Burkina Faso : « Le pouvoir du MPP est passé du tâtonnement à l’impasse », constate l’opposition politique

La situation sécuritaire, la fronde sociale, la remise à plat du système de rémunérations et la réglementation de la circulation dans la capitale sont des points d’actualité qui ont été abordés au cours de la conférence de presse hebdomadaire du Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF) de ce mardi, 7 mai 2019. Pour cette semaine, ce sont Adama Séré du RDEBF (Rassemblement des écologistes du Burkina Faso ) et Achille Rawa Ouédraogo du MPF (Mouvement panafricain du Faso) qui ont été les animateurs. Nous vous proposons la déclaration liminairede cette conférence.

(…) Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous souhaitons à nos frères et sœurs musulmans, qui ont entamé hier le jeûne, un très bon mois de Ramadan. Que ce mois saint apporte paix et bénédictions à notre pays !

Ceci dit, permettez à présent que nous respections notre engagement de revenir à chaque point de presse sur l’affaire Yirgou. En effet, il y a de cela 127 jours, 210 de nos concitoyens ont été lâchement massacrés. Jusqu’à présent, pas d’arrestation, pas de coupables.

Cette situation d’enlisement se comprend difficilement quand on sait que dans une interview récente, le Procureur en charge du dossier faisait état de ce que plusieurs suspects avaient été identifiés. Il ajoutait que leur arrestation posait problème parce que les intéressés étaient armés.

L’Opposition est consternée du fait que des individus puissent narguer l’institution judiciaire en s’appuyant sur leurs armes. Dans une république qui se respecte, c’est l’Etat qui a le monopole de la violence. En clair, il y a un manque évident de volonté politique de la part de nos autorités. C’est pour cela l’Opposition exige que les forces de défense et de sécurité prêtent main forte au procureur pour qu’il puisse interpeller les coupables de Ia tuerie de Yirgou.

Dans cette affaire, le MPP et son régime sont en train de montrer leur manque d’engagement dans le combat que nous devons tous mener contre l’ethnicisme. Ce n’est pas étonnant car les Burkinabè se souviennent très bien comment, lors des élections de 2015, les ténors du MPP n’avaient pas hésité à réveiller les sentiments ethnicistes contre certains de leurs adversaires. Naïvement, certains de nos compatriotes avaient pensé qu’à l’épreuve de la gestion du pouvoir, ils allaient adopter une attitude moins sectaire.

Il n’en est rien et le traitement de l’affaire de Yirgou en est une preuve flagrante. Seule une véritable pression de l’opinion publique peut obliger ce pouvoir à se départir de son attitude de complaisance, et à sévir véritablement contre ceux qui n’ont pas hésité à massacrer des Burkinabè, tout simplement parce qu’ils appartenaient à une autre ethnie que la leur !

L’Opposition politique prend l’engagement devant les Burkinabè, et devant les parents des victimes du nettoyage ethnique de Yirgou, d’Arbinda et d’ailleurs, de continuer à se battre pour que justice soit rendue.

Nous demandons à nouveau au Gouvernement de reloger rapidement les populations du Sahel et du Nord qui sont massivement déplacées, avant l’arrivée de la saison hivernale. Du reste, le HCRUN et la CNDH nous ont suivis hier dans cette position. Les réfugiés ont abandonné champs et bétail en fuyant les terroristes. Il y aura famine à partir du mois de Juillet si rien n’est fait.

Chers journalistes,

Alors qu’à la faveur de l’Opération « Otapuanu », les Burkinabè espéraient une certaine accalmie sur le front de la lutte contre le terrorisme, les récentes attaques et leur mode opératoire viennent nous rappeler que le « serpent » n’est pas mort, loin de là.

En ciblant récemment les lieux de culte, les terroristes veulent semer la graine d’une guerre religieuse, après avoir essayé celui de la division ethnique. Dans le même temps, ils s’en prennent de plus en plus aux civils. Aussi, des enseignants sont tués et d’autres fonctionnaires ou élus locaux sont pris en otage.

C’est le lieu pour l’Opposition de continuer à exprimer tout son soutien à nos FDS, et à interpeller le Gouvernement sur la nécessité d’imaginer et de de mettre en œuvre une stratégie plus élaborée, dans la lutte contre les terroristes. Nous invitons également les populations à observer beaucoup plus de vigilance, et à collaborer avec les forces de défense et de sécurité.

Chers amis de la presse,

La tension sociale est montée d’un cran ces derniers temps.

Le secteur de la santé prévoit d’aller en grève, pendant que ça murmure dans la police nationale. La crise de l’éducation demeure d’actualité, malgré la signature d’accord. La justice, elle, est toujours bloquée.

Pour l’Opposition politique, c’est la gestion approximative de la crise sociale par le Gouvernement sans une vision d’ensemble qui a causé la situation actuelle.
Pour trouver une solution, le Gouvernement doit prouver sa bonne foi et négocier sincèrement, au lieu de chercher à diviser les travailleurs.

Aussi, l’un des points qui revient de façon répétitive au niveau des acteurs sociaux, c’est la lancinante question de la non-tenue des engagements pris par le gouvernement. Il urge, de ce fait, que le gouvernement travaille à faire face à ses propres engagements au risque de saper définitivement la base du dialogue social qu’est la confiance.

Mesdames et Messieurs,

Nos autorités ont tenu, du 12 au 14 juin 2018, une conférence nationale sur la rémunération des agents publics. A l’époque, l’Opposition avait relevé le fait que cette conférence n’avait pas pris en compte les observations formulées par plusieurs syndicats importants, et le fait que cette conférence réunissait des gens qui n’avaient aucune légitimité ou connaissance pour statuer sur les salaires des fonctionnaires.
L’histoire nous a donné raison.

Le Gouvernement, qui a initié cette fameuse conférence, a désavoué une partie des conclusions des travaux, notamment en rejetant la suppression de certaines institutions jugées inutiles et budgétivores par les conférenciers. Pire, il continue avec le traitement au cas par cas.

Contre toute attente, c’est ce même Gouvernement qui refait volte-face, en organisant un soi-disant séminaire samedi dernier, sur cette remise à plat des rémunérations. Tout ce théâtre, en présence ou avec l’aval du Président KABORE. Voyez-vous, Monsieur Roch Marc Christian KABORE est en train de dépouiller la fonction présidentielle de toute crédibilité. Que vaut encore la parole présidentielle ou la décision gouvernementale au Burkina Faso ?

Nous avons à faire à un pouvoir qui ne sait pas ce qu’il veut. Le pouvoir du MPP est passé du tâtonnement à l’impasse.

Chers journalistes,

Les véhicules poids lourds causent de plus en plus de drames à Ouagadougou et dans d’autres grandes villes du pays, en raison notamment des violations des textes qui régissent les heures de circulation de ces gros engins. Entre 5 heures et 20 heures, il ne devrait pas y avoir de camions dans les rues de la capitale.

Récemment, deux élèves de Ouagadougou ont été victimes d’accidents mortels. 
L’Opposition politique présente ses sincères condoléances aux familles de ces deux élèves, ainsi qu’aux familles de tous ceux qui ont été tués par ces camions de la mort.
Pour l’Opposition politique, les autorités municipales font preuve de laxisme dans la gestion de cette affaire. Avant les résultats de toute étude telle qu’annoncé par le Maire de Ouagadougou, l’opposition politique demande instamment la prise de mesures préventives pour éviter la survenue de tels actes macabres qui endeuillent quasi-quotidiennement nos braves populations

L’Opposition demande à toutes les autorités concernées par la sécurité routière de prendre des mesures pour le respect des textes déjà en vigueur, et de renforcer la législation réprimant les violations du code de la route.

Il faut arriver à gérer cette situation avec la loi, pour éviter des actes tout aussi répréhensibles que celui de se rendre justice pratiqué des fois dans les rues de Ouagadougou et des autres villes du Burkina par des populations désemparées.
Pour terminer, l’Opposition félicite les citoyens qui ont eu l’idée d’organiser le samedi 11 mai prochain à Ouagadougou, un sit-in contre les gros camions circulant aux heures interdites. C’est une bonne initiative citoyenne que nous saluons.

lefaso.net

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