Burkina Faso : Cartographie du terrorisme

Cette analyse de Roch W. Sanon, pour le compte du CIA-CD (Centre d’initiatives et d’appui à la Coopération décentralisée) fait un état des lieux très pointu de la question du terrorisme au Burkina.

« Si vous connaissez vos ennemis et que vous vous connaissez vous-même, en cent batailles, vous ne courez aucun danger. Si vous ne connaissez pas vos ennemis, mais que vous vous connaissez vous-même, vous en perdrez une sur deux. Si vous ne connaissez ni votre ennemi ni vous-même, vous êtes sur de vous trouver en péril. » (Sun Tzu – L’Art de la Guerre). Le dernier cas de la citation semble être le cas [actuel] du Burkina Faso. Le Burkina (sahel) connait des agressions terroristes multiformes et intensives, ces dernières années, par des personnes non identifiées (terroristes).

Considérant le nombre de victimes, depuis la gouvernance actuelle, l’attaque de l’état-major des armées, les méthodes et intensités, on peut affirmer, sans doute, que le Burkina est entré dans l’ère de l’hyper-terrorisme qui va crescendo, alors que l’on constate un net recul des attaques en Occident.

L’opinion et les autorités parlent de terroristes et SIGLES, mais sans pouvoir déterminer qui (au fond), et pourquoi. On peut connaitre le nom de quelqu’un, sans vraiment le connaitre. Selon J.F- Revel, « le terroriste de l’un, c’est le résistant de l’autre », puisque l’histoire établit que des préjugés terroristes sont devenus, plus tard, dans certains cas, des partenaires de dialogue (OLP jusqu’aux accords d’Oslo, idem pour l’UCK jusqu’en 1998, l’ANC déclarée hors-la-loi en 1960 et libérations d’otages par négociations, pour ne citer que ces exemples.

Néanmoins, il faut retenir que les frontières entre le terrorisme religieux, le terrorisme politique et celui mafieux restent indéterminées. De nombreux groupes terroristes, agissant sous couvert de motifs religieux, idéologiques ou politiques, semblent plus être des trafiquants d’armes, de stupéfiants ou adeptes du grand banditisme. Dans ce dernier cas de figure, le profil idéologique est mis en exergue pour voiler l’objectif réel. On a à faire à un hybride.

Le terrorisme est donc protéiforme dans ses motivations (religieuses, idéologiques, politiques, indépendantistes ou purement criminelles) et dans ses espaces d’opération qui sont transnationaux (en tout cas au Sahel). La première problématique est une cartographie du profil réel (du ou des groupes, pas des sigles) en tant que peuple ou nation (allochtones y compris) et la seconde en tant qu’individu (environnement psycho- et socioéconomique).

Un deuxième point sur l’aspect militaire et l’éradication des causes socio-économiques (prise de conscience intellectuelle, frustrations et injustices sociales, marginalisations, ethnicisassions, ségrégations, aliénations, humiliations, précarités, stigmatisations, mécontentements et l’évolution démographique) qui favorisent la radicalisation de ces groupes et individus.

Et en troisième point, reconnaitre ou accepter que les terroristes sont devenus des puissances, avec lesquelles on peut dialoguer officieusement. Ce dialogue (diplomatie) qui ne pourra s’établir que si l’on connait le « background » du « sujet » et ses exigences.

Des profils
Profil collectif

Quelle idéologie ou « plateforme politique » sous-tend ces agressions massives et actes terroristes, à quel(s) but(s) ou revendications (indépendance territoriale en phase embryonnaire, indépendantisme religieuse ou autres raisons…), mode opératoire (guérilla et /ou terrorisme). Les sommations de fermetures d’écoles et d’administrations, attentats, assassinats, enlèvements, destructions et sabotages sont des actes et injonctions qui constituent des débuts de profilage.

Les attaques multiples, sans revendications, et récemment l’assassinat du citoyen canadien donnent deux indices : soit ils sont, pour le moment, désorganisés (moins forts) pour négocier une rançon ou c’est un signal fort pour faire comprendre que la négociation ne fait partie de leur programme (déjà financé).

Le recours à l’enlèvement est un moyen important de communication pour les terroristes, quand ils veulent entrer en négociation avec l’Etat d’origine de la victime ou les autorités du terrain (pays d’enlèvement). L’enlèvement, c’est aussi un moyen pour, non seulement, renflouer ses caisses, mais aussi un moyen de troque (armes contre otages), de publicité ou de pressions visant à provoquer l’intervention (influence) de gouvernements étrangers.

A nos jours, aucune cartographie du terrorisme qui frappe le Burkina Faso n’est connue, et eu égard au nombre et aux intensités particulières des attaques, le silence des revendications, les méthodes (guérilla et attentats) et les cibles (civils, militaires et symboles de l’Etat), rien ni personne ne semble épargné. Il est alors urgent de déceler ou d’élucider et d’identifier leur objectif et les moyens (statistiques des armes, intelligence et méthodes utilisées) dont ils disposent.

En plus de ces débuts de profilage, il faut joindre des scientifiques du social et des statistiques dans la stratégie militaire, visant à mieux cerner : l’évolution socio-conjoncturelle (sentiment de spoliation et d’injustice sociale, l’évolution intellectuelle et démographique, la valeur religieuse et…) des régions concernées.

Rechercher par renseignements et enquêtes, centraliser et exploiter pour déceler les non-dits d’une communauté. Cet exercice peut s’opérer partiellement au travers d’interviews subtils des populations locales sur les habitudes et de surveillance (sahelisées). **[un] interview (sondage subtil et de masse) permet de connaitre les intentions inavouées de l’interlocuteur (renseignement psycho-stratégique).

Aussi, les prisonniers de guerre, à travers un travail psychologique, pourront (dans la durée) dévoiler, volontairement ou non, quelques informations. L’historique et la traçabilité de ceux neutralisés peuvent, aussi, donner des indices sur la personne, son origine, le lieu où il a grandi, ses fréquentations et habitudes. A noter que les opérations terroristes en général n’ont pas besoin de grands coûts et peuvent être menées par des groupuscules isolés ou des individus.

Profil individuel ou le syndrome de Stockholm

En plus des ressentiments pernicieux des ressortissants peulhs, dont SPOLIATION et exploitation économique, précarité, stigmatisation, frustration, le massacre des koglweogo (sans conséquences) vient sonner le glas de la paix dans la conscience collective de cette communauté sur plusieurs générations.

Cette communauté se sent (dé)laissée-pour-compte par le pouvoir central (passivement complice), et contre lequel des sentiments de vengeance (dus aux humiliations et massacres) peuvent naitre. Ainsi, le citoyen ordinaire se transforme du jour au lendemain en acteur ou sympathisant terroriste.

Le recrutement d’adeptes pour sa cause est une stratégie du terrorisme, attirer le maximum de partisans (autochtones et allochtones), créer de nouveaux combattants et sympathisants afin d’étoffer son contingent, et ainsi former de grands groupes armés capables de tenir tête aux armées régulières. La frustration découlant de la redistribution des bénéfices de l’exploitation (richesses) du sous-sol, l’injustice et, naturellement, l’oppression des couches défavorisées sont les premières causes de ralliement, bien avant celle religieuse.

Le dernier évènement malheureux de Yirgou vient d’étendre la capacité de recrutement des terroristes au BF, tant parmi les civils que dans l’armée, car le terrorisme n’est pas seulement agir, mais aussi influencer psychologiquement, décourager des communautés et individus à venir en aides aux FDS, pour ce qui est du renseignement ou descellements précoces (proactif), et pire créer de nouveaux terroristes totalement indépendants conditionnés uniquement par un vécu tragique, comme Yirgou. C’est là où le rappel de J.F- Revel trouve toute sa substance : « Le terroriste de l’un, c’est le résistant de l’autre ».

L’endoctrinement d’une population se sentant opprimée n’a besoin d’aucun effort, c’est juste un éveil de conscience sur la légitime défense. Le Burkina Faso vient de créer des ennemis à vie des koglweogos, des ennemis à vie de mossis, alors que le responsable est connu : ce n’est pas le mossi, mais le koglweogo, qui n’existe dans la culture séculaire, ni dans la Constitution. La justice pénale est restée aphone, donc a failli.

Les terroristes ne sont pas importés, ils sont motivés (syndrome de Stockholm), recrutés (en interne) et supportés. Le terrorisme veut démontrer les limites du pouvoir en place, faire croire aux individus opprimés que l’État, le système politique en place et l’armée ne sont pas capables de protéger la population, ni ses intérêts, et donc un changement politico-religieux s’impose.

Un travail de justice sociale, de justice pénale et une approche conjoncturelle pour ramener la paix communautaire et celle des cœurs peuvent réduire la capacité de recrutement des individus qui ne sont pas encore adeptes d’une idéologie collective séparatiste ou indépendantiste.

Les terroristes recrutent aussi par répressions en s’attaquant à une partie d’une population qui ne manifeste pas de soutien à leur combat, les assassinats pédagogiques de dignitaires, personnes ressources ou lambda pour marquer les esprits, en sont des exemples.

Si force reste au renseignement et à la logique de guerre, ces deux profils évoqués ci-dessus induisent qu’au-delà de l’aspect militaire, cette guerre doit tenir compte du socio-culturel et du socio-économique. Par conséquent, en matière stratégique, il faut joindre des scientifiques socio-psychologiques, socio-économiques et statisticiens à la stratégie militaire, car l’indolence du gouvernant à Yirgou a fait perdre à l’armée sa seule chance (collaboration) de gagner cette guerre au Sahel.

Double stratégie : militaire et socio-économique 
Militaire (Le double pacte Compaoré brisé en 2014)

L’accointance brisée du régime Compaoré aux « djihadistes » et la dislocation du (RSP) service de renseignement, par excellence, ont été sans doute des facteurs déclencheurs de l’exposition et la fragilisation du Burkina Faso.

L’euphorie de l’Insurrection aidant, tout comme le « coup d’Etat Haya Sanogo » au Mali, l’essentiel sécuritaire était renié au profit de l’opportunisme politique. Conséquence : le Burkina est, de nos jours, imbriqué entre terrorisme et guérilla. Et pour ne pas arranger les choses, les ministres de la Défense qui se succèdent, semblent êtres nommés par cooptation, que par adéquation.

Selon l’analyse du moment, au-delà des attentats contre les objets civils, le mode opératoire est « action-réaction » : un piège, par manipulation « psycho-stratégique », prévu, planifié et imposé par l’adversaire. Pour une armée moderne (juste en tenant compte de statistiques et méthodes) les réactions aux intentions adverses auraient pu être mieux appréhendées.

Les engins explosifs tactiques (attirer par un acte subversif ou faire une embuscade contre un petit convoi) et stratégiques (faire un grand nombre de victimes dans les services de secours et de sécurité) en provoquant une grande émotion et une psychose générale. C’est cette méthode qui explique, très souvent, la psychose et l’indécision de la hiérarchie face à une attaque. La guerre contre le terrorisme n’est pas une campagne standard de guerre, elle n’a aucune circonscription, temporelle, créative ou géographique, d’où toute la rigueur dans sa conduite.

Le Terrorisme [actuel] au Burkina Faso est hybride et surdimensionné (intensité, passage du terrorisme standard sahélien à hyper-terrorisme ciblé sur le Burkina) cibles étatiques, armée, écoles, administrations, entreprises commerciales, marchés, …avec capacité de dissimulation dans la population). Ce n’est plus du prêt-à-porter, c’est du sur-mesure, vue la situation géostratégique du pays, car si le Burkina tombe, c’est un effet domino sur plusieurs pays.

Dans un tel contexte, est-il opportun ou judicieux de nommer un ministre de la Défense, sans aucune formation en tactique et en stratégie militaires, qui ne sait lire une carte géographique militaire, en temps de guerre. Cela ne peut qu’entrainer alourdissement et dysfonctionnement dans les prises de décisions stratégiques, en somme, un manque efficient de coordinations des opérations offensives et défensives, pour la simple raison qu’il ne saura laquelle des propositions des conseillers militaires, face à une situation urgente, est la meilleure.

La diversion psychologique et géographique des attaques est un harcèlement pour pousser l’incertitude et la peur à l’extrême dans les troupes. La guerre contre le terrorisme est toujours inédite, non-conventionnelle et demande beaucoup d’ingéniosité dans la réactivité.

C’est l’armée qui est responsable de la sécurité du territoire (pas les amis, ni la famille politique), son efficacité, sa moralité et son engagement sont à l’image de sa fine fleur. Et comme dirait l‘autre, « la vie du peuple et l’ordre dans la nation sont dans les mains du général ». Le régime actuel n’a pas encore réalisé, malgré l’attaque de l’état- major, que le Burkina Faso est en guerre (transfert de quelques pouvoirs de l’autorité civile à l’autorité militaire).

Décentralisation du commandement

Une décentralisation du commandement est nécessaire, car l’espace est vaste et le commandement est lourd pour une réactivité optimale. Ce qui déborde le commandement central, c’est donc l’immensité de la région, alors que les réponses se trouvent dans l’exploitation de la nature de la région. Un redéploiement de bases militaires sur les frontières du Sahel et à l’Est du pays est urgent, tout en retenant que la supériorité numérique et matérielle d’une armée ne peut compenser celle morale, mais que le contraire est possible et très efficient.

Les officiers doivent alors donner le premier exemple pour galvaniser, pas en chefs indiens, mais en assistants stratégiques « prudentiels et présentiels ». Techniquement, le ministre de la Sécurité actuel est compétent, et son rôle doit être déterminant, car la « police contre-terroriste » est le nerf proactif du renseignent, mais eu égard à la différence générationnelle…, des questions peuvent se laisser poser sur son choix de ses hommes.

(Tél) Communications

Une guerre n‘est jamais gagnée sur bases de fierté démesurée, déclarations propagandistes et ostentatoires sur FACEBOOK, espoir naïf basé sur une personne, et, [uniquement], le soutien moral de la population, mais sur [le professionnalisme, l‘ingéniosité, moral d’équipe de la troupe et la diplomatie…].

De nouvelles réflexions stratégiques et technologiques doivent être conçues et implémentées, allant de la cyberdéfense aux réalités du terrain. Les réseaux terroristes utilisent les techniques modernes de communication et d’information, le cyber-terrorisme est aussi une pratique courante dans les préparations d’attentats et autres attaques.

Cela pour faire comprendre que les terroristes maîtrisent les technologies ultra-modernes de télécommunication (allant de l’interception, brouillage, manipulation des communications à la localisation…et aux sabotages des réseaux informatiques), services qui peuvent être assurés depuis l’étranger (selon le sponsor). L’intelligence informatique n’a pas besoin de taupes au sein de l’armée régulière pour capter messages et communications (email et téléphone).

La télédétection, camions-radars et autres méthodes (que l’on se garde d’évoquer), la télécommunication sécurisée des militaires, cyber-stratégie, cyber-espionnage (logiciels de profilage internet) sont des paramètres importants. L’exploitation des méthodes et applications technologiques a-elle été vraiment été auscultée, quand on sait que la Chine [amie] est très avancée dans la télédétection ? Une armée efficace est faite de 80 pourcent de renseignement, car l’arsenal n’est utile que si la cible est déterminée : Il faut saheliser le renseignement.

Saheliser

[Saheliser] c’est repenser et reformer le système et les méthodes de renseignement par des universitaires des sciences sociales et psychologiques. Saheliser le renseignement, c’est aussi organiser (l’espionnage ultra-massif), transformer des militaires en cultivateurs, bergers, boutiquiers, enseignants, etc. Pour des années. C’est recruter et former des personnes déjà actives dans d’autres domaines : chauffeur de taxi, cultivateur, berger, enseignant, vendeur ambulant, convoyeur, cireur de chaussure, prostituée, etc.

L’armée burkinabè ne tient pas compte de l’échelle (conditions du terrain) sahélienne qui n’est pas un terrain classique de guerre, elle réagit toujours, mais sans analyser et tirer les conséquences des assauts précédents : planter un citronnier et attendre des mangues.

La méthode classique, pour gagner cette guerre, a prouvé ses incapacités et limites. En somme, utiliser un tournevis pour planter un clou, alors qu’il faut un marteau.

L`infiltration sous toutes formes est un risque à prendre, de nombreuses collectivités, mouvements ou individus ont été financés par des services de renseignement pour parvenir aux démantèlements d’adversaires (ennemis). Un programme de protection ou amnistie accompagne toujours ces démarches.

La stratégie de chaque terrain se trouve dans sa nature, ausculter les stratégies de mobilité adaptées au terrain (bataillons de fantassins) en gardant la logistique blindée et la communication quelques kilomètres en arrière-plan. Puisque le fantassin ne peut agir que sur quelques kilomètres, la force aérienne et celle motorisée, capables de déplacements rapides, viennent en relais après ratissage des fantassins pendant le repli (s’il y en a) ou la détection des assaillants, le tout évidemment dans une coordination interarmées (Air-Terre).

Une brigade canine s’impose : nul ne peut corrompre le chien, fidèle en détection ou alertes.

Au-delà de l’offensive militaire, il est indispensable de mener celle stratégique-culturelle, légèrement inspirée système des millets sous l’Empire ottoman : tolérance culturelle, religieuse et administration adaptée.

Socio-économique

Sur le plan intellectuel, la région connait une révolution de conscience, qui lorgne de façon légitime la redistribution des richesses, et qui voudrait voir de plus près dans la gestion de l’exploitation du sous-sol. D’autre part, la démographique galopante entraine des inégalités dans les conditions sociales, infrastructurelles et administratives.

L’esprit de la nombreuse jeune génération est en éveil sur ses droits légitimes, contrairement à celles précédentes qui étaient minoritaires et moins érudits. Le MNLA illustre ce postulat, comme exemple.

L’identité culturelle, les valeurs « civilisationnelles », les valeurs spirituelles et la justice socio-économique deviennent alors revendications, mêmes si muettes pour l’instant. Cette communauté ne partage plus les valeurs d’un système gouvernemental les spoliant, alors, une forte volonté d’appartenance identitaire et de défense des intérêts communautaires devient le credo contre la paupérisation, c’est ce de quoi le Mali n’avait pas tenu compte vis-à-vis des Touaregs. La suite, on la connait !

Pour la résorption de ces inégalités et dégradations, les entreprises minières peuvent jouer un rôle prépondérant.
Malheureusement, l’inaction de l’Etat dans l’exaction des kogkweogo vient approfondir ces ressentiments. Le village de Yirgou est désormais un levier de recrutements naturels (combattants et sympathisants) dans une large frange de la population peulh (enfants, femmes et hommes) pour la vengeance (loups solitaires). L’instrumentalisation religieuse, culturelle, politique et la médiatisation de ce drame a de beaux jours devant elle.

Le grand banditisme aussi, autre allié naturel du terrorisme, verra une recrudescence, car les armes circulent. La criminalité économique (matières premières) et autres trafics de stupéfiants, contrebande, vol à main armée sont aussi une suite logique dans les zones (pré-carrés) influencées par les terroristes, car ils ont besoin de sources de financement.

Il faut un vaste programme social sans bureaucratie.

Un Comité de prévention d’endoctrinement et de désendoctrinement psycho-social (ré) formation des imams « franco-arabes » et brochures sur base d’images (langue locale, radio, etc.) c’est un travail de longue haleine.

Un Programme de protection et d’amnistie des collaborateurs en renseignements, des personnes infiltrées ou qui font défection, … qui devront, par la suite, être isolées de la région avec primes. Les collaborateurs et infiltrés doivent avoir un profil spécial qui se base sur le célibat, par exemple ou isolés, sans liens familiaux très visibles, des désœuvrés, etc. Des gens formés discrètement à partir de leurs occupations habituelles : ceci est une partie de la sahelisation des méthodes de renseignement.

Les défis ne peuvent être abordés uniquement sur l’aspect répressif et militaire, car selon Carlos Margelle, « L’Etat, en réponse au terrorisme, n’a d’autre choix que de restreindre et de prendre des mesures sécuritaires impopulaires (croissantes) impactant sur la population ».

Et, pour le salut national et le bien-être des populations, le dialogue est une option pour obtenir trêves, apaisements ou concessions.

Diplomatie et dialogue

Les attaques prolongées éprouvent la population, les familles, l’économie, le consensus politique, l’image médiatique internationale de la nation, affaiblissent le régime, pour déboucher à une révolte populaire. Le constat est là, l’hyper-terrorisme au Burkina Faso est une puissance hors-la-loi, versatile, diverse et ondoyante ; en somme une HYDRE (quand on lui coupe une tête, deux repoussent automatiquement), il faut alors une diplomatie officieuse, comme le font les occidentaux pour sauver des vies d’otages, sans jamais le reconnaitre officiellement.

Un cabinet confidentiel de personnes spécialisées doit être créé à cet effet, y associer les entreprises minières, des fils de la région. Le terroriste n’a que son idéologie à défendre (même pas sa vie). Quant à l’Etat, il est responsable de la vie de sa population, son bien-être, son éducation, l’intégrité du territoire, la protection des infrastructures, la paix et la justice.

La guerre doit surtout se gagner en politique de stabilisation au [Burkina Faso].

Investir pour un gain politique maximal, pour cibler un coût militaire minimal, pour une paix durable (vaincre et convaincre). Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès, dit-on, en d’autres termes : la diplomatie doit toujours accompagner une guerre aux issues incertaines (stratégie du régime précédent). Négocier, c’est aussi donner une échappatoire à l’ennemi, sinon il se bat à mort. Le Prophète Mahomet (SAW) a toujours lié la diplomatie à la guerre, et un bon musulman ne saurait s’y soustraire.

Un voilier (l’Etat) ne peut naviguer sur quatre vents, il faut opérer un choix judicieux, aussi douloureux soit-il. Les défis (l’économie, la sécurité, la fronde sociale et le développement) sont grands et urgents. Autrement dit : aucun vent n’est favorable à un navire sans destination.

Et pour ne pas arranger la situation, une fois de plus, la chefferie coutumière (mossi) et les koglweogo (encore mossi) semblent gérer l’entièreté du pays selon leurs règles, ce qui manifeste un relent de gestion coutumière mossi du territoire burkinabè. Cela entraine des frustrations qui freinent les élans ***volontaristes de chefs coutumiers du Sahel qui, selon certains dires, étaient en bon termes avec Monsieur M. Chafi.

Le ton et la cadence d’une influence ethnico-politique sont alors donnés.
L’application unilatérale des recours à un chef coutumier (sur des questions nationales) et la création des koglweogos ont des relents ethnocentriques, un mal pernicieux, mais latent qui couve.

Cette pratique a tendance à donner une suprématie (nationale et politique) silencieuse, mais manifeste, fondée sur une chefferie coutumière mossi, ce qui mène à une frustration dans les autres communautés ou minorités. Cette observation développe des scissions sociales, car le chef ethnique de l’autre n’est pas le « mien », ses engagements et décisions non plus.

Il va falloir songer à donner la voix et la place légitimes aux dignitaires de chaque région, selon leurs circonscriptions et attributions, et non sur la Nation burkinabè, cela est valable pour tous. Accepter une administration culturelle différente, si cela s’impose par la majorité de la population concernée. Donner un pouvoir de contrôle sur la redistribution des richesses, ausculter le fédéralisme « communautaro-administratif ».

Des concessions peuvent alors être faites pour amenuiser les conséquences de la décadence économique et médiatique (actuelle) du pays. Sans sécurité préalable, les investisseurs ne vont non plus risquer les vies de leurs employés. Quel touriste, de nos jours, va choisir le Burkina Faso comme destination ?

Tout en considérant les sensibilités issues des dommages causés par l’Insurrection de 2014 et le coup d’Etat de Diendéré, il faut retenir qu’il y a péril en la demeure, et si gracier ou amnistier certaines personnes pouvaient ramener la paix (le temps de souffler), alors il va falloir franchir le PAS. La politique est comme un jeu d’échecs, quand le roi est en perspective impasse, c’est la capture son destin.

Comme solution endogène immédiate, mais radicale, le Burkina devra passer par une union sacrée de toutes ses forces, sans omettre l’aspect psycho-social et celui socio-économique :
Intégrer les éléments apolitiques (ou repentis) de l’ex-RSP, comme éclaireurs, pour partager leurs expériences en renseignements au sein du corps. Pendant cette reconfiguration envoyer des éléments en formation au Tchad et dans d’autres pays confrontés aux mêmes phénomènes. Recruter des pisteurs autochtones.

Amnistie [de] dignitaires du régime précédent (avant Transition) contre engagement solennel de s’engager dans les négociations (source d’apaisement). Et, difficile à implémenter sous le « Feu » : une totale reforme apolitique et technique de l’armée, en faisant appel aux experts militaires burkinabè des systèmes internationaux comme les Nations unis pour déceler les failles, compétences, besoins, …

« Last but not least », rétablir la justice socio-économique sur tout le territoire, amnistie et de protection des repentis.
Pour celles exogènes, la plus immédiate et supportable, c’est l’engagement de l’armée tchadienne, mais qui, avec la meilleure des volontés, ne pourra se sacrifier comme les nationaux.

Vous aurez compris que l’écrit n’a voulu s’étendre sur des informations militaires sensibles.

Guerre ou Table, Table et Guerre : la TABLE demeure à chaque fin ! Telle est la dialectique, car il faut aussi gagner la guerre dans les cœurs. Si Serval au Mali est devenu Barkhane qu’accompagnent (aujourd’hui) des dignitaires du MNLA, c’est par le fruit du dialogue.

Réflexion de Roch W. Sanon 
Pour le compte du CIA-CD (Centre d’initiatives et d’appui à la coopération décentralisée)
E-mail : ciacd.burkina@gmail.com


* [OSR-Terrorisme Burkina Faso] : Open Situation Room est une pratique allemande permettant aux citoyens et experts de tous bords de se prononcer sur des questions d’actualité nationale ou internationale.

**Se référer au dictionnaire Larousse, à la mise en parallèle lexicale du mot qui est neutre (d’origine) en anglais (et même en allemand) en rapport à son équivalent en langue française, et enfin à “de Goncourt “ ou “de Beauvoir”

***Si des « négociations » sont engagées avec les autorités maliennes, « on peut envisager les voies et les moyens par lesquels on peut se débarrasser du terrorisme, du trafic de drogue et des mouvements étrangers », a déclaré pour sa part Mohamed Ag Aharib, porte-parole du mouvement Ansar Dine à Ouagadougou……..Principaux mouvements visés : Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). : http://www.disons.fr/?p=37509

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