Assassinat de Thomas Sankara : »Blaise Compaoré était l’ordonnateur, Gilbert Diendéré le superviseur et Hyacinthe Kafando dirigeait le commando » (Révélations de Moussa Diallo, son ex aide de camp)

« Il a pris sa guitare et a commencé à jouer. J’ai essayé de continuer mais il ne répondait plus, il jouait. Je le connais bien, c’était sa façon de me dire : “C’est bon, je t’ai compris, tu peux partir”. Il n’était pas plus inquiet que ça. Je suis donc rentré chez moi. C’est la dernière fois que je l’ai vu ».P lus de trente ans après, il en est convaincu : Thomas Sankara, mis en garde par plusieurs de ses fidèles, n’ignorait rien de ce qui se tramait mais il se serait « laissé faire, volontairement ».Pourquoi ? Parce qu’il aurait été déçu par ses compagnons Compaoré, Lingani et Zongo, qui « ne suivaient plus le rythme de la révolution »et que, « en idéaliste qu’il était, il se pensait sûrement plus utile pour la cause mort que vivant ».

Selon lui, Sankara tentera toutefois de crever l’abcès lors d’une réunion secrète entre les quatre hommes dans la soirée du 13 octobre, au domicile de Blaise Compaoré. « Si c’est moi le problème, je démissionne et vous continuez la révolution sans moi », leur a dit le président, révèle Moussa Diallo.

Compaoré, Lingani et Zongo refusent qu’il quitte ses fonctions. En coulisses, les événements s’accélèrent. Le même jour, Drissa Cissé, un commerçant et ancien député proche de Jean-Pierre Palm, un officier du clan Compaoré, est arrêté après avoir glissé à l’une de ses proches que « Blaise Compaoré serait bientôt président ». Des propos que sa confidente est allée rapporter aux gendarmes. Le voilà détenu au camp de la gendarmerie à Bobo-Dioulasso. Informé de l’arrestation de ce commerçant, connu sous le surnom de« Kennedy », Jean-Pierre Palm tente immédiatement d’intervenir auprès du commandement de la gendarmerie à Ouagadougou pour le faire libérer. Devant Moussa Diallo, Ousseini Compaoré lui répond que ce qui est reproché à Cissé est « tellement grave » qu’il vaut mieux, dans son propre intérêt, ne pas se mêler de cette affaire. « C’était peut-être une erreur, mais Palm a alors sûrement compris que Cissé avait trop parlé, analyse Diallo rétrospectivement. Je me demande encore s’ils n’ont pas avancé le coupau15 octobre à cause de cette affaire, car Kennedy devait être transféré le16à Ouaga pour être interrogé. »

Jour J

 

Le jeudi 15 octobre, Moussa Diallo est chez lui, au camp de la gendarmerie, au chevet de son épouse malade. Il n’en sort que vers 15h pour aller travailler. Sur place, il retrouve une vieille connaissance, l’ex-officier nigérien Moussa Ganda. Ce dernier connaît aussi le lieutenant Gilbert Diendéré, un fidèle de Blaise Compaoré, qui dirige les para-commandos de Pô, avec lequel il est passé par l’académie militaire de Saint-Cyr, en France. Ganda lui demande s’il peut joindre Diendéré. Moussa Diallo appelle alors le standard du Conseil de l’Entente, où il a son bureau. Devant lui, Ganda parvient à y joindre le bras droit de Blaise Compaoré, avec lequel il commence à discuter de tout et de rien. Au mur, l’horloge indique presque 16h30.« Soudain, Ganda me dit que sa conversation avec Diendéréa été coupée. Nous essayons alors de rappeler le standard du Conseil, sans succès. Au bout de quelques minutes, le standardiste finit par décrocher. Au loin, j’entends des tirs. Mon interlocuteur me dit qu’il y a des rafales et il raccroche. »

Le 17 octobre, il est arrêté et envoyé au Conseil de l’Entente, où il est détenu pendant sept mois. Sur place, un de ses geôliers est un membre de la garde rapprochée de Blaise Compaoré. Il est de Dédougou, comme lui, et le connaît de longue date. L’homme finit par se confier à Diallo. Selon lui, dans les jours qui ont précédé le 15 octobre, Yacinthe Kafando, le chef de la sécurité rapprochée de Compaoré, leur avait interdit de quitter le domicile de leur patron pour éviter toute fuite. Ils mangeaient et dormaient sur place. Tous sentaient qu’une opération était prévue, mais ils n’en avaient pas les détails. Le jour J, ce témoin affirme avoir vu partir de la cour un groupe de militaires dirigés par Kafando.

Selon Moussa Diallo, qui s’appuie sur les confidences de cet homme et d’autres protagonistes, Blaise Compaoré était bien chez lui à ce moment-là. Quant à Gilbert Diendéré, Diallo le jure sur l’honneur : il était au Conseil de l’Entente quelques minutes avant la fusillade. À ses yeux, les responsabilités dans l’assassinat sont aujourd’hui assez claires.« Blaise Compaoré était l’ordonnateur, Gilbert Diendéréle superviseur et Yacinthe Kafando dirigeait le commando qui l’a exécuté », assure-t-il. Alors que le procès tant attendu s’ouvrira dans quelques jours devant le tribunal militaire de Ouagadougou, l’ancien aide de camp ne mâche pas ses mots contre les assassins présumés de Sankara. « Quand tu es officier, il y a une éthique à respecter. Et quand tu as commis un acte, tu dois l’assumer. Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré n’ont jamais assumé ce qu’ils ont fait …

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