Après un mois au pouvoir, les talibans se montrent avant tout soucieux d’afficher leur doctrine

Les nouveaux maîtres de l’Afghanistan ont publié une Constitution imprégnée de préceptes religieux, alors que l’économie est toujours à l’arrêt et que la famine menace.

Les quatre premières semaines du pouvoir taliban à la tête de l’Afghanistan ont montré que diriger un pays n’a pas grand-chose à voir avec la conduite d’une insurrection. En dépit des embryons d’administration parallèle mis en place alors que les talibans se battaient contre les forces afghanes et étrangères, l’Etat et l’économie sont toujours à l’arrêt depuis la chute du précédent gouvernement, le 15 août. Ils se montrent d’ailleurs surtout soucieux de ne pas se faire voler leur victoire en affichant, d’abord, leurs valeurs rigoristes, notamment vis-à-vis des femmes. Et ils limitent, pour l’instant, leurs relations avec le monde aux seules questions humanitaires. Mardi 21 septembre, enfin, le vice-ministre de l’information et de la culture, Zabihullah Mujahid, également porte-parole du gouvernement, a annoncé de nouvelles nominations au sein du gouvernement provisoire étendu aux membres de minorités éthiques, comme les Hazaras, mais sans aucune femme.

« L’Etat afghan n’est pas encore fonctionnel », témoigne un haut diplomate pakistanais de passage dans le pays. Ce dernier est l’un des rares à avoir rencontré les principaux membres du gouvernement taliban. « Ils manquent de professionnels et d’experts, et ce sont des gens simples, aux manières directes. » Les ministères et les administrations ont, en effet, souvent perdu leurs meilleurs éléments, partis à l’étranger. Et les rangs talibans sont essentiellement formés de combattants. Les personnes formées et capables de reprendre des secteurs techniques sont trop peu nombreuses. Il faudrait s’appuyer sur les anciens employés gouvernementaux, mais la moitié des bureaux sont vides.

Pour approfondir : En Afghanistan, les talibans seuls aux commandes

Mis à part des dossiers très symboliques, comme celui de la réouverture de l’aéroport de Kaboul, mineurs au regard des enjeux pesant sur un pays dont quatorze millions d’habitants sont menacés par la famine, la gouvernance talibane ne s’est pas encore mise au travail. Il a fallu attendre lundi 20 septembre pour que soit organisée, à Kaboul, une première rencontre de haut niveau entre les principaux membres du gouvernement et le chef de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, venu évaluer la situation sanitaire.

Suspendus à la reconnaissance internationale

Ce fut l’une des premières occasions de voir le premier ministre par intérim, le mollah Mohammad Hassan Akhund, agir en chef de gouvernement. Les dirigeants talibans en ont profité pour évoquer la question des aides du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale depuis leur arrivée au pouvoir. Jeudi 16 septembre, le porte-parole du FMI, Gerry Rice, avait indiqué que ces fonds seraient suspendus « jusqu’à ce qu’il y ait une clarté au sein de la communauté internationale sur la reconnaissance du gouvernement ».

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