Burkina Faso/attaques terroristes : Vers l’établissement d’un Califat ?

Pire que le bilan macabre de cinq morts qui s’en est suivi, l’attaque d’une église protestante à Silgadji, à 60 km de Djibo, le chef-lieu de la province du Soum , amorce une ère de rupture dans la crise sécuritaire que traverse le Burkina Faso. C’est en effet une première, depuis les début des attentats djihadistes en Janvier 2016, qu’une église est directement visée par la furia des terroristes. Cette attaque, qui assurément est loin d’être la plus meurtrière, marque pourtant un tournant alarmant dans l’évolution de la situation sécuritaire le pays.

À l’observation du rapport de forces qui se dessine progressivement sur le terrain, la situation au Faso commence étrangement à ressembler à la configuration géostratégique qui mutile le Nord du Nigéria. La méthode est connue. On s’attaque aux symboles de l’autorité de l’état par des attentats ciblés, on s’en prend aux populations civiles pour installer le règne de la terreur et on mène des assauts contre des lieux de culte chrétiens, pour faire le lit du projet intégriste auquel on souhaite aboutir. En engageant de telles actions, les islamistes espèrent s’approprier des portions entières de territoires, où le régime de la Charia pourra être institué. Dans le cas du Burkina Faso, la situation , si des mesures concrètes ne sont pas prises maintenant, pourrait devenir bien plus complexe à gérer qu’au Nigéria.

Pourquoi ? D’abord, le Burkina Faso est un état économiquement faible, ce qui lui suggère un niveau de dépense militaire limité. Ensuite, le pays est fragilisé par une fracture sociale profonde et multidimensionnelle avec une montée inquiétante des clivages et de la méfiance inter-communautaire et une hantise infructueuse des crimes du passé, à l’origine des rancœurs tenaces qui font oublier au peuple, l’essentiel qui est la survie de l’État-Nation. Cette situation ne fait que desservir la lutte anti-terroriste, d’autant plus que le système sécuritaire est en lui-même quasi inexistant, puisque trois ans après les premières attaques, aucune stratégie lisible ne semble être à portée des autorités actuelles, qui tâtonnent ostensiblement face à la détermination de l’ennemi. En dépit des multiples initiatives entreprises par le régime KABORE pour atténuer la crise, les mouvances islamistes que sont, Ansarul Islam, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS), identifiés comme celles qui sévissent au Faso, consolident leur emprise sur des parties entières du territoire burkinabè, devant le regard impuissant du pouvoir en place à Ouagadougou, qui n’arrive même pas à amortir la déroute des troupes dans les zones de tension, qui de surcroît, ne font que se fragmenter au péril de l’intégrité territoriale. L’actualité de ces dernières semaines s’est faite suffisamment éloquente pour dépeindre le niveau d’influence des terroristes sur le territoire Burkinabé, avec les départs groupés de fonctionnaires d’état, qui préfèrent déserter comme les militaires au risque de se faire assassiner à l’image de ces cinq enseignants massacrés à Maitaougou le 26 Avril dernier.

Plus rien ne semble être en mesure d’entamer la véhémence de ces individus, dont la volonté de mettre fin au système scolaire occidental, exactement comme au Nigéria, tend à se conforter avec la réalité du théâtre des opérations. Si au Nigéria, le projet de l’État Islamique, ex-Boko Haram, d’instaurer un Califat piétine, il est à craindre que le terrain burkinabè leur soit beaucoup moins hostile. Un tel cas de figure serait à n’en point douter, inconcevable, non seulement pour l’ensemble du peuple burkinabè, mais également pour la communauté internationale , au premier rang desquels les voisins immédiats du Faso, pour qui, l’existence de cette forme d’état révolue, constituerait une grande menace pour la civilisation universelle. C’est peut-être à ce point que les puissances occidentales se décideront enfin à sortir des sentiers battus pour prendre en main la situation, comme ce fut le cas au Mali avec l’opération Serval en 2013.

Raoul MOBIO, Netafrique.net

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