève à près de 250 milliards FCFA

Sur la question de l’Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS), point d’achoppement dans le dialogue gouvernement/syndicat, l’opposition, s’appuyant sur le compte-rendu de l’assemblée générale de l’Unité d’action syndicale (UAS) du 18 décembre 2019, demande qu’avant l’exécution de la décision sur l’IUTS en janvier 2020, un bilan soit fait des exonérations accordées par l’Etat burkinabè, ces dix dernières années.

« En effet, lit-on dans le compte-rendu, pour les fonctionnaires de catégories P1, P2, U, A et B, l’impact additionnel des nouvelles impositions varie respectivement par mois de 6000 francs à plus de 175 000 francs. Les petites catégories C, D et E n’en seront pas épargnées, avec des augmentations d’IUTS de 1000 francs à plus de 5 700 francs. Pour certains corps bénéficiant d’indemnités spécifiques, l’impact sera encore plus important. C’est le cas des professeurs d’Universités, de la catégorie P, des magistrats, des agents des finances, de la santé, des corps militaires et para-militaires, de la Police, de la Douane, etc. », restituent les mandataires du CFOP-BF de cette sortie hebdomadaire.

L’opposition qui rappelle avoir, depuis octobre, rejeté cette « décision hasardeuse » du gouvernement qui, de son avis, vise à diminuer les salaires des fonctionnaires pour boucher des trous creusés par les dirigeants.

« Le paradoxe est que le MPP a octroyé des exonérations fiscales à hauteur de 200 milliards FCFA, soit près du dixième du budget annuel de l’Etat. En outre, il vous souviendra que l’an passé, le régime MPP a instauré l’abaissement des charges d’abattement de l’IUTS de sept à quatre enfants ; ce qui a diminué le pouvoir d’achat de beaucoup de ménages. Ces mesures impopulaires viendront aussi s’ajouter à la taxe sur les automobiles, à l’arrivée de nouvelles plaques d’immatriculation, à la flambée des prix des produits de grande consommation », jaugent-ils.

Selon le CFOP-BF, il existe des « niches fiscales » à même de rapporter beaucoup d’argent à l’Etat, « sans oublier l’argent perdu dans les fraudes, la corruption, les détournements et autres ».
L’opposition rappelle en outre que l’ensemble des « caisses noires » (aussi appelées Fonds spéciaux et spécifiques) s’élèvent à près de 250 milliards, prenant pour source, le budget de l’Etat.


Lefaso.net

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