Brouillard à Ouagadougou : « La poussière vient avec du vent mais lorsque le vent se calme, la poussière est concentrée dans la zone » selon Alfred Dango de la Météo

Ouagadougou s’est réveillée dans le brouillard le mercredi, 15 avril 2020. Une nuée de poussière a recouvert toute la ville. Le phénomène, qui va couvrir presque la totalité du territoire burkinabè, semble venir du Nord du Mali. Dans un entretien avec nos éditions, Alfred Dango du service de prévention des risques écologiques de la direction générale de la Météo, donne quelques informations sur ce phénomène. Le Phénomène n’est pas une surprise, mais son ampleur si. Lisez.

Lefaso.net : Quelle est l’origine de ce phénomène qui a surpris plus d’un à Ouagadougou, dans la matinée du 15 avril 2020 ?

Alfred Dango : Cette poussière vient du désert, plus précisément du Nord du Mali. Avec l’aspiration, les vents au niveau du désert soulèvent de la poussière. Si ces vents se dirigent vers une zone donnée, ils peuvent transporter cette poussière jusque dans cette zone. Donc, cette poussière est venue du Nord du Mali, avec le vent, et s’est dirigée au Burkina Faso.

Il faut souligner que depuis hier dans la journée, on apercevait assez de nuages surtout au Mali et en dessous on sentait que la poussière pouvait se soulever sur cette zone et gagner d’autres contrées. Au cours de la nuit, le vent s’est soulevé au Nord Mali et brutalement cette poussière est descendue sur le Burkina.

Vers 00h la poussière n’était pas encore au Burkina, c’est à partir de 3h du matin, que certaines villes ont commencé à être sous la poussière. A 6h c’était Ouagadougou qui était la limite et tout le Nord, notamment Ouahigouya, Dori, était sous poussière. Cette poussière jusqu’à présent évolue vers l’Est et le Sud. Actuellement, elle n’a pas encore atteint certaines de ces régions.

Pourquoi on ne constate pas que la poussière est accompagnée de vent chez nous ?

Il y a du vent, seulement il n’est pas trop fort. Actuellement au Sud il y a la mousson. Donc il y a la limite entre l’harmattan et la mousson. Donc quand la poussière se soulève depuis le Nord, au fur et à mesure qu’il s’approche de la ligne du front, le vent diminue et la poussière se concentre à ce niveau. Donc si vous avez des images, vous allez constater qu’à la ligne du front, la poussière est très dense et la visibilité est très réduite.

Mais la poussière au fur et à mesure que les vents diminuent, elle aussi descend parce que c’est l’harmattan qui est en train de repousser la Mousson. Et l’harmattan en repoussant la mousson, vient avec la poussière. Quand la mousson va repartir un peu vers le Sud, la poussière aussi va descendre vers le Sud. Et vice versa. Donc la poussière vient avec du vent mais lorsque le vent se calme, cette poussière se concentre dans la zone.

Pendant combien de temps ce phénomène peut durer ?

Cette poussière va durer au moins 48 heures, mais l’ampleur va surtout diminuer à partir de demain. Dès demain les gens vont constater un peu d’amélioration par rapport au premier jour. Bien sûr qu’il y aura des localités qui ne seront plus concernées.

Est-ce qu’il concerne toute l’étendue du territoire burkinabè ?

La majeure partie du territoire va être touchée. Peut-être le Sud qui ne le ressentira pas trop mais dans l’ensemble le pays sera touché avec des écarts au niveau de l’ampleur. Présentement la poussière n’est pas encore partout mais dans la soirée elle va s’étendre davantage sur d’autres parties du territoire.

Alfred Dango, du service prévention des risques écologiques de la Direction générale de la Météo.

Est-ce qu’en tant que techniciens, cela ne vous a pas surpris également ?

Dans les bulletins passés on a prévu quand même qu’un phénomène de ce genre pourrait arriver. Dans nos prévisions quand on a fait les analyses, on a trouvé que les conditions étaient réunies pour un soulèvement de poussière. Maintenant la surprise est que la vitesse avec laquelle le phénomène est arrivé, a été assez importante. Donc il y a eu la surprise à ce niveau. Vers 00 h et 3h du matin on n’avait pas de la poussière. Brusquement il y a eu une descente.

On n’a pas eu le temps d’alerter la population et là on peut dire que la surprise a été à ce niveau. Régulièrement sur notre page Facebook, nous prévenons lorsque des phénomènes naturels du genre arrivent. Mais cette fois-ci, a été un cas exceptionnel où il y a eu un courant de poussière qui est descendu de façon brusque et le temps de réponse a manqué. Voilà pourquoi il y a eu un retard dans l’envoie des messages. Sinon on a envoyé les messages pour signifier que ça intéressait plus la partie Nord et Nord-est, mais pas tout le territoire. On comprend les préoccupations. Il reste une partie du territoire qui a aussi besoin de savoir s’ils auront la poussière ou non.

Traditionnellement un phénomène de ce genre annonce le début ou la fin d’un évènement. Est-ce que cela peut être vrai ?

En météo il faut des études scientifiques pour voir si le phénomène précède un autre phénomène naturel. Mais de façon générale la poussière, elle est toujours accompagnée d’autres phénomènes. Par exemple vous pouvez apercevoir des nuages. Donc il y a des situations lorsque vous voyez de la poussière, il y a des nuages qui peuvent précéder des orages.

Même en Météo, il y a toujours des dépendances. Quand il fait chaud ça peut attirer la mousson ou la chasser quand il fait froid. Actuellement nous sommes en avril, qui est une période de transition entre la période de saison sèche et celle des pluies. Donc l’harmattan et la mousson, se succèdent dans les zones et changent l’atmosphère au fur et à mesure.

Est-ce que cela a un impact sur la santé ?


La poussière a toujours un impact sur la santé. C’est comme une sorte de pollution de l’environnement. C’est-à-dire qu’il y a des particules qui sont dans l’atmosphère qui dégradent l’air qu’on respire. Et quand on respire l’air pollué, qui entre dans les poumons, ça peut créer certaines maladies respiratoires, cardio-vasculaires et bien d’autres. Les yeux mêmes peuvent prendre un coup.

La poussière peut aussi transporter des germes. Par exemple si l’origine de la poussière contenait des germes de maladies comme la méningite, la poussière peut transporter ces germes vers une zone donnée et créer des soucis aux populations. Mais pour le cas santé nous n’avons pas suffisamment d’informations, donc on se limite sur le cas poussière, le transport de particules solides ou l’arrivée d’autres phénomènes naturels.

Quels conseils peut-on donner à la population pour minimiser un tant soit peu les effets secondaires du phénomène ?

En cas de poussière il faut surtout se protéger. Comme on respire des particules il faut quand même porter des masques. Et nous sommes dans une situation de pandémie où le port de masque est recommandé. Donc c’est une fois de plus inviter les gens à redoubler d’efforts dans le port des masques.

Pour les choses qu’on manipule, comme les fruits et légumes par exemple, il serait préférable de très bien les nettoyer avant de les consommer. En plus de ça il faut toujours limiter les déplacements. S’il n’y a pas de raisons valables il faut simplement rester à la maison.

Propos recueillis par Etienne Lankoandé
Lefaso.net


Prévisions valables jusqu’au 16 avril 2020 à 18 heures

Durant les prochaines 24 heures, on notera un renforcement des vents d’harmattan sur l’ensemble du pays. La poussière précédemment observée sur la majeure partie du pays, continuera d’affecter fortement les visibilités sur les localités déjà intéressées. Elle pourrait évoluer sur les localités du Sud, du Sud-ouest, du Sud-est et de l’Est du territoire. Le ciel sera en général voilé à partiellement nuageux.

Les températures minimales resteront quasi-stationnaires tandis que les maximales seront stationnaires ou en baisse par rapport à celles de la période écoulée.

Ci-dessous, la carte des températures extrêmes et le temps prévu dans certaines stations météorologiques de notre pays.

Bulletin du 14 Avril 2020 à 12h00

Bulletin du 14 Avril 2020 à 18h00

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