Audition de Cheriff Sy : Ambiance tendue et éclats de rire, le juge a menacé de vider la salle

L’ancien président du Conseil national de Transition et actuel ministre de la défense  était à la barre du Tribunal militaire ce mercredi 13 mars 2019, en tant que témoin du parquet. Au cours de son audition, la tension est quelques fois montée  avec les  nombreuses questions des différentes parties. Celui qui est vu par certains comme un symbole de la résistance au coup d’Etat n’a pas toujours pu se contenir.

L’ambiance avait commencé à être tendue lorsque Me Jean Dégli, avocat de Gilbert Diendéré posait des questions. Mais c’est avec Me Dieudonné Bonkoungou que la crise de nerfs a été plus perceptible. L’avocat de Djibril Bassolet qui enchaine les questions, revient souvent sur des éléments évoqués par le témoin dans la matinée, insiste parfois sur des détails que Chériff Sy trouve inopportuns.

Concernant des informations que le témoin dit avoir reçues sur un supposé recrutement de mercenaires maliens par des hommes de Djibril Bassolet, Me Bonkoungou demande des précisions de dates où tout au moins de périodes, ainsi que le moyen par lequel il les a apprises. Le témoin dit ne pas s’en rappeler. Me Bonkoungou n’est pas convaincu et insiste. Son interlocuteur sort de ses gonds et s’étonne de devoir répéter les mêmes choses.

Même scénario à propos des multiples questions sur la radio de la Résistance, radio pirate selon la défense. « Comment avez-vous été informé de la possibilité de passer des messages par le canal de cette radio », questionne l’avocat. « Je ne comprends pas la question », répond le témoin qui demande s’il y a un « sous-bassement » à cette question. Avec l’insistance de l’auxiliaire de justice, le ministre répond : « j’ai appelé au téléphone, on m’a appelé, moi aussi j’ai appelé ». « Qui avez-vous appelé », demande Me Bonkoungou. « Ma femme », lui répond Chériff Sy. Des rires éclatent dans la salle, le Président du Tribunal rappelle à l’ordre.

N’arrivant pas à avoir la réponse souhaitée, Me Bonkoungou  confesse que selon des informations ce serait Chériff Sy et Inoussa Sanfo (celui qui a expertisé les téléphones de certains accusés), qui seraient à la base de la création de la radio. Le témoin réagit aussitôt : « qui est Sanfo Inoussa ? Je vous ai dit ce matin que ce sont des activistes qui ont mis cette radio en place ». Et Me Bonkoungou de se rétracter : « je vais passer à autre chose pour vous éviter le parjure ». Mais son interlocuteur n’entend pas laisser passer. Il lance : « que Me Bonkoungou ne soit pas satisfait de mes réponses, je suis désolé. Mais ce sont mes réponses ». Et d’ajouter : « on connaît ce jeu-là hein. Vous n’allez pas me pousser à bout. Vous n’allez pas me faire dire ce que je ne veux pas dire ». Il va jusqu’à s’interroger même sur la qualité pour laquelle il comparaît. « Finalement quel est mon rôle ici ? C’est la radio de la résistance qui a fait le putsch ? C’est Chérif qui a fait le putsch ? Je ne comprends plus ». Le président prend la parole : « vous êtes ici en tant que témoin ». « Je n’en ai pas l’impression », s’empresse-t-il de répondre.

Une pause décidée par le Président du Tribunal permet de détendre les nerfs. Mais ce sera de courte durée. Peu après la reprise, Me Bonkoungou enchaîne avec ses questions. Cette fois ci sur les communications audio dans lesquelles Chérif Sy est cité. Celui-ci dit les avoir entendues sur internet et que ces fichiers circulaient sur WhatsApp. L’avocat contredit en affirmant que l’audio n’a été publié sur les réseaux que le 12 novembre 2015, alors que l’intéressé en parlait déjà en octobre avec Guillaume Soro à Paris. Le ministre s’exclame : « Ah bon, vous Me Bonkoungou, vous pouvez confirmer ça ? ». « Oui, je peux vous le prouver », tempête l’avocat. Il poursuit que « tout le monde sait que ces audios ont commencé à circuler à partir du 12  novembre ». L’assistance réagit tout de suite. D’abord des murmures, puis on entend plusieurs voix : « c’est faux ! c’est faux ! » . Le juge rappelle à nouveau au silence et menace de vider la salle. La passe d’armes se poursuit encore quelques minutes avant que l’audition du témoin ne prenne fin.

Abdoul Fhatave TIEMTORÉ

Radio Oméga

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